Tisserand de la compréhension du devenir
Conférencier, expert et auteur

Actualité - De l'Etre au Devenir - Mars 2020

Dernier mois du Journal philosophique et spirituel de Marc Halévy.

Le 01/03/2020

Pour le dire très compactement mais très techniquement, le monisme judaïque est un panenthéisme polythéiste et monolâtre.

Autrement dit : tout ce qui existe, émane du Divin innommable et est contenu en Lui qui s'y manifeste diversement au travers de Puissances (les "déités", les Elohim).  Lors de la vision extatique du "buisson ardent", une de ces déités a été élue par Moïse pour symboliser l'Alliance entre le Divin ineffable et la Maison d'Israël : c'est YHWH (celui qui "advient en devenant", celui qui dit : "Je deviendrai ce que je deviendrai") ; YHWH symbolise la "flèche du temps", l'Intention universelle, l'orientation globale du Divin (donc de tout ce qui existe) vers sa propre plénitude.

La Maison d'Israël s'est mise au service de l'accomplissement du Divin par l'accomplissement de l'Alliance ; c'est sa Vocation intime, c'est sa Mission ultime.

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De G.W. Leibniz :

 

"(…) tout tend à la perfection non seulement de l'Univers en général,

mais encore de ses créatures en particulier (…)."

 

Leibniz reprend ici l'idée d'entéléchie d'Aristote comme son contemporain, Spinoza, la reprendra sous le nom de "conatus".

Le Tout et tout ce qu'il contient, tendent vers la plénitude (que Leibniz appelle "perfection").

Cette "tension interne" est donc un "in-tension", donc une Intention.

 

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Le 03/03/2020

 

La décroissance peut être heureuse si nous mettons la Vie et l'Esprit au cœur de nos actions.

 

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De mon ami RAS :

 

"Il fut un temps où les hommes vivaient en paix et harmonie avec les arbres faisant d’eux un symbole sacré et vivant. Ils avaient une vision “holistique” du monde, de la nature et de l’homme."

 

Et, du même bois, avec Teilhard de Chardin :

 

"Nous constatons une complicité mythique entre l’homme et l’arbre, et je reconnais aux végétaux supérieurs, dont l’arbre, un instinct social qui les fait

s’assembler en colonnes soudées dont la forêt figure bien une image symbolique aboutie."

 

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Ce sont toujours les nains qui exigent l'égalité avec les géants … et jamais l'inverse. Bizarre, non ?

L'égalité est le fantasme de ceux qui se savent ou qui s'imaginent inférieurs. Elle n'est que l'expression du ressentiment des jaloux.

Mais aujourd'hui, depuis que les pauvres ne le sont plus et que les "classes" laborieuses votent à droite ou à l'extrême droite, l'égalitarisme des nains a fait un pas de plus ; il ne se contente plus de jalouser les soi-disant géants, il prétend, tout aussi fantasmatiquement, être opprimé par eux et en être la victime permanente … au nom du sexe ou de la sexualité, au nom de la race ou de la religion, au nom de la culture ou de la nature, etc …. bref, au nom de toutes les minorités artificielles qu'il s'est inventées.

Dans la réalité du Réel, il n'y a ni nains, ni géants ; il existe seulement une répartition statistique gaussienne des tailles entre 0,9 et 2,5 m avec une large majorité des femmes entre 1,6 et 1,75 m et des hommes entre 1,7 et 1,85 m.

Tiens ! Les femmes sont, en moyenne, 10 cm plus petites que les hommes … Encore une injustice flagrante qu'il faudra réparer à coups de machettes ou de bistouris … ou, alors, obliger tout le monde à marcher à genoux.

L'égalitarisme est l'expression idéologique, sociologique et sociale d'une maladie mentale paranoïde appelée le "complexe d'infériorité" ; sa devise est : "Minables de toutes les tendances, unissez-vous !"

 

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Le 04/03/2020

 

D'Aurélien Barrau :

 

"Donc la presse (enfin pas toute mais presque ...) décrit encore, dès les premières lignes, une baisse de la croissance mondiale comme un "scénario noir". Ils n’ont toujours rien compris. Absolument rien. Nous avons pourtant essayé tous les mots et tous moyens pour expliquer. Ils ne peuvent rien désirer d’autre que foncer vers le précipice, et avec avidité ! Ne me parlez plus de prise de conscience, ils sont momifiés dans leurs idées. Étonnant et terrifiant."

 

La "croissance" et l'abondance qui est censée l'accompagner, vont devenir la revendication majeure, violente, haineuse, vengeresse … et impossible, des "socio-populistes" de tous poils dans les années qui arrivent.

Ce sera l'immense "caca nerveux" des petits enfants trop gâtés.

La frugalité est le seul chemin possible ...

Mais qui veut l'entendre et l'admettre ?

 

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L'histoire humaine n'est qu'un vaste imbroglio de conquêtes à la fois territoriales et spirituelles, assorties d'assujettissements et d'esclavagisations, comme d'intégrations et de métissages.

Cela a eu lieu sur tous les continents à toutes les époques, et a donné lieu tant à de crapuleux génocides qu'à d'immenses métissages et interfécondations artistiques et culturelles.

Il n'y a aucune bonne raison d'oublier les conquêtes souvent cruelles des huns, des moghols, des bantous, des aztèques ou des musulmans, et de crier haro sur le baudet en ce qui concerne les colonisations et christianisations menées, au 19ème siècle, par les européens en Afrique et ailleurs.

Il faut cesser ce jeu stérile et retors des deux poids et deux mesures. Personne n'a le monopole de l'horreur et de la violence. Personne, et encore moins, n'a le monopole de la vertu et de la victimité.

Il faut faire taire les infâmes "cultural studies" (et autre "gender studies") néo-gauchistes et le dégueulis infect des "indigénistes" et autres "racialistes".

Ces postures sont absurdes.

C'est un peu comme si nous, les Juifs (et surtout ceux de ma génération de l'immédiat après-Shoah qui n'ont connu qu'un monde juif dévasté, vidé et néantisé), nous faisions l'amalgame entre Allemands et nazis, comme si nous oubliions que Leibniz, Schelling et Nietzsche, Bach, Mozart et Schubert étaient allemands, et comme si nous reportions, sur les jeunes Allemands d'aujourd'hui, l'infâmie des crimes de leurs arrière-grands-parents (je ne parle évidemment pas de ces jeunes Allemands puants d'aujourd'hui qui s'agrègent à des groupuscules de tarés pour entretenir encore la nostalgie national-socialiste).

Toutes ces réécritures de l'histoire humaine sont absurdement absurdes !

Ce ne sont pas ceux-ci ou ceux-là qu'il faut blâmer plus que ceux-là ou ceux-ci puisqu'ils sont tous dans le même sac ; c'est la nature humaine qu'il faut mettre au ban des accusés ; c'est cette confusion terrible entre la "volonté de puissance" (au sens nietzschéen) et la "soif de pouvoir" (au sens idéologique) qu'il faut guillotiner ; c'est cet irrépressible besoin d'assujettir l'autre qu'il faut éradiquer ; ce sont ces cancéreux ressentiments et jalousies des médiocres (comme Saül de Tarse ou Mahomet ou Hitler ou Staline ou Mao ou Mandela ou tant d'autres) qu'il faut vouer au gémonies.

 

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Le 05/03/2020

 

Au-delà des dogmatismes religieux, une démarche simplement spirituelle permet de proposer que le Deux est toujours réductible au Un. Le Multiple aussi.

Ainsi, tout polythéisme et tout théisme peuvent être ramenés à un monisme panenthéisme (mais non à un monisme panthéiste).

Pour ce faire, il suffit de considérer le monde Divin et la monde Naturel comme deux manifestations complémentaires et compatibles, mais différents non par nature mais par modalité, de la même réalité une, du même Réel-Un.

Le dualisme théiste est logiquement intenable puisque, s'il était, il n'y aurait aucune bonne raison possible ni pour que le Dieu parfait et complet, engendre un autre monde que Lui (et qui plus est, imparfait et incomplet) ni pour qu'il puisse exister une quelconque passerelle entre ces deux mondes  (divin et naturel) qui n'auraient rien de commun. S'ils avaient quelque chose en commun, c'est qu'ils participeraient d'une seule et même Unité qui les transcende tous deux.

 

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Toute religion est une idéologie et toute idéologie est une religion. Toute la différence entre elles tient dans le définition de l'Autre idéal qu'elles visent, cet Autre étant, pour la religion, un Autre-ailleurs, et pour l'idéologie, une Autre-plus-tard.

La Spiritualité rejette aussi vigoureusement l'une que l'autre et récuse radicalement toute idée d'un Autre, supposé ou défini comme idéal,     quel qu'il soit, à espérer ailleurs ou plus tard.

Il n'y a pas d'Autre. Pour la Spiritualité, la totalité du Réel est présente et accessible, ici et maintenant.

Il faut rejeter toute notion d'espérance, c'est-à-dire de croyance imbécile en un "autrement" qui satisferait tous les caprices humains.

Le problème de l'existence n'est pas de "rêver" d'un autre monde, mais d'accepter, d'assumer et de valoriser positivement ce monde-ci, le seul réel, le seul à vivre pleinement.

 

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Le 06/03/2020

 

Chaque paradigme produit sa propre figure humaine type.

L'hellénité produisit le Sage.

La Romanité produisit le Patricien.

La Christianité produisit le Moine.

La Féodalité produisit le Chevalier.

La Modernité produisit l'Intellectuel.

Que produira la Noécité ?

 

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Tout ce qui se dit "populaire", m'est insupportable.

 

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La Musique se scinde en trois grande catégories :

  1. La méta-musique (inaudible) avec tous les délires atonaux, sériels, dodécaphoniques, concrets et autres cacophonies depuis 1918.
  2. La non-musique (inaudible) avec le rap, le heavy-métal, l'électro et autres fumisteries …
  3. Et la musique authentique qui, à son tour, se scinde en deux :
    1. la musique populaire :
  1. de chant
  2. de danse
    1. la musique élitaire :
  1. sacrée
  2. d'opéra
  • de chambre
  1. symphonique.

 

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Le 07/03/2020

 

L'argent, au sens monétaire et non métallique, symbolise d'abord de la valeur, et cette valeur représente d'abord du travail de transformation d'une ressource naturelle brute (une roche contenant des atomes de fer, une tonne de naphte dans une nappe, un arbre dans une forêt, un torrent qui dévale une montagne, un mouton laineux qui gambade, un bœuf gras qui broute, etc …) en un produit contenant une valeur d'utilité, réelle ou imaginaire, efficace ou ludique.

Bref, l'argent représente une quantité de travail (une chaîne de transformations) qui peut être corporel, relationnel, intellectuel ou spirituel, ou un cocktail des quatre.

L'argent symbolise donc la valeur d'usage du produit.

 

Mais l'argent, lorsqu'on parle du prix des choses ou des idées, symbolise secondement aussi l'appétence des marchés pour ce produit, quelle qu'en soit la valeur d'usage.

En tant que vecteur d'échange, l'argent a dernièrement  une valeur intrinsèque, purement monétaire et financière, liée à sa liquidité, à sa praticité, à sa comparabilité, à sa fiabilité, à sa durabilité, etc …

Ainsi, une unité monétaire quelconque véhicule, tout à la fois, les notions de valeur d'usage, de prix de marché et de puissance intrinsèque.

Cette triade instruit un trialogue qui est le père de toutes les spéculations.

 

Ce que considérant, les ex-systèmes communistes, en imposant les prix sur les marchés et en retirant leur monnaie des listes de change, ont cru réduire l'argent à la juste représentation de la valeur réelle d'utilité des produits. C'était ouvrir toutes grandes, les portes à deux fléaux : l'arbitraire économique de toutes les valeurs, et le développement de marchés parallèles dits "au noir".

 

Aujourd'hui, et au-delà de l'obsolescence des divagations marxistes et communistes, la tendance lourde à la dématérialisation complète des monnaies et des transactions, ainsi que la tendance lourde à la formation d'une monnaie mondiale unique, tendent à éliminer la notion de puissance intrinsèque des monnaies et à ne laisser fonctionner que la dialectique prix/valeur.

A valeur constante, les effets de mode font augmenter les prix pour augmenter les marges, ou à brader les prix pour gagner des parts de marché..

A prix constant, les effets de concurrence soit diminuent les valeurs pour grossir les marges, soit, au contraire, augmentent la valeur d'utilité ou de jouissance afin de conquérir de nouvelles parts de marché.

La dialectique entre prix et valeur se ramène, dans les deux cas, à une dialectique entre profits financiers et parts de marché, à une dialectique entre marge et volume.

 

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Le 08/03/2020

 

La seule question réellement philosophique - voire métaphysique - est celle-ci : "pour quoi ?".

A la question de Kant : qu'est-ce que l'homme ?, la seule réponse est : un animal qui demande "pour quoi ?".

 

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De Wolfram Eilenberger :

 

"Mais plus que tout, ce sont les horreurs de la mort anonymisée, de la tuerie de masse, au cours de la Première Guerre mondiale, qui ont retiré toute crédibilité au discours des Lumières sur le progrès civilisateur au travers de la culture, de la science et des techniques."

 

Il est temps de mettre fin à ce bavardage stérile et puéril que l'on appelle les "idéaux des Lumières". Le philosophisme a rêvé une idéalisation du monde et de l'humain qui tourne le dos au Réel.

La guerre 14-18 et, plus encore, la Shoah ont définitivement discrédité toutes les formes d'idéalisme et de progressisme.

L'humain est un animal crétin, cupide et cruel qui ne progresse jamais.

 

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La condition première de tout questionnement, est l'existence d'un langage.

 

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Heidegger pense que l'homme est le seul animal a être pris d'angoisse devant la claire conscience de sa propre finitude. C'est, selon lui, là que s'ancrent tous les questionnements et la formulation de toutes les hypothèses métaphysiques pour répondre à cette angoisse. Mais il faut dépasser Heidegger et poser l'ultime question : pour-quoi la finitude serait-elle angoissante à l'homme ?

 

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Le 09/03/2020

 

Du sociologue Hughes Lagrange :

 

"Jeremy Freese, sociologue à Stanford, a signé une excellente méta-analyse montrant qu'avant 1950 les différences d'environnement social avaient un impact plus fort sur la réussite scolaire qu'aujourd'hui. Mais avec la généralisation de l'accès à l'enseignement secondaire, la contribution du milieu familial aux inégalités de la performance scolaire a diminué. La part des dotations génétiques dans les variations de performances a grandi, car les enfants dans nos sociétés peuvent plus facilement réaliser leur potentiel génétique. C'est un coup porté à cette idée démocratique d'éducation pour tous : en supprimant la malnutrition et en généralisant l'école, on a déplacé la source des inégalités vers les différences génétiques. Est-ce que c'est plus équitable ? Je ne crois pas, on devrait au moins le reconnaître. Il est préjudiciable de naître dans une famille pauvre, sans moyens de faire des études, mais il n'est pas non plus agréable de voir qu'il est plus facile à certains qu'à d'autres d'absorber des connaissances sans effort …"

 

Et aussi, à la question de savoir s'il se considérait toujours de gauche :

 

"Ce n'est plus un axe structurant pour moi. Des chercheurs comme Yann Algan et Martial Foucault ont montré que les clivages en France sont désormais organisés notamment par l'opposition confiance/défiance. Celui qui représente les ouvriers des Midlands, c'est Boris Johnson. Être à gauche ne fait plus sens. Nous ne sommes plus dans la société salariale, l'idée du pacte social doit être élargie pour prendre en compte l'harmonie avec l'univers comme la solidarité entre les hommes."

 

Il est bien, ce garçon !

Et cet extrait de son livre "Les maladies du bonheur" :

 

"L’idée que les êtres sont égaux, Mona Ozouf l’a dit, est une chimère. Nous n’en avons pas besoin. Pourquoi l’équité devrait-elle reposer sur l’égalité de fait ? Une véritable pensée des différences doit pouvoir articuler ces différences en préservant dignité et considération, faisant de cette équité un horizon, une utile utopie. La rédaction du contrat social, implicite dans la Constitution, ne devrait-elle pas énoncer en préambule : « Bien que les hommes soient inégaux par leurs talents et leurs performances, la République proclame hautement que cela ne justifie en rien des différences de traitement, qu’elle favorisera l’épanouissement de tous en s’attachant chaque fois que possible à offrir à ceux qui sont les moins dotés des moyens supplémentaires. » Soutenir le faible, l’opprimé, les petits QI, les pas forts en thème, les bas revenus, et les êtres vivants non doués de la parole sans tirer un trait d’égalité radical entre toutes les conditions et toutes les souffrances s’inscrit dans une autre perspective que celle d’un humanisme qui a voulu universaliser une ethnicité humaine artificiellement séparée du reste des vivants.

 

Cela bouscule bien sûr beaucoup des hypocrisies qui soutiennent le fonctionnement des démocraties modernes. Si l’on dit aux enfants qu’ils ont les mêmes chances de réussir pourvu qu’ils se donnent du mal, ou que les maladies frappent au hasard, alors qu’ils apprennent dans les cours de biologie et de génétique qu’il n’en est pas ainsi, outre le fait qu’on travestit la vérité, on construit des frustrations et du ressentiment. On favorise des pathologies mentales en donnant aux individus l’idée qu’étant foncièrement égaux ils sont coupables de leur relatif insuccès. Ce sont ces frustrations qui, dans la dernière période, se sont somatisées sous forme de désordres mentaux et d’addictions variées, de ressentiment, d’incivilités et de violences interpersonnelles."

 

Il est vraiment très bien, ce garçon !

 

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Le changement de paradigme implique le passage d'une civilisation des stocks à une civilisation des flux …

 

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D'Hervé Sérieyx :

 

"Quand on affronte les réalités de demain avec les institutions, les organisations et les représentations mentales d'hier, on peut craindre que ne s'aggravent sans cesse les drames d'aujourd'hui."

 

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En 2018, 55,3 % de la population mondiale vivaient en ville. Selon l'ONU, la proportion de la population urbaine était de 34 % en 1960, 16 % en 1900 et 7 % en 1800. Elle devrait atteindre 68 % en 2050, date à laquelle 6,7 milliards de personnes vivraient dans des villes contre 4,2 milliards en 2018.

Je n'y crois pas du tout. La ville est un artefact typique de la modernité, lié à des phénomènes de centralisation, de concentration et d'organisations sphéroïdales. L'après-modernité, aidée en cela par les technologies numériques, les économies de proximité, le télétravail, les organisations fractales, les affres pollutoires et l'horreur des promiscuités, a déjà entamé des processus de déconcentration et de décentralisation.

Les grandes villes vont s'effondrer (et/ou devenir des cloaques pour migrants et délinquants) ; certaines sont déjà en déficit migratoire aujourd'hui (Paris, Marseille, etc …).

 

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Grâce à Donald Trump, les Européens commencent enfin à sortir de leurs fantasmes concernant les USA. Il est temps de comprendre que les Américains sont incultes, crétins, primaires, obsédés d'argent, hédonistes, pas du tout libéraux mais protectionnistes et isolationnistes, puritains et dogmatiques, égocentrés et pilleurs de Nature, considérant le monde entier, qu'ils ne connaissent pas et ne veulent pas connaître, comme leur plaine de jeu, imbus de cette puissance qu'ils s'arrogent mais qui ne leur doit pas grand' chose (ce sont les Juifs qui ont fait la puissance des Etats-Unis).

La généalogie "normale" d'un Américain d'aujourd'hui, est d'être descendant de putes, de forçats, d'esclaves, d'aventuriers ou de sectaires religieux, bref de gens génétiquement inintelligents.

Merci à Donald Trump d'enfin montrer le vrai visage de l'Amérique qui, je l'espère, ne fera plus jamais rêver personne.

Il sera réélu parce que l'Amérique réelle et profonde, c'est lui. Les connards socialo-pseudo-gauchistes du parti "démocrate", ne représentent rien (sauf sur les campus où l'on s'enlise dans les "gender studies" ou les "social studies" ou les "cultural studies" et autres niaiseries égalitaristes) … Ce parti soi-disant "démocrate" ne fait que proposer, comme le fit cette lavette d'Obama ou cette débile d'Hilary Clinton, un autre confort sécuritaire offert par une odieuse machinerie étatique (fédérale) sur le dos des contribuables.

La seule question posée est : qui finance mon confort ? Il n'y a pas d'autre question, là-bas !

La généalogie américaine est génétiquement extrêmement pauvre ! Cela engendre un peuple d'un crétinisme profond.

 

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L'histoire des sociétés humaines est une succession de cycles de onze années (le cycle des éruptions chromosphériques solaires) organisés par triades autour des mêmes clés : onze années de catastrophe, onze années de régénération et onze années d'euphorie.

Ainsi, le 20ème siècle …

  • 1907-1918 : catastrophe (guerre).
  • 1918-1929 : régénération (génie scientifique et artistique).
  • 1929-1940 : euphorie (montée des totalitarismes socialistes).
  • 1940-1951 : catastrophe (guerre).
  • 1951-1962 : régénération (électroménager).
  • 1962-1973 : euphorie (golden sixties et électronique).
  • 1973-1984 : catastrophe (crises pétrolières).
  • 1984-1995 : régénération (informatique).
  • 1995-2006 : euphorie (la Toile).
  • 2006-2017 : catastrophe (crises financières et écologiques).
  • 2017-2028 : régénération (???).
  • 2028-2039 : euphorie.
  • 2039-2050 : catastrophe.
  • Etc …

 

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Le mot "art" est ambigu.

D'une part, dans le sens grec de technê, il renvoie à la technique du spécialiste : l'art de l'ingénieur, l'art du médecin, l'art du Compagnon, l'art royal, l'art de l'essayiste, l'art du conférencier, l'art du ritualiste, etc …

D'autre part, il renvoie vers la plus grande fumisterie qui puisse exister : la masturbation narcissique de ces pitres qui se désignent eux-mêmes comme "artistes" et qui produisent des divertissements ou des décorations sans la moindre utilité.

Et dire qu'il existe des imbéciles pour financer ces fumistes.

 

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Wittgenstein … Le scepticisme absolu !

Tout langage est limité. Donc toute pensée est limitée. Donc toute philosophie ou science sont vaines.

Comme Russell, il est complètement intoxiqué par la stupide notion de "vérité". Le but de la pensée n'est pas la "vérité". Le but de la pensée est la double cohérence avec l'expérience et avec elle-même. La "vérité" est un leurre idéaliste.

 

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Le cri de guerre de la phénoménologie de Husserl, était : "retour aux choses mêmes". Il est une absurdité. Il postule l'existence de "choses" alors qu'il n'existe que des processus. On est là en plein kantisme : subjectivation de l'objet. Donc croyance fausse en la dualité entre objet et sujet. Cette dualité n'existe pas : objet et sujet sont les deux faces de la même réalité : elles sont totalement l'une dans l'autre. Il n'y a ni confrontation, ni antagonisme ; il n'y a que co-processualité.

Kant ? La plus abominable catastrophe philosophique de l'occident.

 

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Le "il y a" n'est pas une question ; il est une évidence. Il y a ! Le Réel existe. Mais face à ce Réel qui existe, deux questions s'ouvrent : pour-quoi y a-t-il ? et comment y a-t-il ? C'est là l'origine des deux seules voies de la connaissance, respectivement, la métaphysique (l'Intention) et la science (l'Optimalité). Tout le reste est bavardage stérile. L'humain n'est rien et ne mérite pas d'y perdre son temps (qu'il se démerde avec ses angoisses existentielles et ses rapports à lui-même, aux autres et au monde).

Mais, plus profondément, il faut éradiquer le "il y a" et le remplacer par le "il advient". Rien n'existe, tout advient. Tout émane. Tout émerge.

Rien n'existe. Il n'y a pas d'être. Il n'y a pas d'objets, de choses, d'êtres. Il n'y a que des processus en cours. Et des interférences entre processus.

 

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Le Réel n'advient que pour lui-même. Que les humains en soient ou non les témoins, ne change rien à l'affaire.

 

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Le 11/03/2020

 

Depuis tant d'années que je professe la prospective globale en matière socioéconomique, je ne me suis jamais lassé de répéter que le passage d'un scénario d'effondrement (celui que nous vivons depuis 1973) à un scénario d'émergence (celui qui est devenu possible depuis 2007), exige deux choses. Un déclencheur (capable d'un vrai "effet papillon") et un amplificateur puissant (capable de faire caisse de résonance et générateur d'effets "boule de neige").

 

Cet amplificateur puissant me semble, depuis longtemps, être double :

 

  • D'abord,  cet immense amplificateur qu'est la finance spéculative mondiale (et surtout américaine et chinoise) qui ne sert à rien, qui ne s'appuie sur rien, mais distribue des illusions et des mensonges de plus en plus absurdes, au travers de ses "bulles" gigantesques et de ses "produits dérivés" totalement surréalistes (cfr. les CDS).
  • Ensuite, l'incroyable déni de réalité mondial en ce qui concerne la pénurie de toutes les ressources naturelles et la chaotisation de toutes les dimensions du monde humain (chaos climatique, pollutoire, géopolitique, écologique, commercial, pandémique, épizootique, monétaire, technologique, océanique, etc …).

 

En revanche, j'ai toujours avoué être incapable de pronostiquer quel sera l'événement déclencheur de ce basculement colossal.

 

Aujourd'hui, la pandémie liée au coronavirus Covid-19 nous invite à observer, en temps réel, le déglinguage rapide et mondial des dimensions boursières, géopolitiques, pétrolières, économiques, commerciales et diplomatiques de notre monde humain.

 

Je n'oserai pas prétendre que ce coronavirus EST le déclencheur que je cherche et attends depuis 15 ans. J'affirme seulement qu'il pourrait bien l'être ou, à tout le moins, qu'il nous montre clairement comme cela se passera le moment venu !

 

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Le texte suivant a été transmis à quelques très bons amis dont certains ont réagi par des réponses que je re produit à la suite …

 

Il faut combattre la vision créationniste que l'on donne du livre biblique de la Genèse !

Il n'y a nullement création (surtout pas ex nihilo puisque le Ciel et la Terre préexistent et que la Terre est déjà quadratiquement préstructurée en Ténèbre et Abîme, et en Souffle et Eau). La première émanation : la "Lumière", viendra après comme déclencheur de toute la suite.

 

Le premier chapitre du livre de la Genèse est un récit quasi darwinien de l'émergence du monde. Le nom de Dieu n'y apparaît nullement ; on y parle des Elohim : des Puissances qui sont des émanations et nullement des créateurs. Tous les verbes sont conjugués sur le mode inaccompli et sont donc prédictifs et nullement créatifs. Les dix Paroles de la Genèse ne sont que des Paroles qui prédisent ce qui va se passer mais non des Paroles qui font que les choses se passent.

 

Le verbe Bara qui intervient deux fois seulement et qui est erronément traduit par "créer", signifie "engendrer" ou "ensemencer" … et certainement sans aucune connotation d'une creatio ex nihilo. De plus tous les verbes sont conjugués à la troisième personne du singulier, sans spécification de leur sujet, ce qu'il faut rendre par un "on" impersonnel ou par le "il" de "il pleut".

Lorsqu'il parle, "il" s'adresse à ses propres Puissances qu'il a fait émaner de lui.

 

L'émergence du monde se fait en six "jours" bien marqués ("il adviendra un soir, il adviendra un matin") qui correspondent bien aux diverses étapes de l'évolution réelle des choses et des êtres sur la Terre, selon l'échelle des complexités : l'eau, le sol, les non-mammifères, les mammifères et les humains "mâles et femelles".

L'anachronisme apparent de l'apparition des "luminaires" : le soleil, la lune et les étoiles, au quatrième jour, dit seulement que ceux-ci ne se mettent à exister que dès lors qu'il existe des yeux pour voir leur lumières, au cinquième jour.

 

Il faut encore bien comprendre que le premier chapitre du livre de la Genèse, parle de l'émergence de l'humain réel, de chair et de sang, un humain portant le nom générique 'Adam (qui n'est alors pas un prénom), parèdre de 'Adamah : l'humus, dont il est formé.

 

Le second récit de "l'apparition de l'humain" dans le Jardin d'Eden, ne parle pas de l'histoire et de l'évolution réelles de la Terre et de tout ce qu'elle porte, nourrit et englobe. Ce second récit qui couvre les chapitre 2, 3 et 4 (surtout 2 et 3), est un récit symbolique et mythique qui se déroule dans la tête de YHWH, un des Elohim, qui deviendra le Dieu tutélaire de la Maison d'Israël et qui rêve de l'humain qu'il aimerait pouvoir prendre sous sa tutelle dans un pacte d'Alliance à venir ; pacte qui s'ébauchera avec Noé, s'approfondira avec Abraham et se finalisera avec Moïse.

 

Ce second récit esquisse une anthropologie qui se voudrait positive, ambitieuse et optimiste dans le chef de YHWH, mais qui se heurte très vite aux faiblesses humaines. Les protagonistes en sont YHWH celui parmi les Elohim qui se tracasse des humains ; 'Adam qui est l'humain proprement dit, mâle et femelle" ; le Jardin d'Eden qui est un lieu symbolique, le lieu de toutes les nourritures et de ces deux symboles inouïs : l'Arbre de Vie en son milieu et l'Arbre de la Connaissance du Bon et du Mauvais, ailleurs, le lieu où devrait se dérouler le passage initiatique de l'animal à l'humain, de l'innocence à la conscience, de l'ignorance à la connaissance ; le Serpent (Na'hash c'est-à-dire aussi le "Devin") qui est le mystagogue, complice de YHWH, dans cette entreprise initiatique ; et 'Hawah, la "Vivante" (dont on a fait "Eve" en français), que l'on a trop longtemps identifiée à la femme, "épouse de l'homme", tirée d'une de ses côtes ou de son côté.

 

Adam est le côté matériel, charnel, corporel et physique de l'humain. 'Hawah en est le côté vital (et, effectivement, c'est la femme qui construit et donne la vie).

La Matière est la lourdeur, le passé et le présent. La Vie est la légèreté, le présent et le futur. Toutes deux sont animées par la Nishamah, le souffle divin insufflé dans les narines de l'humain ; cette âme possède deux faces, à la fois Animus (mâle) et Anima (femelle) que la langue latine (bien avant Carl Gustav Jung) avaient déjà dissociées.

L'Anima latine (qui est 'Ishah en hébreu, la personnalité vitale) est le "principe de vie" ou la vie-même, alors que l'Animus latin (qui est 'Ish en hébreu, la personne réelle) est "le désir", "l'esprit" ou "l'intention".

Et comme il faut vivre pour devenir, mais que vivre sans devenir, c'est s'étioler et se perdre, 'Adam et 'Hawah sont indissociables non en tant qu'homme et femme, mais bien en tant que les deux faces inséparables de tout humain en voie de devenir Sage, selon le vœu de YHWH.

 

*

 

De mon ami théologien catholique, Hugues D., cette réponse au texte ci-dessus :

 

" J'ai toujours enseigné que la première expérience de Dieu ou de ce qu'il convient de nommer comme tel n'est pas la création mais ce que nous avons à assumer comme rencontre personnelle et/ou communautaire. Ce que la tradition va assumer comme le salut, sortie d'Egypte et Pâque … et Mort et résurrection de Jésus, et donc Pâques, c'est l'expérience personnelle de cette rencontre qui est première. La genèse et la création sont pensés et reçus comme seconde et comme "intégrant" au sens mathématique l'expérience particulière de Dieu ; puis on opère la "dérivée" au sens mathématique du terme pour justifier la théologie du Salut. On aboutira à une expérience d'abord de la distance avec Dieu dans l'ordre de l'existentiel qui aboutit à une expression d'une logique inversée à celle de la dogmatique, à savoir : Salut , Péché  Création. Alors que la théologie dogmatique se garantit dans une logique Création, Péché Salut ; mes étudiants en théologie à Toulouse me pensait hérétique !"

 

*

 

Et la réaction au même texte, de mon frère en Héraclite, Edgar Morin :

 

"Mon cher Marc. Evidemment Elohim est le tourbillon  génésique singulier et pluriel à la fois. Je croyais que Bara (m'avait dit Atlan) signifiait "sépara" car un univers ne peut naitre que s'il y a séparation (séparateurs : temps et espace)"

 

Et ma réponse …

 

"Cher Edgar,

Le verbe Bara vient de deux racines : Bar qui est le "fils" donc "engendrement" et qui est la "graine de blé" donc "ensemencement".

Le verbe "séparer" est tout autre : Hifryd ou Hibdyl (utilisé dans la Genèse pour la séparation des eaux d'en-haut et d'en-bas,  et de l'eau d'en-bas et du sec).

Oui, un processus (et l'univers en est un) ne peut s'enclencher que dans une bipolarité, mais une bipolarité n'implique nullement ni séparation, ni dualité ontique. Je crois que le taoïsme avait bien compris cela : l'unité du Tao est effective, mais elle est animée par la dialectique inépuisable du dipôle primordial : le Yin et le Yang, l'adret et l'ubac (qui change l'un dans l'autre en suivant la trajectoire du soleil)."

 

*

De Georges R. en réaction toujours au même texte :

 

"Merci de m’avoir envoyé ce texte qui me perturbe beaucoup, en ce sens que tu montres comment on peut, et on doit, interroger les mots, les lettres de la torah et non se couler dans le moule de l’acceptation passive des interprétations "officielles" induit par notre conditionnement. Mais une question me taraude à la lecture de ce texte: Tu sembles dire que YHVH se préoccupe de son alliance "rêvée" avec le peuple d’Israël et j’ai du mal à concilier l’idée dune émanation du Un qui pourrait fantasmer sur un processus particulier et influer sur son déroulement. Comment penser une interrelation entre l’émanation du Un figurée par YHVH et l’homme, alors que par ailleurs, la Kabbale avec le Tzimtzoum nous dit que D. s’est retiré pour laisser une place à la création, et nous seuls pour forger notre destin ? J’ai du mal à concevoir que Dieu , ou une de ses émanations, puisse "s’intéresser" à un des processus en particulier découlant de son "Intention primitive". Cette idée m’apparaît comme une vision anthropomorphique prêtant à Dieu une émotivité, un sentimentalisme qui me paraît totalement improbable (je dirais même  "irrelevant" en anglais)".

 

Et ma réponse :

 

"Remarque plus que pertinente, cher Georges !

Il va falloir que l'on fasse "pilpoul" ! Là où tu me pièges c'est avec le tzimtzoum (et tout le messianisme) d'Isaac Louria qui ne me parle aucunement. Moi, je suis resté bloqué sur la kabbale zoharique (gnosique, l'arbre séphirotique, l'atteinte de l'intemporel et de l'Eyn-Sof). L'eschatologie de Louria ne me parle pas du tout. La notion de "fin des temps", de "temps messianique" et de "salut collectif" sont totalement hors de ma vision.

La notion de "Salut" m'est d'ailleurs totalement étrangère. "Sauver de quoi ?" Je crains que Louria ne soit plus christique que juif. Cette idée de "péché originel", de "faute", de "damnation", de "rédemption", de "salut", etc ... a été inventée par un malade mental appelé Augustin d'Hippone sur les traces d'un autre malade mental appelé" "Paul de Tarse". Elle a intoxiqué le judaïsme rabbinique, mais lui est étrangère.

Mais tu poses une question autrement plus grave : prêter au Divin une intention, un projet, un désir, une volonté ... est-ce un anthropomorphisme ? Je voudrais te proposer l'idée suivante : le monde naturel est une émanation de l'Eyn-Sof. Cette émanation répond à une volonté, à un désir, à une vocation, à une mission, à une intention ... bref à une flèche du temps : il y a projet. Ce monde est une réponse à ce projet. Et l'humain, dans ce monde est une contribution à cette réponse.

Toutes les parties du Tout doivent contribuer à l'accomplissement de l'Intention du Tout qui est le sens profond de l'histoire cosmique (c'est cela la révélation des dix Paroles du mont Sinaï) mais, en échange, le Divin, au travers de son hypostase YHWH pour les Juifs, s'engage à contribuer à l'accomplissement de la Maison d'Israël. C'est cela l'Alliance juive de la Torah. Mais ce n'est pas la seule Alliance entre le Divin et d'autres regards, d'autres cultures, d'autres spiritualités, qui ont aussi noué une Alliance spécifique. Ma conviction profonde est que toutes ces Alliances spécifiques convergent. La franc-maçonnerie est une autre Alliance entre le Tout-Un et une partie des humains qui passe par d'autres Paroles, d'autres symboles, d'autres légendes et qui n'est ni moins, ni plus belle.

Le Tout sans ses parties est aussi impuissant à vivre et à s'accomplir que les parties sans le Tout."

 

Mais mon bon Georges revient à la charge :

 

" Je suis d’accord avec toi sur l’eschatologie lourianique, en général. Mais j’aime bien l’e concept du Tzimtzoum en ce sens que pour moi il signifie que Dieu n’est plus là pour intervenir dans la marche du monde et que c’est à nous de nous démer…der ! La notion de Tiqoun Olam me parle aussi car visiblement le monde tel que nous le connaissons n’est pas parfait ! ( en fait, c’est la plus récente évolution du processus de complexification, j’ai nommé « l’Homme » qui me parfait très résolument et très nécessairement perfectible). Mais oui, la notion de salut ne me parle pas non plus. La notion de la fin des temps me parle au niveau cosmologique, concernant notre petite planète dans son petit système solaire, et je ne crois pas plus que toi que X mégatonnes de prières y changeront quelque chose ! Question de fond : avons-nous le choix d’autre chose que ce que tu décris si bien, contribuer à l’accomplissement de l’Intention ? Dans le cas contraire, nous sommes voués à l’extinction ( et je ne sais pas encore qui va gagner entre ces deux hypothèses !) Par contre, je ne saisis pas bien pourquoi ni comment, le divin s’engagerait à contribuer à cette mission. C’est là que je m’interroge sur la dimension anthropomorphique. Mais j’espère bien que tu pourras éclairer le mécréant, mais profondément juif dans ses tripes, que je suis.

 

PS : as tu lu ce livre du pasteur Alain Houziaux qui s’appelle «  Le tohu-bohu, le serpent et le bon Dieu » ? Ou il développe une théorie originale sur le fait que Le monde étant crée à partir d’une matière première « défectueuse » le tohu-bohu, Dieu est trop occupé à colmater les brèches, à régler les problèmes, pour s’occuper de l’Homme ! ce qu’il dit du serpent est très intéressant aussi.

Cette idée de Dieu imparfait , donc en évolution ne rejoint elle pas la tienne dans le papier que tu m’as fait passer?

"

 

A quoi je réponds pour clore :

 

" Je pense que tu touches là la grande question de la théologie : comment concilier la Perfection absolue que l'on prête au Divin et l'imperfection évidente du monde naturel qui cultive souffrances, douleurs, morts, infamies, méchancetés, barbaries et cruautés en tous genres.

Si Dieu est absolument parfait pourquoi aurait-il fait ou laissé faire un monde naturel aussi imparfait qui se réclamerait de Lui et implorerait Sa miséricorde pour être "sauvé" ? Pourquoi aurait-il créé ou laissé se créer des créatures aussi abjectes que celles qui hantent le monde naturel ? Un tel Dieu absolument parfait qui tolère de telles imperfections en son nom sinon dans son être, ne peut être absolument parfait.

C'est donc la question de l'absolue Perfection de Dieu qu'il faut interroger.

Le monde naturel, par exemple selon Spinoza, n'est que le lieu divin périphérique où Dieu se construit vers sa propre Perfection. Dieu est en chantier et n'est donc pas achevé et ce que nous appelons les imperfections du monde naturel, ce ne sont que les imperfections actuelles du Divin qui porte le monde naturel pour s'y parfaire.

Au travers du monde naturel et en Alliance avec lui - donc avec les humains et en Alliance avec ceux qui l'acceptent -, Dieu tend vers sa propre plénitude et à réparer (Tiqoun) ses propres imperfections, progressivement, dans un jeu réciproque entre le Tout qu'Il est, et chacune des parties que nous sommes. Accomplir Dieu (ou, plutôt, contribuer à accomplir Dieu), c'est s'accomplir soi-même (ou plutôt, c'est contribuer à s'accomplir soi-même). C'est cela le principe sacré de l'Alliance.

Dieu contient tout : l'Espace et le Temps, la Matière, la Vie et l'Esprit. Le monde naturel est totalement en Dieu, il en est partie intégrante et tout ce qui arrive de bon ou de mauvais dans le monde naturel, arrive aussi à Dieu, dans sa Chair vivante et dans son Esprit pensant : le monde naturel est, en somme, la peau de Dieu, interface entre le Néant et le Divin. Techniquement, cette doctrine théologique s'appelle le Panenthéisme (le Tout du monde naturel est intégralement EN Dieu qui en assume, à la fois, l'indéfectible unité et le moteur d'accomplissement, c'est-à-dire le Logos - on n'est alors plus très loin de la doctrine du tzimtzoum d'Isaac Louria). Dieu est alors l'ensemble du Un, du Tout et du Logos … ce qui se traduit, dans la théologie kabbalistique par l'Eyn-Sof (l'Un), les Elohim (le Tout figuré par les dix Séphirot) et YHWH (le Logos, la Loi du Royaume, la règle de la Séphirah Malkout inscrite dans la Torah qu'il offre à Moïse).

Sur ces questions, l'urgence, me semble-t-il est de sortir définitivement des ontologies dualistes qui opposent un monde divin parfait et un monde naturel imparfait … mais qui se heurte depuis plus de deux mille ans à l'impossibilité logique que ces deux mondes puissent avoir un quelconque rapport entre eux, sauf à passer par des mythologies sans queue ni tête. Une telle dualité n'a aucun sens métaphysique."

 

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De mon ami Jason, toujours en réaction du même texte sur la Genèse :

 

"Tu me prendras peut-être pour un inculte, mais vois-tu j'ai un peu de mal à comprendre pourquoi les humains se déchirent depuis des siècles et des siècles autour des notions d'émanation et de création. A titre personnel, j'ai du mal à saisir où est le problème. Pour moi, "émaner" ça peut vouloir dire à la fois "procéder" et aussi "engendrer - donner naissance à - créer". Mais là, ce que je t'écris, c'est tel que je le ressens.

Je viens d'aller faire un petit tour sur internet pour trouver quelques infos sur émanation et création. Et j'en ressors avec un certain mal de tête et aussi la tristesse de me remémorer qu'on a pu brûler des personnes sur des bûchers pour ce type de questionnement.

J'ai également lu (mais je n'ai pas vérifier la source) que la Kabbale parle de :

  1. Émanation (Atzilout)
  2. Création (Bériah)
  3. Formation (Yètzirah)
  4. Action (Assiah).

Donc je me dis que s'il semble erroné de parler de "création ex nihilo" on peut tout de même parler, à bon droit de "création".

 

J'ai par ailleurs encore une question qui te sembleras peut-être saugrenue, mais si YHWH est le dieu tutélaire de la Maison d'Israël, doit-on comprendre, aujourd'hui en 2020, que cette "tutelle" est exclusive et que ceux qui ne sont pas juifs sont sous la tutelle d'autres Elohim qui ne se tracassent pas franchement des humains ?

Et je vois bien que peu à peu on en arrive peut-être à ce qui crée le gros de l'opposition en émanation et création, à savoir le duo intériorité / extériorité. Et là encore, j'ai du mal à comprendre pourquoi tant de conflits à ce sujet. Est-ce qu'on ne pourrait pas tout englober et dire "intériorité et extériorité"? "

 

Et ma réponse :

 

"La question de fond, qui n'est pas neutre, est de savoir si le Divin est hors de nous (dualisme ontique) ou en nous (monisme panenthéiste). Bien sûr, il s'agit là de catégories métaphysiques bien abstraites et, semble-t-il, bien loin des préoccupations existentielles. Mais détrompe-toi.  Ces vieilles questions et ces vieux mots recouvre toute la question de la Sacralité de la Nature, de la Vie, de l'Existence, de l'Amour, de la Fraternité, de la Paix, et de tant d'autres..

Si le Divin est en soi, chacun peut trouver et exploiter ses propres chemins de Sacralisation. Si le Divin est étranger au monde naturel (parce qu'il le crée en n'en étant pas partie prenante), la Sacralité reste aussi étrangère et absente de ce monde naturel où nous vivons. Si tel est le cas, nous devons attendre un Salut hors de ce monde-ci qui n'est alors qu'un purgatoire transitoire entre le néant d'avant et la béatitude d'après. Et l'on passe alors à côté du faste du Réel, entre deux illusions.

Tu le comprends, la question est loin d'être neutre …

Quant aux quatre "étages" de l'Arbre séphirotique, le mot "Bériah" traduit par "création", signifie, en fait, "ensemencement".

Oui, effectivement, YHWH n'est pas un Dieu universel ; il est la version juive (au travers d'une langue, d'une histoire, d'une culture, d'une souffrance, d'un exil particulier, de ce que la Divinité universelle peut signifier pour un petit peuple déraciné, cosmopolite, errant, empêché de rentrer chez lui, n'ayant aucune volonté d'imposer quoique ce soit aux autres peuples, ne demandant qu'une seule chose : qu'on lui fiche la paix, … mais que le monde entier s'échine à faire chier depuis plus de trois mille ans."

 

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A mon amie Annick de Souzenelle, j'envoie le message suivant :

 

"Soyons clairs, tous les chemins vers le "plus haut", vers le "plus sacré" sont des bénédictions.

Le problème n'est plus, depuis longtemps, la question de définir le Divin ; il est la question de choisir et de baliser le cheminement vers la Sacralité. Et il y en a tant."

 

Pour être encore plus clair : le problème majeur de notre époque n'est plus d'atteindre la Divinité, mais de monter en Sacralité.

La montée en Sacralité … voilà le défi d'aujourd'hui !

La Sacralisation du Monde, de la Vie et de l'Esprit !

 

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Le 12/03/2020

 

Le nouveau jeu de l'égalitarisme qui n'avoue plus son nom, est la "lutte contre les discriminations", appelée aussi "combat contre les biais".

Encore une fois, mettons les choses au clair. Chaque personne doit revendiquer, irréfragablement, le droit de choisir librement ses partenaires de vie, de la façon aussi subjective qu'elle le veut.  Chacun doit avoir le droit imprescriptible de préférer nettement et ouvertement telle personne ou tel type de personne, plutôt que tels autres, et d'y fonder ses décisions pour s'engager envers un salarié, envers un locataire, envers un gendre ou une bru, envers un partenaire professionnel, envers un interlocuteur, etc …

Cela ne regarde que lui, ses choix, ses valeurs et son éthique. Tous les procès qui, derrière ces choix, pourront être intentés en sexisme, racisme, ethnisme, ostracisme, xénophobie, ou n'importe-quoi-phobie, n'ont aucun droit d'être. Le choix de ses "amis" est un droit privé inaliénable : chacun a le droit de n'en pas fréquenter d'autres pour causes d'antipathies profondes.

Des slogans comme "Tous les hommes sont frères" ou "Aime ton prochain comme toi-même" sont des absurdités.

L'immense majorité des humains me répugnent profondément … et c'est mon droit.

 

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Il  faut châtrer les anges et éradiquer les angélismes.

Tout le monde n'est ni beau, ni gentil. La majorité des humains est cupide, jalouse, fainéante, parasitaire, menteuse, roublarde et perverse …

 

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La grande majorité des musulmans est analphabète et ne désire pas s'instruire. Elle a les réponses aux trois questions vitales :

  1. En tant que bon musulman, est-ce que je profiterai d'une vie éternelle de béatitude en compensation de ma vie de merde d'ici ? Réponse : oui !
  2. Est-ce que la femme est un être inférieur et doit-elle, dans tous les cas, obéissance absolue à son mari ? Réponse : oui !
  3. Est-ce que les non-musulmans sont des êtres haïssables et puis-je les exploiter sans vergogne et sans scrupules ? Réponse : oui !

Que voulez-vous de plus ?

 

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Injustice sociale … ?

En quoi le fait qu'il y ait des plus pauvres est-il injuste ? Ou des plus grands ? Ou des plus intelligents ? Ou des plus courageux ? Ou des plus travailleurs ? Ou des plus courageux ? Ou des plus instruits ? Etc …

Si la justice devait se réduire à de l'égalité, elle serait une sottise ridicule.

 

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Je suis un indéfectible européen convaincu. Il faut détruire les Etats-Nations et fonder une Europe fédérale unitaire, unitive et unifiée.

Tout le reste n'est que nostalgies nationalistes psychotiques et létales.

 

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En fait et au fond, Wittgenstein a assassiné radicalement la logique et tout espoir de logicisation. Toute logique humaine est purement artificielle et conventionnelle, et ne correspond que de très loin et que très approximativement au Logos su Réel.

Aucun mot ou symbole ne signifie vraiment ce qu'il est censé signifier. Aucune relation "logique" entre mots ou symboles, n'est réellement pertinente et "vraie" hors des conventions artificielles qui la portent.

Autrement dit, aucun langage humain (même mathématique ou logique) ne peut prétendre traduire la cohérence du Réel.

 

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Il faut dépasser le dilemme kantien et parler de deux cohérences. Celle, intrinsèque, du sujet pensant (le sujet) et de son système de pensée, et celle, extrinsèque, entre ce système de pensée et la réalité expérientielle (l'objet). La seule idée défendable est celle du progrès dans le mouvement de convergence de ces deux cohérences.

Le fait de refuser que cette cohérence ne soit pas naturelle et immédiate, condamne à la souffrance (cfr. Wittgenstein). Le joie consiste (cfr. Spinoza) à voir leur improbable convergence d'améliorer au fil du cheminement.

 

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Peut-on dire quelque chose de censé (c'est la question de Wittgenstein) sur Dieu, c'est-à-dire sur cette totalité qui englobe et contient le Tout de ce qui existe ? La réponse de Wittgenstein est radicalement négative. La mienne est radicalement positive pour la simple raison qu'à la différence de Wittgenstein, j'affirme la réalité de l'intuition, c'est-à-dire de cette capacité de résonance avec la réalité de l'Âme du Réel parce que chacun de nous en fait partie intégrante et prenante.

Nous ne sommes pas étrangers au monde (cfr. Platon ou Kant) puisque nous sommes dans le monde, émanation du monde, façonné par le monde, fait pour le monde, au total service du monde et en résonance avec lui.

 

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La paradoxe célèbre de Russell est infantile.

Russell considère l'ensemble de toutes les personnes qui se rasent, et décrète qu'il existe une partition binaire : ceux qui se rasent eux-mêmes et ceux qui se font raser par un barbier.  Cette partition étant décrétée, la question est : quid du barbier qui se rase lui-même ? Tout ce faux paradoxe vient de la nullité d'un binaire implicite qui décrète : soit on se rase, soit on se fait raser. Cette alternative n'est que statistique, mais jamais réelle.

La partition exacte est un tétralemme de Nagarjuna : ceux qui se rasent mais ne rasent personne d'autre, ceux qui rasent les autres mais ne se rasent pas, ceux qui rasent les autres et eux-mêmes, ceux qui ne rasent ni eux-mêmes, ni les autres. Une fois de plus, on en arrive au rejet du principe de non-contradiction. Une proposition (toute proposition ?) peut être, à la fois, vraie, fausse, ni vraie ni fausse, à la fois vraie et fausse.

 

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Le 13/03/2020

 

Il est profondément urgent de refonder un monisme à la fois naturaliste et spiritualiste.

 

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De mon si cher ami Bertrand Vergely en réponse à mes questions sur Cassirer (sur qui il a écrit sa thèse) :

 

"Lorsqu'il élabore sa critique de la métaphysique, Kant pense pouvoir remplacer celle-ci par une anthropologie de le culture, du symbole et du goût dans laquelle le vrai, le bien et le beau deviennent le reflet de l’homme, de sa subjectivité et de sa liberté. Cassirer, qui est kantien, va reprendre le projet de celui-ci en développant une anthropologie du symbole s’efforçant d’articuler ensemble le langage, le mythe et la science. La réalité se ramenant au langage et à l’image, on peut mythifier le langage et les images en les pétrifiant sous la forme de choses. de substances, d’êtres. Ou bien, on peut se délivrer d’une vision substantielle. Le réel devient alors le symbole de l’homme sous la forme du sens élaboré par un symbolisme fonctionnel. La démarche de Cassirer est positiviste et consiste à voir dans le mythe une préparation au sens et à l’homme. Lorsque le mythe va vers le sens, on est dans l’humanisme, le progrès , les Lumières et la démocratie. Lorsqu’il reste attaché au mythe, on sombre dans l’obscurité, le totalitarisme et le nazisme. Le symbole n’est pas simplement humain. Nous mettant en relation avec les réalités divines et mystiques les plus hautes. il dépasse le plan humain. Cassirer a totalement manqué cet aspect du symbole. Kant également. Résultat : sa philosophie du symbole est prisonnière d’une contradiction fondamentale. On ne peut pas à la fois faire du mythe un fondement de la culture et en même temps le responsable du nazisme. Si le mythe fonde la culture, il ne peut pas se réduire au nazisme. S’il est responsable du nazisme, il ne peut pas fonder la culture. Son livre "Le mythe de l’État" que j’ai traduit, contredit totalement sa philosophie des formes symboliques. La contradiction que l’on trouve chez Cassirer n’est pas un hasard. Elle illustre ce qui se passe quand on essaie de penser l’origine sans relation à la dimension divine de l’existence et sans tenir compte de la relation entre l’homme et cette dimension. La réalité n’est pas humaine. Elle est divine-humaine. Elle ne se ramène pas au visible. Elle est à cheval entre le visible et l’invisible. Le symbole rend compte de cette relation. Quand on le vit, le symbole met en relation avec le plan divin de l’existence. À chaque fois que l’homme voit le symbole ouvrant le visible sur l’invisible et faisant descendre l’invisible dans le visible, il libère la liberté créatrice en montrant que tout va bien plus loin qu’on ne le pense. on est alors dans une temporalité créatrice enseignant que tout ne fait que commencer. On est dans la Vie avec un grand V. Quand on perd le sens du divin-humain, on rentre dans l’idolâtrie du visible et de l’humain.  Les Lumières ont enfermé l’humanité dans l’idolâtrie du visible et de l’humain. Cette idolâtrie a donné la religion positiviste de la science et du progrès dans laquelle nous baignons. Cette religion positiviste de l’homme a conduit à l’idolâtrie du politique et de l’idéologie (le communisme) et à l’idolâtrie de la race et de la biologie (le nazisme). Elle conduit aujourd’hui à l’idolâtrie des nouvelles technologies (le transhumanisme). Cassirer pensait que l’homme délivre du mythe. Il n’a pas vu que l’homme pouvait devenir le plus grand mythe qui soit. S’il avait eu le sens du divin-humain, il aurait évité de se perdre dans un culte positiviste de l’homme. En 1929, dans sa controverse à Davos avec Heidegger, alors qu’Heidegger défend le mythe, il défend l’homme. Le problème n’est pas de fonder le mythe contre l’homme ou l’homme contre le mythe. Il est d’avoir une vraie expérience du symbole et du divin-humain, que n’ont ni Cassirer ni Heidegger."

 

Le symbole est un pont entre le divin et l'humain, entre le visible et l'invisible. Le fait d'en faire un miroir de l'humain pour l'humain, par l'humain, ne mène nulle part.

Ce fut là l'immense erreur d'un Kant et d'un Cassirer.

 

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De Léonard Cohen :

 

"Il y a une faille dans chaque chose,

mais c'est par ces failles que la lumière passe."

 

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De Haïm Korsia, grand rabbin de France :

 

" Si tout se vaut, rien ne vaut plus rien."

 

C'est bien ma thèse : indifférentisme ("rien ne vaut") et indifférencialisme ("tout se vaut") sont les deux faces d'un même nihilisme.

 

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Si "de Dieu, rien ne peut être dit", alors, rien ne peut être dit de rien puisque tout est en Dieu.

Tel est le dilemme que pointe Wittgenstein dans son Tractatus logico-philosophicus.

Ce dilemme est un faux débat puisque celui qui dit, est lui-même partie intégrante de cette Totalité dont Wittgenstein dit que rien ne peut être dit.

 

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Le 14/03/2020

 

Chacun est son propre Messie. Cultive-le en toi.

Il mènera ta chair, ta vie, ton esprit et ton âme jusqu'à la fusion avec la Chair, la Vie, l'Esprit et l'Âme cosmiques, avec le Divin qui comprend tout.

 

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L'âme est le siège de la vocation et de l'intention.

L'esprit est le siège de l'intelligence et de la cohérence.

Le cœur est le siège de la sensibilité et de la reliance.

Le corps est le siège de la mémoire et de l'action.

La conscience est le champ de l'interférence, de la confrontation et de l'harmonisation entre l'âme, l'esprit, le cœur et le corps.

 

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Dans le monde des choses, l'Ordre m'importe bien plus que la Beauté … celle-ci se réduisant, pour moi, le plus souvent, à celui-là.

Je n'ai aucun goût pour l'esthétique. Je lui préfère l'efficience.

 

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Le scepticisme de Descartes et, après lui, de toute la philosophie moderne, est proprement absurde. A la question : "le Réel existe-t-il ?", la seule réponse est évidemment : "oui, tout le Réel existe puisque le Réel est tout ce qui existe".

L'imbécillité de ce scepticisme est aussi grave que celle du : "Je pense donc je suis". Le sujet "je" n'a aucun sens : "qui serait ce "je" qui pense ?", le "donc" n'est pas un lien logique mais une pirouette verbale, et le verbe "être" traduit une immuabilité absolue incompatible avec la pensée qui est, précisément, mouvement et transformation incessants.

La seule affirmation ayant du sens est : "Il y a pensée, il existe de la pensée, il exister du penser, il y a de l'existant, le Réel existe et pense".

"Réel" et "Il-y-a" deviennent synonymes.

C'est typiquement le cas en hébreu où Yèsh (YSh de valeur guématrique 301 qui pointe vers le 4 de la Matricité, de la Mémoire incarnée, de la Matérialité transcendée) signifie indifféremment "existence" ou "réalité" ou "il y a".

 

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Le "je" de Descartes est la source de toutes ces inepties appelées "philosophies du sujet" ou "philosophies analytiques".

Depuis des milliers d'années, la métaphysique sait que derrière ce "je" qui n'est qu'un masque artificiel et superficiel, il n'y a rien.

 

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De Wolfram Eilenberger à propos du rapport entre Heidegger avec les humains :

 

"Voilà qu'on les retrouve, ces gens qui passent 'au dehors' comme 'devant la fenêtre' ! Tous ces autres, habituels et bien trop nombreux, avec lesquels Heidegger ne peut, ou ne veut peut-être pas établir de vraies relations. (…) L'image romantique du grand solitaire, condamné par le sort à devoir résoudre seul le problème surhumain dont il est l'unique dépositaire, en demeurant nécessairement incompris : l'asocial de génie. Voilà en quels termes Heidegger se considère. Et il le fera sa vie durant."

 

Ce n'est pas de Heidegger que l'on parle, là, mais bien de moi !

L'immense majorité des humains (hors les quelques personnes qui comptent vraiment pour moi) est de l'autre côté de mes fenêtres, et je ne désire aucunement établir quelque relation autre qu'utilitaire avec elle. Ces gens ne font tout simplement pas partie de mon monde. Ils grouillent dans un terrarium extravagant qui ne me concerne plus, s'il m'a jamais concerné.

 

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L'immense bataille - ou guerre - qu'il faut mener en ce début de troisième millénaire n'a qu'un seul ennemi qui rassemble, résume et transcende tous les autres : le dualisme.

Tous les dualismes, toutes les dualités sont à abattre d'urgence. Rien, dans le Réel, n'est ni dual ni duel : tout est Un.

Matière et Esprit, Corps et Âme, Divin et Humain, Idéal et Réel, Naturel et Artificiel, Bien et Mal, Beau et Laid, Juste et Injuste, Sacré et Profane, Bon et Mauvais, Vrai et Faux, Ici-bas et Au-delà, Enfer et Paradis, Nostalgie et Utopie, "Paradis perdu" et "Lendemains qui chantent", Rêve et Cauchemar, Infini et Fini, Eternel et Mortel, Immatériel et Matériel, …

Il faut sortir absolument de tout ce fatras artificiel !

 

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Il n'y a aucune frontière réelle entre intériorité et extériorité. Cette soi-disant barrière a été inventée par Pythagore et Platon, reprise par le christianisme et hypertrophiée, depuis Descartes, par la Modernité.

Il ne s'agit nullement de deux mondes séparés, chacun pouvant avoir toutes les suspicions possibles sur l'existence de l'autre ; il s'agit des deux faces indissociables d'une seule et même médaille : le Réel !

 

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Comment avons-nous pu nous laisser berner si profondément et si longtemps ? Il faut revenir à ceci : Dieu, Divin, Matière, Vie, Esprit, Âme, Un, Tout, Réel … sont de stricts synonymes

Ils désignent le tout de que qui existe et qui est cohérent (et pour paraphraser Hegel : tout ce qui existe, est cohérent et tout ce qui est cohérent, existe).

Ce qui change, d'un de ces mots à l'autre, ce n'est pas la chose, mais le regard.

 

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Descartes a été le grand falsificateur de la philosophie. Jusqu'aujourd'hui, y compris au travers les obscures "Lumières", il a tout pollué, tout enfumé, tout biaisé.

Heureusement, certains se sont opposés à la réduction de la pensée au réductionnisme analytique et rationaliste : Schelling, Hegel, Nietzsche, Bergson, Wittgenstein, Heidegger et quelques autres (comme Whitehead ou Godin) qui ont été les pionniers de ce que sera la nouvelle philosophie (moniste, naturaliste, spiritualiste, évolutionniste et holistique) du troisième millénaire.

 

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Il y a les humains, les animaux humains qui pillent et saccagent la Vie et la Terre pour satisfaire leurs médiocres fantasmes. Et parmi cette faune répugnante, il y a quelques hommes - auxquels j'essaie d'appartenir - qui tendent, au quotidien, d'y survivre, a minima, et d'y maintenir quelque culture, civilisation, élégance, éthique, … contre la barbarie ambiante.

Bref, face à l'animalité humaine, se dressent encore quelques faibles flambeaux de spiritualité …

 

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Le Réel est seul réel. Les aperceptions qu'en ont les humains, sont toutes biaisées, partielles et partiales, traduites dans des langages artificiels souvent inappropriés. Tout langage humain est alogique, approximatif, instable, incohérent, tautologique, infirme, étroit, pauvre, etc …

Ce n'est pas la critique du langage qu'il faut faire : les langages existent, dans leur pauvreté, leurs limites et leurs infirmités. Mais ils sont et ils évoluent, lentement, mais asymptotiquement, vers un peu plus de rigueur, un peu plus de fiabilité, un peu plus de clarté.

L'inadéquation de ses tournevis, de ses clés ou de ses pinces, n'empêchent nullement un bon mécanicien de bien comprendre le moteur qu'il a devant lui.

Ce ne sont que les mauvais ouvriers qui se plaignent de leurs outils !

 

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Le thème stimulant du "langage de Dieu" est une impasse. Dieu fait ; il ne dit rien. Mais en faisant, il exprime, il manifeste. Au-delà de tout langage. Le Réel est son seul et unique langage. Et ce langage n'est ni verbal, ni imaginal. Il n'est ni transcriptible, ni traduisible. Tout langage est représentation. Dieu n'a nul besoin de "représenter" quoique ce soit : il fait ; il se fait au fil du chemin. Il ne se représente rien. Il ne prescrit rien. Il est activité pure, en réponse à une intention pure. Et cette intention est informulée, puisqu'elle est au-delà de toute formulation possible : la plénitude.

 

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Le 15/03/2020

 

Je cultive une méfiance atavique et totale contre ces Ottomans devenus Turcs malgré la parenthèse judéo-maçonnique de Mustapha Kemal Atatürk qui avait profondément réussi à laïcisé ce pays qui, maintenant, est aux mains de barbares portés par des sunnites nourris par les infects Frères Musulmans. On le sait, Erdogan est une crapule sanguinaire, capable de massacrer et de manger à tous les râteliers pour asseoir son pouvoir dictatorial au plus profond et vomir sa haine de l'Union Européenne qui ne veut pas de lui en son sein..

 

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Les philosophies du langages (analytique ou non) ne pose qu'une seule question : les langages humains (tous les langages, non seulement les langues vernaculaires écrites ou parlées, mais aussi l'arithmétique, la géométrie, le solfège, les symboles, les rites, …), tous ces langages humains sont-ils adéquats pour décrire le Réel, soit pris dans sa totalité  - on parle alors de métaphysique si l'on regarde la Nature du Réel (ce qu'il est), et de cosmologie si l'on regarde l'Esprit du Réel (pour-quoi et comment il évolue) -, ou dans certains de ses aspects particuliers (on parle alors de science, de poésie, de musique, de littérature, de spiritualités, de religions, etc …).

La cohérence entre toutes ces représentations, globales et partielles, du Réel au travers de tous ces langages, est le nœud de validation de tous ces efforts de pensée.

Cette validation par la cohérence ne sera évidemment jamais totale, mais elle avance pas-à-pas, asymptotiquement, vers des validations de plus en plus véridiques au sein de paradigmes successifs qui ont phagocyté et métabolisé tout ceux qui les ont précédés et qui, un jour, atteindront leurs propres limites, connaîtront une crise majeure comme celle que la physique connaît depuis cinquante ans, avant d'initier un nouveau paradigme qui phagocytera le nôtre pour aller encore plus loin, encore plus profond.

A mes yeux, ce nouveau paradigme émergent s'appelle "panenthéisme" pour la part métaphysique et "physique des processus complexes" pour la part cosmologique.

 

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Si la bifurcation (le point de bascule) signifie bien qu'une nouvelle logique processuelle commence à devenir dominante, cela ne signifie nullement que les institutions de pouvoir de l'ancien paradigme (tant légales que populaires) cessent du jour au lendemain d'alimenter la chape de plomb qui empêche le nouveau paradigme de se mettre en place pour s'accomplir.

Rien de tout cela n'est mécanique. Ce sont des jeux multipolaires (et non duels) dont les issues ne seront clarifiées, selon moi, qu'entre 2050 et 2070 (et je ne les verrai donc pas), lorsque la zone chaotique sera dépassée et que de toutes nouvelles et inédites institutions de pouvoir (transnationales) commenceront à se mettre en place pour assurer la pérennité du Tout.

En revanche, si la chape de plomb (suicidaire) triomphe et tue dans l'œuf le nouvel indispensable paradigme, alors les scénarii d'effondrement se mettront en place et donneront raison à nos amis collapsologues.

Selon moi, la période allant de 2020 à 2028 va être cruciale …

 

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Le 16/03/2020

 

Une jolie histoire bobo que l'on raconte dans les séminaires de management /

 

"Un groupe de 50 personnes participait à un séminaire. Le conférencier arrête de

parler et commence à donner à chaque personne un ballon de baudruche. Il invite chaque personne à écrire son nom sur le ballon. Ensuite, tous les ballons sont recueillis et mis dans une autre pièce. Le conférencier demande aux participants d'y entrer individuellement et de trouver chacun son ballon en moins de 5 minutes. Tous se ruent dans la pièce et se mettent à la recherche de leur nom. Les gens se poussent et se bousculent dans un désordre total. Au bout de 5 minutes personne n'a pu trouver son propre ballon. Alors le conférencier dit : "Maintenant, que chacun recueille au hasard un ballon et le donne à la personne dont le nom y est écrit." En quelques minutes, tout le monde a eu son ballon. Le conférencier dit alors : "Ce que nous venons de faire est exactement ce qui se passe dans nos vies. Tout le monde est désespérément à la recherche de son propre bonheur ne sachant pas où il est. Or notre bonheur réside dans le bonheur des autres. Voilà pourquoi, si vous aidez les autres à trouver leur bonheur, vous obtiendrez votre propre bonheur aussi. Et tel est le but de la vie des hommes. Apprenez à mettre un sourire sur le visage de quelqu'un et vous aurez également un sourire en son temps."

 

L'histoire est mignonne mais débile puisqu'elle repose sur trois hypothèses radicalement fausses :

  1. Le bonheur serait le but de toute vie.
  2. Chacun serait capable de bonheur.
  3. Notre bonheur résiderait dans le bonheur des autres.

C'est en colportant ce genre de niaiseries angéliformes que l'on sape la puissance civilisationnelle d'une culture.

 

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Coronavirus... 3 questions de mon ami François Introvigne …

Mes réponses :

Va-t-on vers une limitation de l'industrie mondiale et surtout chinoise ? Oui, nous devons envisager une sérieuse décroissance industrielle en Chine et partout dans le monde, non seulement du fait de la pandémie, mais, plus généralement, du fait que nous avons franchi le seuil de chaotisation générale de l'anthroposphère et de la biosphère (climats, pénuries de ressources, pollutions, saccages et pillages universels, pandémies, instabilités géopolitiques, guerres des monnaies, guerre des normes, épizooties, effondrement de la biodiversité, migrations humaines,  …)

Va-t-on limiter la puissance des entreprises GAFA ? Oui : les GAFA ne sont plus une industrie spécialisée surtout dans le ludique numérique ; ils sont devenus, de facto, un contre-pouvoir universel et incontrôlable, accumulant en lui tous les dépotoirs psychotiques de tous les médiocres, de tous les crétins, de tous les pervers, de tous les manipulateurs, de tous les complotistes, de tous les idéologues les plus monstrueux. Les GAFA consacrent la tyrannie des émotions reptiliennes contre toutes les formes de rationalité.

Redéfinir le pouvoir de l'État, le rapport à l'Union Européenne et la place des pouvoirs locaux ? Toutes les structures hiérarchiques pyramidales sont devenues inefficaces face à la complexité organique du monde. Il faut basculer vers des organisations organiques en réseaux. De plus, puisque la globalisation des problématiques est un fait avéré, mais que la mondialisation/américanisation des "solutions" est un échec flagrant, nous sommes entrés dans l'ère de la continentalisation. Contre les Etats-Nations devenus totalement obsolètes en matière socioéconomique, il est temps de construire une vraie Fédération Européenne intégrée, organisée en réseaux de régions autonomes (la taille moyenne d'une telle région devrait tourner autour des quatre millions de personnes).

 

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En réponse à l'apologie du système de sécurité sociale française de mon ami Jean-Eudes T., voici ma réponse …

 

"Comme tu le sais, j'appartiens à une culture israélo-américaine qui est libérale (dans le vrai sens  du terme à ne confondre ni avec capitalisme, ni avec financiarisme ; le libéralisme c'est : en tout, moins d'étatisme et plus d'éthique). Je suis donc, par construction, allergique à toutes les immixtions et à tous les monopoles étatiques, même en matière de solidarité avérée et de lutte contre la vraie misère (et non contre la fausse pauvreté des chômeurs professionnels ou des faux handicapés qui se gavent de "black").

Les principes de gratuité et d'égalité qui gouvernent les systèmes de sécurité sociale, sont contre-nature et ne sont que les resucées des vieux principes chrétiens de la charité, du don et de l'égalité de tous les hommes devant le jugement de Dieu.

Bref, je m'oppose viscéralement à toutes les formes d'assistanats car l'assistanat est anonyme et blesse celui qui en bénéficie.

Ce qui ne coûte rien à une personne ne vaut rien pour cette personne."

 

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Hésiode comme la Genèse décrit un engendrement et non une création.

Ce fait est troublant …

 

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Selon la Genèse, l'humain est la dernière émergence, au soir du sixième jour. Mais cela ne lui donne aucune autorité ou supériorité sur quelque forme de la Vie que ce soit. En revanche, cet humain inaugure l'émergence de l'Esprit car il lui est enjoint de "nommer" tout ce qui existe (Gen.:2;19-20).

 

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La résurrection des morts n'est pas une notion juive. Jusqu'à la destruction du Temple et la victoire de cette dissidence populaire appelée pharisaïsme, l'orthodoxie juive (le lévitisme), représentée par le sadducéisme, refusait toute idée de vie après la mort, toute idée d'immortalité des âmes, toute idée d'une vie éternelle hors de ce monde naturel, toute idée de résurrection de quoique ce soit.

L'eschatologie dominante parlait d'un "salut" collectif après le temps messianique, à la fin des temps de souffrance, dans la réalisation de la Promesse et l'accomplissement de l'Alliance.

Il ne s'agissait, nulle part, de bonheur ou d'immortalité personnels individualisés, mais d'un monde humain pacifié (d'où l'idée de Shalom) où la succession infinie des naissances et des décès ne ferait plus problème : les humains auront alors totalement accepté et intégré ce flux vivant infini et collectif dont chacun ne serait qu'un servant temporaire.

 

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Dès lors que le pharisaïsme (qui a probablement péché ses idées d'immortalité de l'âme personnelle dans les mythologies égyptiennes) eut triomphé au premier siècle de l'ère vulgaire grâce à l'instauration du rabbinat qui allait déboucher sur l'écriture de la Mishnah, puis des deux Guémarot pour former les deux Talmuds (de Jérusalem, d'abord, et de Babylone, ensuite), l'idée de l'eschatologie collective a été remplacée par l'idée d'une sotériologie personnelle très parallèle à celle du christianisme.

N'oublions pas que rabbinisme et christianisme dérivent tous deux du même pharisaïsme … Et n'oublions pas que le christianisme syriaque, monophysite et chaldéen est la source première de l'islamisme de Mahomet, lui aussi fervent partisan de la sotériologie personnelle.

Parallèlement, le kabbalisme, tout droit héritier du lévitisme ancien encore bien vivant à Alexandrie, a conservé, peu ou prou l'idée d'une eschatologie collective tout en tolérant, en périphérie, une sotériologie personnelle (histoire de ne pas se brouiller avec la rabbinisme populaire et majoritaire).

En fait, la croyance en l'immortalité de l'âme individuelle n'a jamais vraiment été au cœur du judaïsme : c'est une option ouverte ….

 

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Réponse d'Edgar Morin (bien confiné, dit-il) à mon article : "Coronavirus : enfin un déclencheur possible …" :

 

" Héraclite et le Tao avec nous dans ces circonstances

où le mal peut produire un bien, tout en s'aggravant."

 

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L'essentiel de la pensée, aujourd'hui, comme pendant longtemps, naît et se déploie hors des institutions académiques.

Cela revient à distinguer radicalement la production intellectuelle et la transmission intellectuelle. Il est impossible d'être, à la fois, un grand chercheur et un bon enseignant puisque le premier vit dans le flou des informulés éventuels en création, et que le second doit, tout au contraire, affirmer des formulations stabilisées et clarifiées, avec le zeste de critique qui ouvrira les portes d'une progression.

La grande confusion académique entre recherche et enseignement est le fait, essentiellement, du 19ème siècle. Ce fut une immense erreur car le système académique fermé et normé a exclu un nombre incroyable de penseurs qui ne faisaient pas partie de la "caste".

Le diplôme ne fait pas le génie. Le non-diplôme non plus !

Il faut apprendre à marcher avant de pouvoir courir, mais il ne faut pas que la marche au pas interdise de courir.

 

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La peur fait plus de dégât que sa cause.

 

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L'homme dit ce qu'il veut, Dieu fait ce qu'il peut …

C'est un très vieux proverbe juif … que je viens d'inventer (du moins je crois) …

 

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Le génie naît dans la dialectique entre érudition et invention.

 

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Il y a des pays où il y a de l'argent, mais aucune intelligence.

Le grand-duché du Luxembourg ou la principauté de Monaco sont de ceux-là.

Andorre ou le Lichtenstein aussi, probablement. Et bien d'autres comme Singapour.

Là où l'argent s'accumule, l'intelligence se dissout.

On y est malin, mais on n'y est pas intelligent.

La raison en est simple : la vraie intelligence ne s'intéresse pas à l'argent ; elle l'utilise quand il y en a et elle s'en passe quand il n'y en a plus.

Les idées n'ont pas besoin d'argent.

 

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Le 17/03/2020

 

Se noyer dans le monde et dans la superficialité est une tactique très largement et majoritairement utilisée par les humains pour s'éviter eux-mêmes, c'est-à-dire pour ne pas se poser les questions essentielles de leur généalogie (identité), de leur téléologie (vocation) et de leur axiologie (valeurs) personnelles. Ils se vautrent dans leur écologie relationnelle réduisant leur existence à un jeu stérile et égotique de relations à autrui.

Ils appellent cela le "bonheur".

Wolfram Eilenberger décrit ce "bonheur" mièvre ainsi :

 

"Cette forme d'évitement volontaire [de soi] n'est pas nécessairement douloureuse ni désagréable. C'est même indéniablement la voie la plus sûre, celle qui apporte le plus de bonheur - un bonheur insipide. En l'empruntant, toutefois, on ne devient jamais vraiment celui qu'on est ou qu'on pourrait devenir. On passe durablement à côté de soi-même et on porte l'essentiel de ses efforts sur des choses qui ne sont pas réellement importantes et fructueuses : sur le plan matériel, les biens de consommation courants ; dans le domaine social, des objectifs de carrière ; dans le rapport à l'autre, des amitiés sans véritable échange, des mariages sans amour où prédomine la routine ; en matière de religion, une foi superficielle qui n'a pas vraiment fait l'expérience de Dieu ; dans le langage, l'utilisation constante et irréfléchie de phrases toutes faites et de lieux communs tenus pour vrais ; enfin, dans le domaine de la recherche, le ressassement de questions dont on croit déjà connaître la réponse."

 

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Toutes les représentations du monde qu'elles soient mythiques ou scientifiques, naissent dans l'intuition, c'est-à-dire dans une résonance avec la réalité de ce monde dont l'humain fait partie intégrante.

Il y a constructivisme gnoséologique : comme un édifice qui se construit, couche après couche, salle après sale, corps de bâtiment après corps de bâtiment. Tout s'y répond, tout s'y tient, tout s'y correspond.

 

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Le 18/03/2020

 

Vivre, c'est en même temps "être" et "exister" !

 

Si l'on reprend le schéma des cinq piliers universels ci-dessous et que l'on veut bien examiner la particulièrement confuse distinction entre essence et existence, entre être et exister, entre essentiel et existentiel, et si l'on retourne aux étymologies des mots, … on peut y perdre son … latin.

 

Bref, le schéma suivant permet d'éclaircir tout ceci …

 

 

Il y a ce que l'on est déjà devenu par accumulation du passé vécu, avec les différentes couches de mémoires accumulées qui sont "sous" chacun et qui constituent son identité (id-ens : "étant ceci" et pas autre chose) : c'est le pilier généalogique.

 

Il y a tout ce que l'on pourrait encore devenir dans le futur et qui est un champ ouvert mais restreint où il faudra choisir ou définir sa vocation, c'est-à-dire ce qui "appelle" à devenir (le verbe latin vocare signifie "appeler") : c'est le pilier téléologique.

 

Et il y a ce que l'on vit c'est-à-dire ce que l'on devient réellement, dans le présent, dans la vraie vie, en métabolisant la tension entre généalogie et téléologique (c'est la tension essentielle) avec la tension entre écologie (les contraintes et opportunités extérieures offertes par le monde alentour) et axiologie (les capacités et potentialités intérieures développées en soi) ; cette seconde tension constitue la tension existentielle.

 

Cette métabolisation est le cœur même du travail de la vie, elle est "vivre" au sens plein, précis et concret du terme.

 

On comprend alors que vivre, c'est à la fois vivre dans le monde (tension existentielle) et vivre en soi (tension essentielle), que c'est assumer et métaboliser ces deux tensions dont, en dépit des âneries de Sartre, aucune ne précède l'autre.

La verticalité essentielle et l'horizontalité existentielle sont aussi indispensables l'une que l'autre à la vie, à la vraie vie, à la Vie.

C'est parce qu'il existe ces deux tensions complémentaires et croisées, c'est parce qu'il existe ce quadripôle (généalogique, téléologique, écologique et axiologique), que le quinaire de la Vie peut émerger.

 

Si l'équilibre métabolique de ce quadripôle est rompu, on voit apparaître toute une typologie des comportements qui, en gros, se résume à six types bien déséquilibrés.

 

Il y a quatre types monopolaires :

 

  1. Les narcissiques obsédés par leur identité et leur généalogie.
  2. Les arrivistes obsédés par leur vocation et leur téléologie.
  3. Les suborneurs obsédés par leurs relations et leur écologie.
  4. Les doctrinaires obsédés par leurs valeurs et leur axiologie.

 

Il y a deux types bipolaires :

 

  1. Les stylites obsédés par leur essentialité verticale.
  2. Les jouisseurs obsédés par leur existentialité horizontale.

 

Chacun de ces types peut évidemment être positivé et sublimé, mais vaut mieux prendre distance face à de telles sanctifications et considérer, selon les sagesses antiques, juive, grecque et chinoise, que la "vie belle" se place au juste équilibre du quadripôle, au centre du quinaire vital : la "voie du milieu".

 

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L'exercice vaut la peine d'être fait par soi pour soi. Mon quadripôle :

 

  • Mon identité : physicien, philosophe et mystique (au travers de l'écriture).
  • Ma vocation : vision et compréhension de la belle et riche complexité du Réel (au travers de la théorie des émergences).
  • Mon milieu : mon épouse et des livres (au travers de la ruralité sereine de la campagne morvandelle).
  • Mes valeurs : aristocratisme spirituel, solitude et silence, libéralisme, quête de la Joie permanente.

 

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De Pierre Desproges :

 

" J’aime mieux me faire chier tout seul que d’être heureux avec les autres."

 

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Ce n'est pas Dieu qui se révèle à l'homme ; c'est l'homme qui doit se révéler à Dieu.

L'homme doit se faire (re)connaître de Dieu. La partie doit prouver au Tout qu'elle lui est utile.

 

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Pourquoi  certains Juifs se convertissent-ils au christianisme (Marx, Heine, Wittgenstein, Bergson, … et quelques autres) ? Par besoin d'assimilation ou par besoin de fables sotériologiques ? Les deux, sans doute, mais dans les deux cas, c'est un leurre calamiteux.

Mais cela pointe vers un point-clé de la nature ou de la culture juive : l'absence d'espoir. Rien ne viendra jamais du dehors : ni de la société, ni de Dieu.

 

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L'homme est définitivement seul face à sa propre responsabilité et face à son propre mérite.

C'est l'immense différence entre l'homme et l'humain.

Toutes les religions et toutes les idéologies n'ont que ce seul but : décharger les humains du poids de leur responsabilité et de leur devoir de mérite personnels : "Vous n'êtes responsables de rien et vous méritez tout".

C'est l'exact contraire qui est vrai : "Vous êtes responsables de tout et vous ne méritez rien jusqu'à preuve du contraire".

 

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Le 19/03/2020

 

De mon ami Vincent :

 

" J'ai depuis longtemps une supposition de conception de la vie que je n'ai jamais lue nulle part. Les événements, même de taille planétaire, autour de moi me semblent faire partie d'un scénario écrit pour moi, j'ai l'impression d'avoir un pouvoir à agir sur certains d'entre eux, ou bien qu'ils se réalisent à des moment précis trop bien imbriqués avec ma vie pour être le hasard. J'en déduit que nous avons chacun, chaque entité, un scénario, à jouer avec notre entourage, notre univers, comme dans certains jeux ou les personnages en interaction sont guidés que par des ordinateurs. Tous ces scenarii seraient joués en même temps, et il y en aurait autant que de créatures, et cela ne pose aucun problème à une entité qui nous surpasse, et de loin, et qui est immanente, pour reprendre votre expression."

 

Et ma réponse :

 

" Votre "ressenti philosophique" n'a rien ni de saugrenu, ni de farfelu.

Le Taoïsme ne dit rien d'autre : chacun suit son Tao personnel au sein du Tao cosmique ; lorsque l'on s'efforce de faire converger ces deux Taos, les choses prennent leur juste place et s'installe alors ce que certains chrétiens appelleraient une Providence et que C.G. Jung a rebaptisé une synchronicité.

La philosophie des sciences va dans le même sens : avoir de l'intuition, c'est entrer en résonance avec la cohérence cosmique et, ainsi, vivre en phase avec le grand Tout-Un.

Enfin la physique complexe dont je m'occupe, a montré que le Réel est un Tout organique cohérent et que cette cohérence est assurée globalement par une tension globale, unique et holistique portée par l'intention d'accomplissement en plénitude ; celui qui s'aligne dans ce champ tensionnel vit en harmonie avec le Tout.

Quant à l'idée que chaque être a une mission spécifique au service de l'accomplissement en plénitude du Réel, de la Vie et de l'Esprit, cela devient une conséquence évidente de ce qui vient d'être dit : tout ce qui existe, a une bonne raison d'exister, et tout ce qui arrive, a une bonne raison, d'arriver. C'est là le principe de "raison suffisante" qu'avait découvert Leibniz et dont ce sont gaussés tant Descartes que Voltaire (dans son "Candide"). Dès lors que l'on trouve sa vocation au service de ce qui nous dépasse, mais qui est immanent à Tout, alors la logique cosmique se met en place et l'on vit une vie belle et cohérente, une vie de Joie bien au-delà de tous les plaisirs et de tous les bonheurs."

 

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De Paul Valéry :

 

"Le temps du monde fini commence."

 

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Au-delà de tous les mots, de tous les concepts, de toutes les convictions, de toutes les croyances, de toutes les théories, … il ne reste que la réalité du Réel, dans sa Vie et dans son Esprit, c'est-à-dire dans son évolution et dans sa logique.

Cette évolution et cette logique que l'on sent, que l'on ressent et avec lesquelles on vibre et on résonne, au-delà de toute pensée discursive.

Vivre la Vie et l'Esprit au-delà des mots !

Le rêve raté de Wittgenstein …

 

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J'adore le confinement coronaviral … Solitude, silence, isolement … Nature et soleil … Printemps … Lecture et écriture … Plus de prestations, plus de trains, plus d'hôtels … Être débarrassé des humains et de leur vide …

Paradis coronaviral !

 

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N'oublions jamais que les racines profondes de la réussite des Lénine, Mussolini et Hitler et, par conséquent de l'inéluctabilité de la seconde guerre mondiale et de la Shoah, plongent clairement dans le traité de Versailles de 1919, alimentées par l'esprit revanchard et putassier des Français, sous la houlette de ce socialo-populiste, radical et anticlérical de Georges Clémenceau.

 

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Le choix politique actuel est celui de la longévité des "vieux" et non de la vitalité de "tous". On choisit le passé au détriment de l'avenir. Mais il est bien difficile, dans un monde archi-individualiste et égalitariste, d'accepter cette vérité première que les vies et les potentiels de vie ne se valent pas.

 

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L'économie, on peut la relancer ; l'intelligence, pas !

 

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La densité de crétins au mètre carré est partout trop élevée, même si elle n'est pas uniforme (il y a des concentrations dans les métropoles, chez les socialo-populistes, chez les rétro-activistes et dans les mosquées salafistes), mais elle commence à augmenter exponentiellement un peu partout.

 

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Mourir "rassasié de jours" n'est en rien ni pénible, ni angoissant.

La seule douleur est la tristesse et le désarroi de "ceux qui resteront".

 

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Ce n'est pas l'homme qui pense. ce n'est pas l'homme qui questionne. C'est l'Esprit qui se pense et se questionne au travers de l'homme. L'homme n'est qu'un canal qui, dans son orgueil démesuré, se prend pour l'eau qui y coule.

Les vivants ne sont que les canaux de la Vie.

Les pensants ne sont que les canaux de l'Esprit.

C'est pourquoi, il faut impérieusement que les humains se mettent au service de la Vie et de l'Esprit.

Il s'agit là d'une inversion radicale du regard …

L'homme n'est qu'une harpe (avec plus ou moins de cordes, plus ou moins bien accordées, selon les personnes) ; mais il n'est pas la harpiste.

L'Esprit utilise les hommes pour se révéler à lui-même, pour s'accomplir lui-même, pour se réaliser lui-même. Comme la Vie utilise les vivants pour se déployer et se développer.

Encore une fois : inversion radicale du regard.

 

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La conscience est la sensation même de la vibration des cordes de la harpe intérieure.

La connaissance est la musique qu'elle produit.

 

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Le 20/03/2020

 

Les Français démontrent, avec la crise coronavirale, une fois de plus, leur totale inaptitude au civisme le plus élémentaire. Leur problème, aujourd'hui, n'est pas de sauver la vie et l'économie, mais de traire l'Etat à qui mieux-mieux et de profiter, éhontément, des "aides" gouvernementales.

 

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Une Europe forte et unie serait une bonne part de la solution, non seulement contre les pandémies, mais aussi contre les autres chaotisations (climatique, pollutoire, écologique, économique, monétaire, commerciale, militaire, géopolitique, …) du monde humain.

La globalisation des problématiques est définitive et irréversible, mais la mondialisation (l'américanisation) des solutions est un échec. Nous sommes condamnés (et c'est une chance) à la continentalisation de l'humanité.

Pour l'Europe, l'ennemi c'est l'électoralisme et le démagogisme qui sont les moteurs des Etats-Nations (on ne fait ni ne décide ce qu'il faudrait faire ou décider, on fait et décide ce qui déplaira le moins aux masses des électeurs qui ne comprennent rien au monde réel et qui ne voient que leur petit intérêt égoïste). Il faut donc transformer cette pyramide de pyramides qu'est l'actuelle Union Européenne, en un réseau fédéral et fédéré de "petites" régions autonomes qui, chacune, fonctionnerait sur un modèle de proximité de type suisse ou équivalent.

Il faut affirmer l'Europe (l'Euroland) comme un continent et comme un "empire" face (mais non contre) aux autres continents (Angloland, Latinoland, Afroland, Russoland, Indoland, Sinoland et Islamiland). Il faut réaffirmer l'existence d'un bassin culturel européen basé sur des langues indo-européennes, sur des sciences empirico-déductives et sur une spiritualité judéo-helléno-chrétienne.

 

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Le pouvoir ne doit jamais vouloir être populaire, sinon il devient électoraliste et démagogue, voire populiste.

Le pouvoir doit être efficace et doit faire son travail : décider et imposer … que cela plaise aux masses ou pas.

MAIS … MAIS …

Tout pouvoir doit aussi être temporaire, légitime et contrôlé.

Dans un monde devenu très complexe, je ne crois pas que les masses soient capables ni de légitimer, ni de contrôler un pouvoir efficace et compétent.

Il faut donc instaurer, autrement que par démocratie, la temporarité, la légitimité et le contrôle de tous les pouvoirs en place.

Il ne s'agit pas non plus (comme le souhaitait Platon) de déplacer le pouvoir vers un méta-pouvoir constitué par des Sages ou équivalents.

Je continue de penser que trois processus complémentaires sont nécessaires pour assurer la qualité de cette temporarité, de cette légitimité et de ce contrôle. Pour ma part, je pense à de la stochastocratie sélective (pour la temporarité : tirage au sort, pour 5 ou 7 ans, parmi un ensemble de volontaires jugés techniquement compétents et éthiquement irréprochables), à de l'aristocratie éthique (pour la légitimité : non pas pour désigner les personnes, mais pour déterminer les bons critères de sélection) et à de la technocratie scientifique (pour le contrôle : pour mesurer correctement les résultats réels atteints et faire rapport).

Le processus électoral doit être éliminé ; il a prouvé son inefficience dans un monde complexe. Cette suppression du processus électoral aura, comme conséquence positive, la disparition concomitante des idéologies et des partis politiques … et de tous les clientélismes.

 

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Il ne faut plus parler de liberté, mais bien de libération.

Le problème n'est pas d'être libre, mais de se libérer.

Non pas se libérer de tout, mais bien de se libérer le plus possible.

Et se libérer est affaire intérieure, personnelle, qui demande efforts, pugnacité et persévérance.

Exiger la liberté est infantile, affaire d'adolescents attardés.

 

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Avant de prétendre être écologistes, apprenez à devenir un peu écologues.

 

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Le 21/03/2020

 

Il ne peut y avoir de sagesse s'il n'y a préalablement possibilité de choix.

 

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De Jean-Jacques Goldman :

 

"Chaque victoire ne sera que la tienne et toi seul en sauras le prix."

 

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A l'issue de la lecture de "Le Temps des Magiciens" de Wolfram Eilenberger, j'en viens à cette synthèse.

Le criticisme kantien et le mur étanche et opaque qu'il érige entre le Sujet et l'Objet, entre le Moi et l'Autre, sont fondateurs d'un questionnement typiquement moderne, propre aux philosophies du sujet nées de Descartes.

Face à ce "mur kantien", cinq réactions vont voir le jour dans la philosophie allemande d'abord, trop tôt, du 19ème siècle et ensuite, trop tard, entre 1920 et 1929.

Dès le tout début du 19ème siècle, la philosophie romantique rejettera purement et simplement ce mur artificiel en arguant que l'intuition (poétique, scientifique, artistique, mystique) pallie sans souci les infirmités sensorielles et langagières. Mais cette révolte romantique ne fut pas entendue et l'on préféra écouter les mièvres sirènes rationalistes et positivistes.

Sur ce fil rationaliste et positiviste, Ernst Cassirer fait des catégories kantiennes le fondement même de toute relation à "l'Autre" au moyen des "formes symboliques" véhiculées par les cultures ; ces formes symboliques offrent un métalangage universel, selon lui.

Walter Benjamin, apologue de la langue littéraire et des fumisteries "artistiques", pleurniche et se désole que Kant ait cassé ses jouets et ait détruit les paradis de l'innocence langagière.

Ludwig Wittgenstein (avec ses deux vies, la première hyper-logicienne et la seconde méta-logicienne) fait s'effondrer le mur kantien en s'appuyant dessus avec une force logique titanesque : malgré les tentatives rationalistes de Kant, tout est non-sens, aucune proposition correcte et sérieuse ne peut être affirmée. Le mur kantien est fallacieux et, au-delà de lui, il n'y a (plus) rien.

Et enfin, dernière réaction, Martin Heidegger, pose le Dasein qui n'est rien d'autre que le Réel, que le Réel tel qu'il est, au sens phénoménologique, que le Réel global qui englobe, transcende, totalise, suscite, porte, nourrit et donne sens à tout ce qu'il contient ; en posant le Dasein-Réel (le "il y a" - Es gibt), il permet de "faire le saut" par-dessus le "mur kantien", mur qu'il laisse là pour ce qu'il est : un mirage philosophique car le Réel est unitaire et unitif, et toute frontière ou tout "mur" y sont factices et illusoires. En ce sens, Heidegger rejoint assez clairement les positions des philosophes romantiques allemands (surtout Schelling et Hegel), ce qui l'amène à développer une vive critique de la Modernité et de la technicité (mécaniciste) qui la fonde.

 

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Après Verdun et l'Yser, après Auschwitz, Kolyma et Hiroshima, après Bhopal et Seveso, c'est le coronavirus qui, aujourd'hui, instruit le procès de toute la Modernité, c'est-à-dire de toute la civilisation financiaro-industrielle, de tout l'humanitarisme procréatif et de tout le démagogisme électoraliste.

 

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La science moderne - au sens le plus large possible - est mécaniciste en ce sens qu'elle "voit" le Réel comme un assemblage de briques élémentaires, interagissant par des forces élémentaires, selon des lois élémentaires.

Je ne sais combien de milliers de fois j'ai écrit cette phrase …

Ce mécanicisme est ontologiquement et cosmologiquement FAUX !

Le Réel n'est pas un assemblage et il n'existe rien d'élémentaire.

Le Réel est un processus, organique donc vivant, unique et unitif, continu et atemporel.

Mais le mécanicisme est tellement ancré dans les têtes (et continue d'y être instillé massivement) que nous sommes bien loin de pouvoir en éradiquer les nocivités dans tous nos rapports avec la Matière, avec la Vie et avec l'Esprit.

 

Non, la matière n'est pas un assemblage mécanique de briques élémentaires interagissant par des forces élémentaires selon des lois élémentaires.

Non, l'univers n'est pas une "machine" démontable et remontable.

Non, la science n'est pas un assemblage mécanique d'équations mathématiques.

Non, la cellule vivante n'est pas un assemblage mécanique de macromolécules.

Non, le corps n'est pas un assemblage mécanique d'organes.

Non, l'esprit pensant n'est pas un assemblage mécanique de neurones.

Non, la pensée n'est pas un assemblage mécanique de concepts ou de mots.

Non, la société n'est pas un assemblage mécanique d'individus.

 

Il faut inverser le regard. Le fondement du Réel est processuel et organique, et c'est ce fondement processuel et organique qui fait émerger des "objets" physiques dont les moins complexes paraissent mécaniques.

 

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Je viens d'écrire ceci qui mérite explicitation systématique …

"Le Réel est un processus, organique donc vivant, unique et unitif, continu et atemporel."

Six attributs à développer …

  • Le Réel est un processus : il n'est pas une collection d'objets qui évoluent les uns par rapport aux autres, il est cette évolution globale même qui, de-ci de-là, engendre des sous-processus locaux et temporaires que les humains prennent pour des "objets" distincts.
  • Le Réel est organique : il n'est donc pas une mécanique, il est vitalité pure, il est une Vie globale et unique, il est la Vie même et, en tant que tel, il possède une logique intérieure d'accomplissement qui vise une plénitude de vie.
  • Le Réel est unique : il n'existe aucun autre Réel que ce Réel-ci ; il n'existe aucun autre univers, aucun autre monde ; tout ce qui a existé, existe et existera fait partie intégrante et prenante de ce Réel-ci qui est le seul.
  • Le Réel est unitif : tout est relié à tout, tout est cause et effet de tout, tout influe sur tout et est influé par le Tout ; le vide n'existe pas ; l'infini non plus.
  • Le Réel est continu : il est un champ d'activité sans faille, sans discontinuité. Ce que les humains prennent pour des discontinuités ne sont que les effets de leurs infirmités sensorielles.
  • Le Réel est atemporel : le temps n'existe pas puisqu'il n'est que la mesure d'une évolution ; le Réel n'est pas dans le temps qui n'est qu'une convention ; mais le Réel engendre de la durée pour que ses processus puissent s'y accomplir.

 

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Il faut le redire : rien n'est infini. Rien ne peut être infini. Tout ce qui existe, même le Réel pris comme un tout, possède des dimensions finies … et croissantes, mais jamais infinies.

L'infini est un non-sens. Une extrapolation idéalisante purement mathématique. Qui ne correspond à rien de réel !

Mais il faut avancer d'un pas …

Puisque, mathématiquement, l'infini est l'inverse du zéro, si l'infini ne peut pas exister dans le Réel, le zéro (le rien, le vide, le nul) ne peuvent pas non plus y exister.

Très symétriquement, le zéro est aussi une extrapolation idéalisante purement mathématique.

Tout ce qui utilise le zéro et l'infini pour décrire le Réel, est notoirement faux.

L'analyse mathématique qui se construit sur les passages à l'infini, sur le calcul infinitésimal, sur les extrapolations et les limites tendant vers zéro, etc … est bun langage inadéquat pour décrire l'univers réel. Elle ne peut conduire qu'à des impasses, comme le démontre la crise de l'actuelle physique fondamentale.

Dans le Réel, tout est plein et fini !

 

*

 

L'éternité est un temps infini et l'instant est un temps nul. Donc, ni l'éternité, ni l'instant ne concernent le Réel qui est atemporel mais qui engendre des durées en lui.

 

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Quel que soit l'univers considéré (y compris le Réel pris comme un tout), cet univers ouvre trois univers.

Il y a l'univers-réel, tel qu'il est, totalement indépendant du regard que l'on peut, ou non, porter sur lui.

Il y a l'univers-image qui est l'ensemble des perceptions, sensorielles-analytiques ou intuitives-holistiques (et éventuellement autre), qu'un esprit humain puisse en avoir.

Il y a enfin l'univers-modèle qui est le représentation structurée ou "logique" que cet esprit se fait de l'univers-réel au travers de son univers-image, et ce au moyen d'un langage conventionnel humain.

La seule manière de valider cette représentation est de comparer les cohérences intrinsèques de ces trois univers. Plus elles sont proches, meilleure est cette validation (toujours temporaire, bien entendu, puisque l'univers-réel et, par conséquent, l'univers-image sont en perpétuelle évolution).

La question : "la connaissance de cet univers est-elle possible ?" reçoit forcément une réponse positive puisque ces trois univers ne sont en fait qu'un seul et même univers.

Dès lors, la seule vraie question épistémologique est celle de la définition rigoureuse de la notion de cohérence. Elle concerne l'architectonique, la structure, l'organisation, les relations et reliances au sein de tout ce qui y existe.

On peut parler de cohérence (mais non de vérité) si la superposition des trois univers, tant globalement que dans les détails, est bonne et si, surtout, les évolutions que l'on observe (univers-image) et que l'on prévoit (univers-modèle) se correspondent bien.

 

*

 

Il y a le Temple.

Il y a les photographies du Temple (qui dépendent de l'angle de vue et de la qualité de l'appareil de prise de vue, etc …).

Il y a le plan du Temple (qui dépend des méthodes de mesure et de tracé, des choix géométriques, etc …).

 

On peut partir du Temple pour en "extraire" le plan au travers des photographies.

Mais on peut aussi imaginer le plan, construire la maquette du Temple et la comparer au Temple réel.

Ces deux chemins se complètent l'un l'autre.

 

Mais la question centrale et préalable est celle-ci : que sert ce Temple ? pour-quoi existe-t-il ? quelle est son utilité ? quelle est sa raison d'être ?

Tant que ces questions ne sont pas répondues, il sera impossible de comprendre la "logique" intrinsèque de la construction du Temple et il sera donc impossible de LE comprendre réellement.

Le "Pour-quoi" doit toujours précéder le "Comment" !

 

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Rien en ce monde ne nous est caché en soi.

Il n'y a ni secret, ni mystère ; seulement des aveuglements.

 

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En réponse à un article de mon ami Michel Maffesoli paru hier dans "Le Courrier des Stratèges" :

 

"Lorsque l'on parle de sortie (je préfère parler de "dépassement") de la modernité (qui est inéluctable, voire vitale), une chose me gène, cependant : le fait qu'il faudrait choisir entre progrès et regret (sic). Il n'y a jamais eu d'âge d'or sauf dans l'imaginaire des utopistes passéistes. Le "bon vieux temps" n'a jamais existé. Depuis toujours, la majorité des humains est une bouillie imbécile.

Le progrès matériel est une chose (et l'on sait l'impasse suicidaire qu'il est), la progression spirituelle, éthique et surhumaine en est une autre. Il faut dépasser la dualité "individu-société", la dualité "personne-communauté", la dualité "égotisme-altruisme", la dualité "ipséité-solidarité", etc …

Il est temps de remettre l'homme à sa juste (très petite) place. Il est temps que l'humain décide et sache au service de quoi il vit, quelle est sa "bonne" raison d'exister et de vivre. Il faut dépasser l'humanisme, tant individuel que social. Il faut sortir de la logique de l'humain au service de l'humain, que cet humain soit lui-même ou l'humanité. L'humain ne prend sens et valeur qu'au service de ce qui le dépasse. Il est temps que l'humain se mette au service, non de son pauvre nombril, mais bien de la Vie et de l'Esprit, de cette Vie qui se vit au travers de tous les vivants et de cet Esprit qui se pense au travers de tous les pensants."

 

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Un : l'unité absolue du Réel à la fois Divin et sur-totalité du Tout.

Deux : la bipolarité sans laquelle aucune évolution n'est possible.

Trois : la triade fondamentale de toute complexification : colonie nombreuse, sursaturation tensionnelle et émergence, d'abord sphéroïdale puis fractale.

Quatre : la quadripolarité de tout émergent (généalogie, téléologique, écologie et axiologie) et les quatre tensions (verticale Identité-Vocation, horizontale Intégration-Individuation, latérale Moi-Autre et latérale Liberté-Détermination) qui en découlent.

Cinq : le quinaire métabolique qui fonde la Vie.

 

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De Francis Wolff :

 

"Jamais nous n’avons été aussi conscients de former une seule humanité. Nous nous savons tous exposés aux mêmes risques : changement climatique, crise économique et écologique, épidémies, terrorismes, etc. Mais alors qu’elle s’impose dans les consciences, l’unité de l’humanité recule dans les représentations : revendications identitaires, nationalismes, xénophobies, radicalités religieuses. L’universel est accusé de toutes parts : il serait oublieux des particularismes et des différences, en somme il serait trop universel. Ou il ne le serait pas assez, il ne serait que le masque du plus fort : du patriarcat (tous les hommes, mais pas les femmes), de l’Occident (pas tous les hommes, mais seulement les Blancs), ou de l’anthropocentrisme (tous les hommes, mais pas les animaux)."

 

L'universalisme est le nom en redingote de l'égalitarisme. Rien d'humain n'est universel. Tout de l'humain est inégal et relatif. Il n'est d'universel que le cosmique, c'est-à-dire le divin.

 

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Rien de ce qui est humain ne mérite une majuscule !

 

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Le contraire de la cohérence, c'est la contradiction.

 

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Constructivisme …

Tout ce qui existe se construit par accumulation, sans plan mais mû par une intention unique et immanente, en inventant, au fil du chantier, les pratiques de construction les plus adéquates pour que le processus d'ensemble s'accomplisse, optimalement, en plénitude.

Le constructivisme n'est jamais assemblage, mais il est toujours émergence, comme un arbre qui pousse à partir de sa graine fécondée.

 

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Rien n'est pire que l'éclectisme … sinon le scepticisme.

Quant au syncrétisme : de la bouillie !

Manger de tout. Tout manger. Ne rien manger. Non !

Une diététique et une gastronomie cohérentes.

 

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Dès qu'une philosophie fait appel à l'argument de la "vérité absolue" des sciences mathématiques, elle s'effondre. Les mathématiques ne sont pas une sciences ; elles sont un édifice purement artificiel et conventionnel, purement humain, n'ayant aucune racine dans le Réel, qui développe des axiomatiques diverses selon des logiques diverses, mais qui n'ont absolument aucun rapport avec la réalité du Réel. Une pure élucubration humaine … qui, parfois, dans les cas où une idéalisation abstraite est possible, peut rendre quelques services pratiques.

Pour réussir une pâtisserie, l'arithmétique des chiffres de la balance des pesées est utile.

 

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Le langage mathématique est tellement idéalisant et artificiel qu'il ne peut que passer à côté de la concrétude du Réel.

Le Réel n'est pas axiomatique.

Le présent n'est pas déductible du passé.

Le futur s'invente et se construit, mais il ne se prédit pas.

N'est prédictible que ce qui est déjà mort !

 

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Le 22/03/2020

 

Il n'y a que deux manières de construire quelques chose : le mur que l'on maçonne (de l'extérieur, ligne après ligne, de façon étagée, mécaniquement, géométriquement et analytiquement) et l'arbre qui pousse (de l'intérieur, cerne après cerne, de façon concentrique, systémiquement, fractalement et holistiquement).

Dans les deux cas, la construction se fait par accumulation de couches successives, ouvertes et linéaires dans le cas du mur, et fermées et concentriques dans le cas de l'arbre.

Le mur requiert des fondations sous-jacentes sous toute son ampleur.

L'arbre requiert une graine en son centre.

 

Il en va de même des constructions philosophiques :

  • Il y a des philosophies-édifices où, au fil des générations ou des écoles, chacun s'appuie sur l'autre pour y adjoindre qui son aile, qui sa salle, qui sa terrasse ou son perron …
  • Il y a des philosophies-arbres (des systèmes globaux) comme celles de Spinoza ou de Hegel … ou la mienne.

La grande différence vient du fait que :

  • les philosophies-édifices se construisent sur les ruines des précédentes en gardant leur tracé au sol, sur la roche des mythes humains …
  • alors que les philosophies-arbres se construisent concentriquement autour d'un centre, d'un noyau central qui rayonne de plus en plus loin, fractalement.

 

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Un arbre - comme toute philosophie-arbre - est un double fractal :

  • l'un racinaire qui s'enfonce dans le Réel tel qu'il est, pour y chercher ses sels et ses eaux …
  • l'autre foliaire qui s'élève vers l'Un tel qu'il se ressent, pour y chercher de l'air et de la lumière (c'est dans ces feuilles que se fabrique la sève qui nourrit tout l'arbre).

 

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Tout système philosophique part :

  • soit d'un socle mythique fondateur (pour les philosophies-édifices) qui en définit la géométrie (l'idéalisme, par exemple, au long de tous ses avatars du pythagorisme au socialisme via le platonisme et le christianisme),
  • soit d'un centre conceptuel très dense (pour les philosophies-arbres) qui se réduit à quelques principes que tout le reste ne fait que déployer, fractalement, par arborescences successives (le spinozisme ou l'hégélianisme, par exemple).

 

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De Christian Godin :

 

"Il y a un fossé entre la logique et la philosophie de la Nature."

 

Si l'on parle de logique aristotélicienne, c'est une évidence.

On pourrait dire de même concernant la rationalité : tout ce qui existe et arrive, a une bonne raison d'exister et d'arriver, mais cette "bonne raison" n'est pas forcément rationnelle au sens d'un Aristote, d'un Descartes ou d'un Kant.

 

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Il est important de ne pas confondre rationalité et logicité !

Un ensemble est rationnel, lorsqu'il est cohérent c'est-à-dire lorsque le Tout ne prend sens que par l'ensemble de ses parties ET lorsque chaque partie ne prend sens que par le Tout qui les unit.

Mais cette rationalité, fondatrice de cohérence, ne doit pas nécessairement être une cohérence "logique" au sens mathématique ou aristotélicien du terme.

La logique induit une certaine forme de cohérence, donc de rationalité, mais elle ne fonde pas toutes les cohérences et toutes les rationalités.

En ce sens, le Réel est rationnel puisqu'il est cohérent, mais il n'est pas nécessairement logique (au sens technique).

 

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Le noyau central de toute ma philosophie-arbre tient en quatre principes :

 

Le Réel est substantiel par accumulation de mémoire.

Le Réel est intentionnel en quête d'accomplissement.

Le Réel est rationnel par exigence de cohérence.

Le Réel est évolutionnel par dialectique entre Tout et parties.

 

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Comme la carte n'est pas le territoire, le Plan du Temple n'est pas le Temple et les Théories (tant philosophiques que cosmologiques) ne sont pas le Réel.

Mais ce n'est aucunement un raison pour récuser l'esprit de système et la tension vers la Connaissance absolue !

 

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Il ne faut plus parler en termes de but ; il faut parler en termes de tension (d'in-tension).

L'appel des possibles … Un appel seulement … Une vocation …

 

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La notion de "cohérence" induit celle d'harmonie et donc celle d'esthétique.

C'est parce que le Réel est cohérence que l'on peut le ressentir et résonner avec lui.

L'intuition est une sensibilité (Aïsthêsis) esthétique.

 

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L'éthique n'est que la formulation de l'esthétique relationnelle entre tout ce qui existe.

 

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Un arbre vivant libère en s'élevant. Un arbre mort emprisonne en s'effondrant.

C'est ce qui se passe lorsque un système philosophique vivant devient idéologique et dogmatique.

 

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Je possède plusieurs mondes immenses dans ma tête …

 

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La philosophie pense.

La spiritualité résonne.

La pensée et la résonance s'alimentent réciproquement et dialectiquement.

Mais le dogmatisme religieux et idéologique châtre et stérilise.

 

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Tout a un sens. Tout appelle interprétation. Tout est signe. Tout est symbole.

La psychiatrie et la psychanalyse (qui n'en sont plus à une ânerie près) prétendent que cette posture est paranoïaque. Rien n'est évidemment plus faux. Cette posture ne devient paranoïaque que si toute interprétation cherche à dénicher des persécutions.

La paranoïa pervertit et détourne la tension herméneutique.

Décrypter le Réel au-delà de l'ego est tout le contraire d'une paranoïa puisque le moi s'y efface absolument.

 

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Tout système juridique codifié (du genre "droit romain" ou "droit napoléonien") est forcément idéologique et totalitaire puisqu'il prétend "contenir" et "maîtriser" toutes les circonstances et configurations humaines possibles, au nom d'une vision idéale de la société, du droit, des comportements et de la justice.

 

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J'ai un total mépris pour le monde du cinéma. Surtout pour celui de ces "vamps" qui passent leur temps à exhiber leurs fesses et leurs nichons, et qui viennent ensuite pleurnicher (avec force demande de dommages et intérêts) parce que des mecs n'ont que l'envie de les sauter.

Quand le seul talent que l'on a, est dans ses courbes, il vaut mieux faire "femme de ménage" ou "serveuse McDo".

Il en va de même de ces cohortes d'homosexuels plus ou moins androgynes ou de ces "acteurs" racisés qui, sans talents, exigent des rôles sous prétexte d'égalitarisme.

Stop !

 Le bon cinéma (si cela existe) est affaire de vrais talents (et d'abord de ceux du scénariste et du réalisateur ; l'acteur vient très largement au second plan) sans limites de sexe ou de race ou de mœurs (tout le monde s'en fout, en fait) ; mais les bons films sont extrêmement rares (j'en connais moins de dix). Le reste, c'est de la daube pour des masses bavantes qui veulent du cul et du scandale, de la violence (avec effets spéciaux) et de l'émotion reptilienne.

Le monde de la "chanson" est dans la même logique.

Panem et circenses … Toujours la même logique !

 

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Le 23/03/2020

 

Le printemps nous fait les cieux doux.

 

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Selon l'Insee, parmi les 27,2 millions de personnes ayant un emploi en France en 2019, 5,24 millions appartenaient à la catégorie "cadres et professions intellectuelles", soit 19,3 %. cette part a augmenté de 3,1 points en dix ans et

plus que doublé depuis 1982, date à laquelle elle était de 7,8 %. Au cours de la même période, la part d' "ouvriers non qualifiés" a en revanche été divisée par deux, passant de 14,2 % en 1982 à 6,8 % en 2019, le nombre de ces derniers reculant de 3,23 à 1,84 million.

 

Autrement dit …

Sur 67 millions (100%) de Français,

40 millions (60%) n'ont pas d'emploi  

27 millions (40%) ont un emploi dont

         intellectuel pour 5.24 millions (7,8% du total)

         non qualifié pour 1.84 millions (2.7% du total)

         entre deux pour 19.92 millions (30% du total)

 

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On me demande mon avis sur la devise française : "Liberté. Egalité. Fraternité".

 

D'abord en général …

 

Liberté …

Il ne faut plus parler de liberté, mais bien de libération.

Le problème n'est pas d'être libre, mais de se libérer.

Non pas se libérer de tout, mais bien de se libérer le plus possible.

Et se libérer est affaire intérieure, personnelle, qui demande efforts, pugnacité et persévérance.

Exiger la liberté est infantile, affaire d'adolescents attardés.

 

Egalité …

Ce sont toujours les nains qui exigent l'égalité avec les géants … et jamais l'inverse. Bizarre, non ?

L'égalité est le fantasme de ceux qui se savent ou qui s'imaginent inférieurs. Elle n'est que l'expression du ressentiment des jaloux.

Mais aujourd'hui, depuis que les pauvres ne le sont plus et que les "classes" laborieuses votent à droite ou à l'extrême droite, l'égalitarisme des nains a fait un pas de plus ; il ne se contente plus de jalouser les soi-disant géants, il prétend, tout aussi fantasmatiquement, être opprimé par eux et en être la victime permanente … au nom du sexe ou de la sexualité, au nom de la race ou de la religion, au nom de la culture ou de la nature, etc …. bref, au nom de toutes les minorités artificielles qu'il s'est inventées.

Dans la réalité du Réel, il n'y a ni nains, ni géants ; il existe seulement une répartition statistique gaussienne des tailles entre 0,9 et 2,5 m avec une large majorité des femmes entre 1,6 et 1,75 m et des hommes entre 1,7 et 1,85 m.

Tiens ! Les femmes sont, en moyenne, 10 cm plus petites que les hommes … Encore une injustice flagrante qu'il faudra réparer à coups de machettes ou de bistouris … ou, alors, obliger tout le monde à marcher à genoux.

L'égalitarisme est l'expression idéologique, sociologique et sociale d'une maladie mentale paranoïde appelée le "complexe d'infériorité" ; sa devise est : "Minables de toutes les tendances, unissez-vous !"

 

Fraternité …

La Fraternité n'est ni l'amitié, ni la camaraderie, ni le copinage. On est Frères lorsqu'on a même père et même mère. Des hommes peuvent être frères, parce qu'ils ont bu le même lait à la même mamelle culturelle et éthique, parce qu'ils ont reçu le même enseignement spirituel, parce qu'ils ont construit une vocation commune et qu'ils s'y consacrent pleinement. Et parce qu'ils sont Frères, parmi eux, règne la concorde et la confiance, la connivence et la joie. Tous les humains ne sont pas frères ; seulement ceux qui choisissent de mettre leur existence au service de ce qui les dépasse, au service de la Vie qui se vit au travers de tous les vivants, au service de l'Esprit qui se pense au travers de tous les pensants.

 

Pour ce qui est de la France, il faut d'abord bien voir qu'elle est rongée par deux maladies mentales : le socialo-populisme (De Gaulle, Mitterrand, Chirac, Hollande, Mélenchon, Le Pen, … sont tous des antilibéraux obsessionnels) et l'égalitarisme. Deux maladies héritées de Jean-Jacques Rousseau mais venues du christianisme lointain … et obsolète aujourd'hui.

Mais ces deux maladies ont enraciné dans la mentalité française une bien-pensance pénible et censureuse qui, amplifiée par ces cloaques psychotiques que sont les réseaux sociaux,  en vient à devenir une véritable police de la pensée qui lynche à tout-va, sur la seule foi de vagues impressions, de ressentis superficiels, d'émotivités reptiliennes, … le tout sur fond de complotisme et de guerre contre le mâle-blanc-hétérosexuel de culture judéo-helléno-chrétienne et de langue indo-européenne … et sur fond de conquête salafiste des territoire de la République.

 

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De Christian Godin :

 

"(…) penser, c'est forger des concepts et les lier ensemble en un réseau capable d'appréhender le Réel (…)"

 

Définition magnifique qui pointe vers cinq sous-questions cruciales :

  1. Quelle est la nature ce que l'on nomme "concept" ?
  2. Quelle est la nature de ce que l'on nomme "lien entre concepts" ?
  3. Le réseau est-il assez vaste pour couvrir tout le Réel ?
  4. Les mailles de ce réseau sont-elles assez fines pour épouser tous les détails du Réel ?
  5. L'évolution de ce réseau pourra-t-il suivre de près l'évolution du Réel ?

 

La réponse à ces cinq questions pourra prétendre fonder une épistémologie complète et cohérente.

Mais peut-être est-ce la métaphore elle-même qu'il faudrait interroger : la pensée et la connaissance qui en résulte, sont-elles bien un "filet conceptuel maillé" que l'on pose sur le Réel pour le "capturer" ?

 

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Le Réel n'est pas un objet. Le Réel est un processus.

Et comprendre un processus, ce n'est pas la même chose du tout que comprendre un objet.

Comprendre un objet, c'est connaître sa substance et sa forme.

Comprendre un processus, c'est connaître sa vocation et sa logique.

On ne parle pas du tout de la même chose : l'objet est dans l'Être et le processus est dans le Devenir.

Or l'Être - donc les objets - n'existe pas, puisque tout est en Devenir.

 

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L'Être, c'est ce qui ne devient jamais.

Le Devenir, c'est ce qui n'est jamais.

Rien, jamais, n'est immuable : tout est vivant !

 

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Tout processus est unique. Jamais il ne peut être "refait".

On peut s'en réapproprier la vocation (supposée). On peut en imiter la logique (présumée). Mais le processus sera toujours "autre".

L'expérience d'un Viollet-le-Duc avec les cathédrales gothiques en est le clair et souvent navrant exemple.

 

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Au commencement était l'activité (le Mana, le Qi, …) …

De là émergea - et émerge encore - tout ce qui existe …

Le temps, l'espace et la matière sont des produits dérivés, et non des fondamentaux premiers.

 

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La guerre de trois n'aura pas lieu.

Il n'y a de guerre que si l'on est deux.

 

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La philosophie commence avec la découverte et l'exigence d'une cohérence globale de tout ce qui existe.

 

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Les mots sont là …

Thalès : Arch (le Principe, l'Origine, la Source).

Anaximandre : Periecon (l'Enveloppant).

Parménide : SfairoV (la Sphère).

Sans oublier le Pan (le Tout) et le Olon (l'Entier) …

 

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L'âme est le pont entre le Soi et le Tout.

Elle est le chemin de l'Un. Elle est ce qui anime tout.

 

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La cosmologie est le sommet de la connaissance. Elle a deux versants : la métaphysique (pour l'énoncé de ses principes) et la physique (pour l'énoncé de sa logique).

 

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Le Deux doit se dissoudre dans le Trois pour revenir au Un.

 

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Toutes les dualités sont catastrophiques.

Les mauvaises dualités actuelles : bourgeoisie et prolétariat, nature et culture, homme et femme, blanc et racisé, oppresseur et victime, abondance et pénurie, etc …

La dualité est le refuge et le cocon des crétins.

Tout est tellement plus simpl(ist)e avec une "ennemi" fantasmé et désigné.

Les faibles d'esprit, parce qu'ils ne peuvent pas assumer leur propre faiblesse, ont besoin de s'inventer un bouc émissaire.

La peste noire avait pour cause l'empoisonnement des puits par le Juifs … Ben voyons !

 

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Le 24/03/2020

 

Je suis un malin textuel mais un idiot visuel …

 

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Les institutions politiques ou étatiques sont révolues ; elles se sont installées (à droite et à gauche ou ailleurs) dans le déni de réalité. Ces institutions sont des purs produits d'un paradigme qui n'existe déjà plus. La solution au saut civilisationnel auquel nous sommes tous confrontés, n'est pas politique … au contraire.

Dans la pratique, il n'existe AUCUNE solution miracle à cette problématique paradigmatique. Il s'agit d'émergence c'est-à-dire de convergences et de coalescences progressives de nouveaux comportements microcosmiques, individuels et communautaires, qui sont à inventer.

C'est à chacun de créer SON nouveau paradigme et de le faire proliférer comme … un virus. Il n'existe aucune solution universelle. Il faut juste que chacun décide de vivre autrement, à sa mode, pour plus de Vie et plus d'Esprit.

Il ne s'agit pas de changer LE monde, mais il s'agit, pour chacun de changer SON monde.

A chacun de faire ses choix … ce qui, au vu de l'inertie, de la cupidité et de la bêtise humaines, explique le pessimisme des collapsologues.

 

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Comme rien n'est infini, le Réel, pris comme un Tout, ne peut qu'être sphéroïdal (Anaximandre puis Pythagore l'avaient déjà pressenti) et ne peut que se construire par accumulation de couches concentriques successives, à partir d'une graine centrale, d'un noyau initial d'activité.

L'expansion de l'univers (c'est-à-dire de la couche active périphérique du Réel - cette hypersphèroïde qu'est son "présent") est dès lors une évidence.

 

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Le 25/03/2020

 

De Cécile Thibert (Le Figaro, ce jour) :

 

"La Chine a-t-elle fabriqué le coronavirus à l’origine de l’actuelle épidémie de Covid-19 ? Cette théorie loufoque, très populaire dans les milieux conspirationnistes, s’appuie sur une malheureuse coïncidence : la ville de Wuhan, berceau de la pandémie, abrite un laboratoire de très haute sécurité où sont réalisées des recherches sur les coronavirus de chauves-souris. Certains ont donc vite fait le lien : soit le virus aurait été délibérément libéré dans la nature, soit un chercheur aurait malencontreusement été infecté par un animal, avant de contaminer la population. Le sénateur américain Tom Cotton propageait cette idée absurde sur la chaîne Fox News le 16 février dernier. En réponse, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères affirmait au contraire sur Twitter que l’armée américaine aurait introduit le virus en Chine…

Bref, du grand n’importe quoi."

 

Au fond le complotisme est une façon puéril de se faire croire encore que l'homme est le maître du monde et que tout ce qui arrive est de son fait.

C'est une expression majeure (et une preuve) de l'orgueil imbécile des humains !

 

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Le paganus latin est à la fois le "paysan" et le "païen" ; il est l'homme de la Terre au sens autant quotidien que métaphysique.

 

Au sens quotidien, le "paysan" sait que sa (sur)vie dépend du monde bien plus que de son travail ; il n'est maître que de bien peu de choses ; il ne commande ni aux saisons, ni au vent, ni à la pluie, ni à la sècheresse, ni au mildiou, ni aux charançons, ni aux larves affamées … Il sait que, face à tous ces impondérables, la petite chance qu'il peut prendre de vivre bien, dépend de l'ardeur et de la qualité de sa besogne. Ses prières et colères n'y changeront rien !

 

Au sens métaphysique, Nietzsche le rappelle, l'humain moderne a résolu de vivre "hors sol", dans ses villes de verre et de béton, de fer et d'asphalte. Il a renié la Terre et ne vit plus que dans des mondes imaginaires et fantasmatiques. Il s'est créé longtemps des dieux étrangers au monde et à la Terre, des dieux indéfinissables, inaccessibles, silencieux et absents, dont le silence même lui faisait office de Sacré.

 

Cet (pseudo)humain-là, totalement dénaturé, n'a pas vu la triade essentielle qui fonde le Réel : la Matière, la Vie et l'Esprit.

La Matière qui se réalise au travers de tous les existants.

La Vie qui se vit au travers de tous la vivants.

L'Esprit qui se pense au travers tous les pensants.

Ce sont les trois moteurs du Réel. Il n'y en a aucun autre.

 

Rien ni personne n'existent au dehors du Réel car le Réel est le Tout de ce qui existe et de toutes les reliances au sein de ce Tout cohérent, unitif et évolutif.

Revenir à la Terre, ce n'est point l'idée que chacun doive redevenir paysan. Revenir à la Terre, c'est revenir au Réel, c'est abandonner toutes les utopies et rêveries, tous les fantasmes et tous les imaginaires, pour assumer, de tout cœur, la réalité du Réel telle qu'elle est et telle qu'elle va.

 

Revenir à la Terre, c'est sacraliser l'existence à la gloire de ces trois déités que sont la Matière (Hylê), la Vie (Zôon) et l'Esprit (Noûs), et qui ne forment qu'un seul et unique Divin (Logos) qui est l'unique source de l'ordre (Kosmos) et de l'harmonie (Dikê) du Tout-Un (to Pan), un Divin unique, immanent, présent partout, en tout, toujours.

Revenir à la Terre est le plus court chemin pour revenir sur Terre et pour que l'humain y reprenne sa juste et petite place, au service de ce qui le dépasse, au service de l'accomplissement en plénitude de la Matière, de la Vie et de l'Esprit.

C'est lui qui est à leur service ; et non l'inverse.

 

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Le Réel, même pris au plan le plus mystique, n'est ni un Néant, ni un Vide, ni une Vacuité.

Le Réel est plein.

Plein de tout ce qui a existé et est arrivé, plein de tout ce qui existe ou arrive, et plein de tous les futurs possibles.

La fusion de l'âme avec le Réel n'est pas un extinction (de soi) ; elle est au contraire une expansion illimité.

 

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Le libéralisme, trop souvent encore, est confondu avec le capitalisme (le financement privé des investissements) et le financiarisme (l'obsession du profit financier à court terme au détriment de toute autre considération, par exemple éthique).

J'oppose quant à moi, radicalement, le libéralisme et l'étatisme.

Le libéralisme prône l'efficacité optimale des activités, sur le long terme, sous la responsabilité autonome de ceux qui ont les qualités et les compétences pour les mener à bien.

Mais cette efficacité se mesure par le rapport entre les résultats obtenus et les ressources consommées, selon toutes les dimensions de la vie en société et pas seulement, loin de là, selon la seule dimension financière.

Le libéralisme n'est pas un économisme. Le libéralisme repose sur un seul acte de foi : le puissance de l'esprit d'entreprise tant individuel que collectif est infiniment plus efficiente que toutes les bureaucraties et toutes les technocraties. En tout, l'Etat est un frein et jamais une solution.

Je suis partisan de la privatisation de tous les "services publics" qui n'ont de "service" que le nom. Les institutions étatiques sont les plus exécrables gestionnaires (au sens de capacité de faire tourner, au mieux des intérêts de tous et dans la durée, une solution à un problème, quel qu'il soit).

L'actuelle crise du monde médical (du fait d'un numerus clausus absurde), des hôpitaux (manques de lits, de matériels, …), etc … est une conséquence de l'étatisme (de la bureaucratie et de la technocratie étatique) qui veut tout régenter et qui en est incapable.

 

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Tout est processuel et non plus objectal.

Tout est holistique et non plus analytique.

Tout est intentionnel et non plus hasardeux.

Tout est accumulatif et non plus temporel.

Tout est dialectique et non plus causal.

 

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Le 26/03/2020

 

Du jésuite scientifique  Gaël Giraud, dans le magazine "Reporterre" :

 

"Il faut commencer par le redire, au risque de choquer aujourd’hui, la pandémie du Covid-19 aurait dû rester ce qu’elle est : une pandémie un peu plus virale et létale que la grippe saisonnière, dont les effets sont bénins sur une vaste majorité de la population mais très graves sur une petite fraction. Au lieu de cela, le démantèlement du système de santé européen et nord-américain, commencé depuis plus de dix ans, a transformé ce virus en catastrophe inédite de l’histoire de l’humanité qui menace l’entièreté de nos systèmes économiques."

 

Il semble bien que la crise du coronavirus, soit bien plus que la prolifération d'une grippe, anodine pour beaucoup, mais létale pour les personnes fragiles : elle est surtout un accélérateur sérieux de la chaotisation des sociétés humaines, en général, et de leurs systèmes médicaux et économiques en particulier.

Issu de la chaotisation de l'écosystème, sous la pression des pollutions et des dérèglements climatiques dus à la surpopulation et à la suractivité humaines, le Covid-19 est devenu le déclencheur de la chaotisation de l'anthroposystème.

Un effet boomerang que nous renvoie la Nature : si vous chaotisez la Vie alors la Vie chaotise vos vies.

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Une histoire du Réel …

 

Si l'on regarde les choses en quatre dimensions polaires (la dimension radiale étant la durée, partie du point central du Tout-Un et les trois autres dimensions angulaires étant spatiales), le Réel doit être vu comme une accumulation sphéroïdale en expansion, à la surface de laquelle ont poussé des arborescences fractales, de plus en plus ramifiées, qui tournent sur elles-mêmes.

Ce Réel apparaît alors comme une grosse "boule" qui grandit avec des "arbres" qui poussent dessus.

 

Le cœur de cette grosse boule qui constitue la socle originel du Réel est de la mémoire accumulée, de la mémoire de soi. Cette "boule" est une prolifération mémorielle "qui se retient elle-même" (la Hylé ou substance originelle), dont les couches internes sont inactives (et donc de la mémoire pure) et dont la couche périphérique est active sous la forme d'un magma bosonique pré-matériel (de la "super-lumière" qui tourne en rond à la surface du noyau cosmique).

 

Cette activité bosonique (cette "super-lumière qui tourne en rond à la surface d'un sphéroïde en expansion et en rotation sur lui-même) peut être comparée à des vagues à la surface de la mer, à des vagues qui vont dans tous les sens, à des vitesses vertigineuses.

Ces vagues interagissent entre elles, elles interfèrent et créent des bosses et des fosses, des nœuds et des vides, etc … Ce sont certains de ces nœuds qui seront les graines originelles qui formeront les noyaux galactiques (les fameux "trous noirs") et d'où pousseront les "arbres galactiques", ces fractals qui émergent du sphéroïde originel.

 

Ainsi, chacun de ces "arbres" deviendra un système galactique particulier, qui tourne sur lui-même et qui se ramifie progressivement en branches souvent spirales.

Le cœur galactique (le "tronc" de l'arbre) est un immense réacteur qui transforme de l'activité pure (la "soupe bosonique" appelée parfois "énergie noire") en neutrinos et en Protéus c'est-à-dire en prémices de Matière (prémices qui se révèleront être des associations proton/électron sous forme neutronique ou hydrogénique).

 

Au sein de ces branches galactiques bourrées surtout d'hydrogène, apparaîtront des bourgeons stellaires en rotation qui vont progressivement développer, en tournoyant, des systèmes planétaires.

Le cœur stellaire est lui aussi un immense réacteur de fusion nucléaire où les Protéus, en se heurtant à des températures hallucinantes, vont fusionner pour donner des noyaux lourds : ainsi seront engendrés tous les atomes que connaît le tableau de Mendeleïev

De cette manière, toujours en quatre dimensions, chaque galaxie prend l'allure d'un tronc galactique entouré de branches stellaires donnant des rameaux planétaires.

 

Dans ces rameaux planétaires, la température baissant, la chimie pourra commencer à faire son œuvre en associant les atomes produits dans les cœurs stellaires et "crachés" par eux à leur périphérie. Ces associations d'atomes prennent deux formes principales. La première forme regroupe géométriquement des atomes identiques ou très semblables dans ces cristaux de matière solide qui forment les roches et les sables. La seconde forme d'association engendre toutes les molécules chimiques, des plus simples comme l'oxygène aux plus complexes comme cet acide désoxyribo-nucléique qui constitue nos gènes.

 

Cette chimie planétaire (du moins dans les rares planètes où les conditions de pression et de température le permettent) va engendrer de véritable réacteurs chimiques, du moins dans certaines conditions ; idéalement, de l'eau, du chaud, du brassage et beaucoup de petites molécules très actives. Par exemple, en ce qui concerne notre bonne Terre, dans des failles volcaniques au fond des océans. Là, les réacteurs chimiques vont s'en donner à cœur joie et mener toutes les expériences possibles. Ce sera le laboratoire de la vie.

 

En effet, dans ce réacteur fou, des associations moléculaires vont avoir lieu et donner, entre autres choses, des vésicules lipidiques, sorte de petits sacs graisseux comportant une membrane qui protège un espace intérieur mis à l'abri des agressions mécaniques et chimiques extérieures. Dans cet œuf privilégié et protégé, certaines grosses molécules pourront cohabiter, s'associer, s'organiser et se réguler. Ce seront les prémisses des premières cellules vivantes. La Vie est en train de naître.

 

Et là, miracle ! Là naissent les premières cellules, les plus simples, les plus primitives, les plus rudimentaires : les cellules procaryotes. Et en même temps qu'elles, les premières bactéries. Ainsi émerge le premier bouillon de vie où, comme à l'habitude, la production et la prolifération des cellules et bactéries augmentant, des interactions entre eux vont bientôt se mettre en place. Des interactions qui, ensuite, donneront des associations pour aboutir, enfin à des imbrications, des amalgames et des compénétrations. De là naissent les cellules eucaryotes qui opèrent le fusionnement de diverses cellules procaryotes et de diverses bactéries qui deviennent, alors, ses organites, protégés par une membrane phospholipidique et baignant dans un cytoplasme nourricier.

 

Un autre miracle organo-chimique prend alors place : la division cellulaire. Au sein du noyau cellulaire, le matériel génétique qui constitue l'identité de la cellule se duplique. Cette duplication induit la scission de la cellule, chacune des deux filles emportant avec elle un des deux duplicatas génétiques.

Un devient deux qui devient quatre qui devient huit … La prolifération cellulaire devient exponentielle.

 

Et puis, une fois de plus, toujours le même processus (qui s'appelle le processus d'émergence) se met en branle : les cellules qui prolifèrent si vite, s'amalgament en colonies d'unicellulaires de plus en plus denses où des interactions, des associations, des imbrications, de compénétrations vont avoir lieu, de plus en plus fréquemment.

Certaines de ces colonies d'unicellulaires deviennent énormes (plusieurs mètres de long) et certaines inventent quelque chose de génial : la spécialisation (assez spectaculaire chez certaines colonies de cyanobactéries). Les cellules ne sont plus identiques mais développent (en fonction de leur position dans la colonie) certaines aptitudes spécifiques et particulières..

 

L'étape suivante, on le devine, sera le fusionnement des colonies unicellulaires en organismes pluricellulaires qui vont ensuite évoluer en plusieurs grandes familles.

Ici se place un autre coup de génie de la Nature : la reproduction sexuée qui n'est, au fond, qu'un des multiples aspects de la logique de spécialisation. Celle-ci a progressivement distinguer (sans les séparer) différentes fonctions vitales qui forment, au sein d'un organisme pluricellulaire, différents systèmes : respiratoire, circulatoire, urinaire, digestif, nerveux, cérébral, … et reproductif. Certains des organismes dits "mâles" étant spécialisé dans la production de spermies (pollens, spermatozoïdes, …) ; d'autres dits "femelles" étant spécialisés dans la production et le développement d'œufs (carpelles ovariens, ovules, …).

 

La reproduction sexuée permet l'enrichissement permanent du patrimoine génétique de l'espèce puisque l'ovule fécondé mêle le génome du mâle et celui de la femelle pour donner un génome unique et original.

Cependant, ce fusionnement des deux génomes ne se réalise pas toujours parfaitement et des erreurs de duplication peuvent s'y glisser. Ces erreurs, la plupart du temps, donne des mutants non viables ou peu viables. Mais parfois, cela donne des mutants dotés d'une aptitude ou d'une caractéristique ou d'une fonction nouvelles et positives. La Vie, alors, vient de gagner un atout complémentaire.

 

Cette logique des mutations positives est un des deux moteurs de l'évolution des espèces. L'autre moteur est dit "épigénétique" et correspond au fait que, dans certaines circonstances, chez certaines espèces, l'organisme invente des potentiels, des fonctions, des comportements ou des solutions jusque là inconnus, et les engramme dans la mémoire phylétique de son espèce afin que les générations ultérieures puissent en profiter. Tout ceci donne l'arbre de l'évolution des espèces qui part de la cellule procaryote et qui en est arrivé, à ce jour, à des organismes hypercomplexes comme une jonquille, un châtaignier, un hanneton, une vipère, une carpe, une mésange ou … un humain.

 

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Les mêmes mécanismes - toujours les mêmes, à toutes les échelles - vont se remettre en branle.

La prolifération des organismes pluricellulaires individuels et, surtout, leur interdépendance réciproque (surtout entre parents et enfants pendant la première période de l'existence) va impliquer la densification des interactions entre les individus et, comme d'habitude, ces interactions vont induire des associations et des imbrications.

 

De tout cela sortira la notion de "colonie" qui, de labile et temporaire qu'elle était, va parfois s'organiser beaucoup plus rigidement. Le plus bel exemple en est donné par les insectes dits sociaux (abeilles, fourmis, termites) dont les individus sont incapables de survivre s'ils sont détachés de leur colonie.

Ces "sociétés" animales, en fait et malgré les apparences trompeuses, ont fusionner leurs membres pour devenir un super-organisme à part entière. Ce n'est plus l'abeille qui est l'organisme individué, mais bien la ruche prise comme un tout, avec toutes ses spécialisations internes (pondeuse, cireuse, gardienne, nourrice, butineuse, etc …).

 

Sans aller jusqu'à ces modes extrêmes d'intégration (équivalents aux cristaux de la chimie) tels que la ruche, la termitière ou la fourmilière, d'autres formes d'association entre organismes ont été induites comme, par exemple, la meute ou le troupeau.

Parallèlement, des associations d'une autre nature peuvent génériquement être appelées des "biotopes" (littéralement des "lieux de Vie") où se développent des symbioses, des commensalités ou des mutualismes. Le meilleur exemple en est une forêt où végétaux, animaux, champignons, algues ou bactéries, prolifèrent tant, qu'ils entrent en interaction et finissent par s'associer de diverses manières.

On voit donc se développer deux grands types d'association d'organismes, l'un intraspécifique (les colonies) comme la ruche, le troupeau ou la meute, l'autre interspécifique (les biotopes) comme la forêt. Ces deux types d'association cohabitent et … s'exploitent mutuellement.

 

Il faut, à présent, restreindre le regard au seul champ humain. Comme les autres espèces animales, les humains, à force de proliférer, vont devoir interagir entre eux et générer des associations (famille, clan, tribu) et des imbrications (couple, harem) ; ils vont finir par former des communautés dont le "liant" prendra une autre nature : ce lien qui unit les membres d'une même communauté de vie est de nature culturelle : la langue, les coutumes, les croyances, les rites, etc …

Que s'est-il donc passé ? Comme la Vie a émergé de la Matière avec les procaryote, l'Esprit est en train d'émerger de la Vie avec les humains. Les humains sont les procaryotes de l'Esprit. Leur activité mentale a connu un saut de complexité.

 

Les autres vivants possèdent aussi des facultés mentales, parfois développées. Mais celles-ci sont essentiellement "horizontales" c'est-à-dire que la conscience animale ou végétale ne connaît, ici et maintenant, que le lien entre ce qui se passe "dehors" (danger ou opportunité dans le monde extérieur) et ce qui est souhaitable et possible "dedans" (observation ou action selon la disposition intérieure).

Il existe, cependant, une autre dimension mentale, verticale cette fois, qui est absente ou, plutôt, latente ou embryonnaire, chez les autres espèces, mais qui deviendra prépondérante chez les humains. Cette dimension n'est plus celle qui relie l'extérieur et l'intérieur, mais bien celle qui relie le passé (la mémoire) et le futur (le projet). La plupart des vivants, autres que les humains, n'ont conscience que de la mémoire récente et marquante, et de projet que de survivre.

En revanche, c'est le développement de cette seconde dimension mentale qui sera le déclencheur de l'émergence de l'Esprit et, donc, de la spécificité de l'humain.

 

Dans le monde humain, la notion de "communauté de vie", donc d'association durable entre des individus, ne se limitera plus seulement à la dimension "horizontale" du mental : s'associer pour optimiser les potentialités collectives face aux dangers et opportunités du milieu externe. Elle s'enrichira de la dimension verticale du mental : s'associer pour optimiser les mémoires collectives (l'expérience et les savoir-faire, notamment) face aux exigences collectives concernant la préservation des patrimoines communs et/ou concernant la réalisation des projets communs.

 

On comprend vite qu'il manque un outil indispensable pour lier ces associations nouvelles qui ne s'ancrent plus seulement dans la réalité et le vécu de l'ici-et-maintenant, mais qui visent aussi ce qui n'est déjà plus et ce qui n'est pas encore. Cet outil indispensable, c'est le langage.

Les "communautés de vie" des humains se sont très vite organisées autour du fait d'un langage commun qui doit être élaboré, partagé et transmis. Avec l'émergence de l'Esprit, l'humain s'ouvre des univers immatériels (culturels) infinis qui ne seront plus seulement utilitaires (au sens vital et matériel), mais qui seront aussi imaginaires et symboliques.

 

Grâce à l'efficacité nouvelle de l'usage de l'Esprit par l'entremise des langages, les communautés humaines ont proliféré exponentiellement (de quelques dizaines de milliers d'humains il y a dix millénaires à dix milliards vers 2050).

Ces communautés humaines étaient d'abord très isolées les unes des autres, vivant sur des territoires souvent immenses. Mais la prolifération démographique, comme toujours, les a fait se rencontrer, se défier, se battre … puis interagir, collaborer, s'associer, s'imbriquer … et les a fait confronter et partager leurs langages, leurs savoir-faire, leurs mythes et leurs rites.

 

Et comme toujours, il n'y a pas si longtemps, ces colonies de communautés humaines ont fini par fusionner pour donner des peuples, des cultures, voire des civilisations … bref : des nations.

Deux grands modèles de sociétés humaines s'ouvrent alors, comme toujours : des sociétés sphéroïdales et fermées, et des sociétés fractales et ouvertes.

Jusqu'à aujourd'hui, c'est le modèle sphéroïdal fermé qui a prédominé : les idées-clés en sont :

  • détermination, par des frontières, de territoires géographiques clos,
  • domination de la Nature et exploitation de la Matière et de la Vie sous toutes leurs formes,
  • contrôle des menaces extérieures par la force (militaire ou diplomatique),
  • contrôle des menaces intérieures par la loi (autoritaire ou coutumière),
  • mémoires courtes et projets courts.

Ces sociétés "fermées" sont d'essence parasitique, comme le gui sur le tilleul ou le lierre sur le chêne.

 

Aujourd'hui, les limites de ce modèle sphéroïdal fermé des sociétés humaines sont atteintes (cfr. mes autres travaux) et, s'ils veulent éviter le seuil d'effondrement qui s'approche rapidement, les humains n'ont aucun autre choix que d'abandonner le modèle actuel et de mettre en œuvre le seul autre modèle possible : le modèle fractal ouvert c'est-à-dire des réseaux "noétiques" proliférant de petites communautés autonomes unies entre elles par le projet fort de se mettre au service exclusif de la Vie et de l'Esprit.

 

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Le 27/03/2020

 

La mort n'est que le symétrique indispensable de la naissance. La Vie, elle, est immortelle et éternelle ; elle se vit elle-même au travers du flux des vivants temporaires.

Mourir ici est nécessaire à la Vie partout !

Où est le problème ? Le problème est dans la croyance imbécile en l'existence réelle d'un "moi" discernable du reste de la Vie. Chaque vivant n'est qu'un "porteur" de Vie, un ustensile de la Vie qui peut lui être plus ou moins utile.

 

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Louis Ménard fait dire à Numénios (un néopythagoricien du 2ème siècle) :

 

"Depuis lors, j'ai lu la Genèse, et il m'a été impossible d'y trouver rien qui se rapporte au monde spirituel, à l'âme et à son immortalité."

 

La remarque est absolument exacte. Et, qui plus est, nulle part dans la Torah il n'est fait mention d'une vie éternelle, d'un "au-delà", d'un monde céleste, d'une âme personnelle immortelle, d'un jugement avec paradis ou enfer à la clé, etc … Toutes ces idées ne sont absolument pas juives. Elle ont été importées tardivement dans le judaïsme par le pharisaïsme et colportées par le rabbinisme synagogal.

Le judaïsme orthodoxe originel (lévitique et sadducéen) les ignorent superbement et les auraient, sans doute, taxées d'idolâtriques.

Il me semble assez clair que ces idées sont issues des mythes égyptiens qui, probablement, ont aussi ensemencé la pensée grecque à partir de Platon.

Rappelons tout de même que, dans le Tanakh et dans la mémoire juive, l'Egypte (la maison de l'esclavage et de l'idolâtrie) est l'antithèse absolue d'Israël (la maison de la libération et de la promesse).

 

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Hypatie d'Alexandrie, fille de Théon … mathématicienne et philosophe à la tête de l'école néoplatonicienne de sa ville, née entre 355 et 370 et assassinée en 415 par les chrétiens sur l'ordre d'une crapule canonisée appelée Cyrille.

Cette femme devrait devenir l'icône des vrais mouvements féministes.

 

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Message magnifique reçu ce matin de mon frère en Héraclite, Edgar Morin, à propos de mon livre "La Complexité du Réel" :

 

"Je suis en train de te lire.

Je t'en parlerai mieux quand j'aurai terminé.

Mais en dépit de désaccords secondaires, je pense que tu as fait un apport créateur capital : un pensée nouvelle, forte, créatrice et cohérente ;  même pour la petite tribu des émergentistes dont je suis, tu nous fais passer de l'émergentisme restreint à l'émergentisme généralisé. Comme toi, je pensais que les objets, le temps, l'espace, bref notre univers était émergence, mais je n'avais pas pensé d'abord à abandonner la notion vide de vide-qui-est-plein-tout-en-étant-vide pour celle de hylé, ni conçu le passage de l'hylé à la matière comme émergence.

La question que j'ai pour le moment à ce stade de ma lecture : peut-on définir l'émergence  seulement et toujours comme dissipation des tensions ? De toutes façons, cette dissipation est créatrice-organisatrice, ce qui nous pose le mystère de la créativité et de l'organisation inhérentes à l'univers.

Bon. Je continue, mais tenais à t'exprimer mon bravo. (…)

De toute façon, tu présentes la plus forte weltanschauung que l'on puisse faire à partir des savoirs et connaissances, et des non-savoirs."

 

Merci, Edgar. Venant de toi, c'est un bonheur !

 

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Partout, à tous les niveaux, le moteur fondamental qui engendre de la reliance, est thermodynamique. Plus clairement, le Réel est un vaste champ de bataille entre deux formes d'ordre :

  • l'ordre par l'uniformité qui est de nature sphéroïdale et fermée, et que traduit la notion thermodynamique d'entropie,
  • l'ordre par la complexité qui est de nature fractale et ouverte, et que traduit la notion thermodynamique de néguentropie.

Telles le yin et le yang de la tradition taoïste, la force entropique qui vise l'uniformité, et la force néguentropique qui vise la complexité, se confrontent incessamment, à tous les niveaux au sein de tous les systèmes, du plus ténu au plus grand qui soit c'est-à-dire le Réel pris come un Tout, c'est-à-dire, encore, l'univers entier.

 

L'entropie et la néguentropie sont les deux voies d'une seule et unique "intention" (in-tension ou tension interne) qui anime le Réel : l'ordre ou, plutôt, sinon l'absence, du moins la minimisation du chaos.

Chaque niveau stable de complexité forme un échelon d'une échelle des différents niveaux d'organisation systémique.

Toute l'histoire du Réel qui a été contée plus haut, montre comment le Réel a inventé, successivement, ces nouveaux niveaux d'organisation complexe pour échapper à la fatalité entropique … c'est-à-dire, en somme et symboliquement, à la "mort" des systèmes.

L'entropie, c'est la mort par l'uniformisation.

La néguentropie, c'est la vie par la complexification.

 

Le processus d'émergence dont on étudiera les détails au paragraphe suivant, mais qui constitue le processus même de l'évolution que résume le tableau ci-dessus, n'est donc que l'une des deux faces du processus de dissipation (cfr. les "structures dissipatives" d'Ilya Prigogine) des tensions engendrées par le conflit de nos deux forces d'ordre, entropique et néguentropique. Si la dissipation est plus entropique, il y a effondrement du système ancien, vers un niveau inférieur de complexité. Si la dissipation est plus néguentropique, il y a (parfois et éventuellement) émergence d'un système nouveau, sur un niveau supérieur de complexité. Nous y reviendrons.

 

Mais auparavant, un mot sur le moteur ultime de toute l'évolution du Réel que j'ai appelé "l'intention d'ordre". C'est elle qui engendre la force entropique et la force néguentropique à l'œuvre en tout, partout et toujours. C'est elle qui impose la "flèche du temps" et l'irréversibilité foncière de tous les processus réels.

La notion d'ordre, telle qu'utilisée ici, est beaucoup plus riche que l'acception habituelle. Nos mauvaises habitudes cartésiennes (analytiques et mécanistes) nous font souvent réduire la notion d'ordre à une collection d'objets bien rangés les uns par rapport aux autres, comme un bureau ou une chambre peuvent être vus comme "bien rangés" ou "bien ordonnés". Cet ordre mécanique est effectivement une forme d'ordre, mais il est loin d'être le seul. Sans entrer trop dans le détail, la théorie discerne, aux côtés des ordres mécaniques, des ordres chaotiques (au sens de la théorie du chaos - l'expression est effectivement paradoxale et un peu malheureuse) et des ordres organiques (comme l'ordre homéostatique qui règne parmi les quatre-vingt milles milliards de cellules qui constituent un corps humain vivant). Ces divers types d'ordre sont irréductibles les uns aux autres et constituent des voies bien distinctes.

 

La notion d'ordre, comme intention universelle du Réel et comme moteur ultime de toute évolution,  fait appel à une notion encore plus profonde et générale : celle de cohérence. Le Réel veut, en tout, gagner en cohérence globale et locale ; telle est la formulation ultime de l'intention universelle.

Et tout gain néguentropique de cohérence, engendre de nouveaux champs de cohérences "supérieures" qui induisent de nouvelles tensions qu'il faudra dissiper dans de nouvelles émergences qui induiront d'autres champs de cohérences … et ainsi de suite, à l'infini. L'évolution du Réel n'aura donc jamais de fin. L'univers ne sera jamais achevé.

 

La notion de cohérence est difficile à définir et à cerner. Elle implique des tas de notions complémentaires comme unité, unicité, simplicité, harmonie, etc …

Ce qu'il faut relever, c'est la dialectique entre la meilleure cohérence possible au niveau local et la meilleure cohérence possible au niveau global. Cette dialectique est, en fait, l'autre expression de la dialectique entre force entropique (la cohérence sphéroïdale globale) et force néguentropique (la cohérence fractale locale).

Tout se tient, donc. Tout est … cohérent !

 

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Le processus d'émergence doit être compris en toute généralité.

Mon hypothèse de fond est que ce processus, quel que soit le niveau où l'on se place, quel que soit les systèmes originels qu'il va mettre en œuvre, est toujours le même.

 

Tout commence sur un certain niveau de complexité donné, avec la prolifération des systèmes propres à ce niveau (par exemple, les atomes dans un milieu planétaire suffisamment chaud pour que la chimie puisse y jouer, ou les cellules procaryotes dans un milieux aqueux adéquat, etc …).

Cette prolifération croissante, dans un milieu limité, induit une promiscuité de plus en plus puissante.

Cette promiscuité induit des heurts entre les systèmes et ces heurts induiront des tensions de plus en plus vives entre eux. Ces heurts et ces tensions impliquent des interactions entre les systèmes soit dans le sens entropique de leur entre-destruction, soit dans le sens néguentropique de leur entre-association.

Quoiqu'il en soit, la grande loi universelle de la physique impose que ces tensions (qui induisent un chaos contraire à l'intention d'ordre et de cohérence) soient dissipées optimalement, donc le mieux et le plus vite possible.

C'est cette dissipation optimale des tensions qui devra "choisir" entre la voie de l'effondrement vers un niveau inférieur de complexité (la destruction des systèmes surnuméraires) ou la voie de l'émergence vers un niveau supérieur de complexité.

 

Cette émergence implique l'association des systèmes originels en un sur-système qui doit être plus cohérent que leur ensemble sous tension.

La première voie d'émergence qui s'ouvre, est organisationnelle et la seconde est fusionnelle.

La voie organisationnelle consiste à dissiper les tensions en canalisant leurs énergies dans une organisation commune, tout en conservant l'identité et la discernabilité des systèmes originels (comme la loi républicaine organise les rapports entre individus de façon à minimiser les heurts et conflits entre eux, par exemple).

La voie fusionnelle consiste à dissiper les tensions en utilisant leurs énergies pour encapsuler les systèmes originels dans un système de niveau supérieur qui les fusionne en éliminant leur identité et leur discernabilité (comme les procaryotes et les bactéries fusionne au sein d'une cellule eucaryote, par exemple).

 

Une dernière chose doit être notée : l'émergence implique une encapsulation qui transforme une ensemble trop turbulent en une nouvelle entité (de complexité supérieure) ; celle-ci implique aussi un nouvelle forme d'autonomie.

Pour être maintenue, selon les lois de la thermodynamique, cette autonomie doit consommer de l'énergie (pour combattre la force entropique). De là vient cette règle : plus un système autonome est complexe, plus il doit consommer d'énergie pour durer.

 

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L'Eau et la Terre sont féminines : elles descendent vers la profondeur.

Le Feu et l'Air sont masculins : ils montent vers l'élévation.

L'Eau et le Feu sont intérieurs : ils alimentent du "dedans".

L'Air et la Terre sont extérieurs : ils alimentent du "dehors".

 

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Il n'y a que trois postures philosophiques possibles, selon que l'on pose le Moi, l'Autre ou le Tout au centre du regard.

Ces trois philosophies sont, respectivement, l'Humanisme (individuel ou collectif), l'Idéalisme (religieux ou idéologique) et le Naturalisme (cosmologique ou ontologique).

En ce qui me concerne, le choix du Naturalisme a été fait depuis longtemps : je ne crois ni en un Moi (humain), ni en un Autre (ni à-côté, ni plus-tard).

 

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Du philosophe antique Stilpon (-360, -280) :

 

"Tous mes biens sont avec moi."

 

Tous mes biens sont EN moi.

 

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Platon, dans son dialogue "Hippias mineur", prête à ce sophiste cette réplique à Socrate, d'une pertinence totale :

 

"Ah ! Socrate, voilà les raisonnements que tu te plais toujours à tisser : tu détaches ce qu'il y a de plus difficile dans un sujet, tu t'y attaches, tu le traites par petits morceaux au lieu de t'en prendre au sujet entier dont on discute."

 

Cette critique acérée et acerbe de l'analycisme (de la méthode cartésienne, donc - Descartes n'a rien inventé) est une évidence.

Quand donc comprendra-t-on que le Tout n'est jamais la somme de ses parties ?

 

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Le mot grec Autarkéia qui a donné "autarcie", signifie : "être sa propre racine, être sa propre source". Je prends !

 

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Christian Godin écrit cette phrase qui mérite d'être méditée :

 

"L'avènement de la raison s'est effectué à partir d'une scission

entre l'homme et la nature."

 

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Mourir ce n'est pas passer dans "l'autre monde" (qui n'existe pas), ce n'est pas passer dans "l'au-delà" (de quoi ?). Mourir, c'est quitter la mince couche active du Réel pour ne plus exister, définitivement, que dans sa mémoire ineffaçable.

 

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Le Réel est cohérent. Cette cohérence repose sur un Principe de cohérence et est le fruit d'un Logos, même si celui-ci s'exprime hors des catégories mentales, morales, esthétiques ou rationnelles de l'esprit humain (qui en est pourtant partie intégrante et prenante). Ce Logos est l'Esprit du Réel. Il implique un spiritualisme (sans idéalisme et, surtout, sans théisme ni déisme) au-delà des divers matérialismes ou hasardismes qui, au fond, ne font que nier la cohérence - pourtant évidente - du Réel.

 

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Le Réel est rationnel (mais la rationalité n'est pas nécessairement la logicité) dans le sens leibnizien et hégélien : tout ce qui existe et qui arrive, a une "bonne raison" d'exister et d'arriver. Il ne s'agit pas de déterminisme mécaniste. Il s'agit d'une intentionnalité non pas au sens d'un but ou d'une finalité prédéterminés, mais d'une tension, d'une orientation globale.

 

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La rationalité universelle passe par la lutte entre entropie uniformisante et néguentropie complexifiante, et par la quête d'optimalité dans le résolution de cette lutte.

 

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Le Logos du Réel n'est pas "logique", il est "dialectique".

 

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L'esprit humain est fou de prétendre pouvoir accéder à la totalité de l'Esprit du Réel. En revanche, il peut tenter le défi d'en avoir une représentation la plus cohérente possible en résonance avec la cohérence du Réel. Le problème n'est pas la "vérité". Le problème est d'atteindre une correspondance des cohérences.

 

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Ne jamais confondre la "science" qui cherche et la "technologie" qui exploite.

 

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La scientificité ne doit pas être confondue avec la mathématicité.

 

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Loin du mécanicisme, il faut voir le Réel comme une puissance créatrice ; ni hasardisme, ni déterminisme.

 

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Toute connaissance est construite sur des présupposés. Le progrès de la connaissance repose donc sur le déplacement des présupposés, mais jamais sur leur éradication.

 

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La réponse à une question génère dix questions. C'est le fondement même de la méthode talmudique.

 

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Le Réel est une chose ; notre perception/représentation de ce Réel en est une autre. Il est essentiel d'affirmer que le Réel existe tel qu'il existe et va tel qu'il va, indépendamment de la perception/représentation que les humains en ont.

 

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Il ne faut pas voir l'humain face au Réel, mais dans le Réel.

 

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L'imaginaire humain fait partie du Réel. La réciproque est moins vraie.

La réalité humaine fait partie intégrante et prenante du Réel. La réciproque est moins vraie.

 

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L'intuition n'est que le reliance (télépathique, en quelque sorte) entre notre esprit (qui est pensé) et l'Esprit (qui se pense à travers nous) ; l'intuition nous met en résonance avec le Logos du Réel dont nous sommes, à la fois, issu et porteur.

 

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L'univers est un vaste désert où ont poussé quelques rares arbres galactiques dont les étoiles sont les rameaux.

 

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Le 28/03/2020

 

Au niveau collectif, l'idéologie triomphe toujours du bon sens et de la simple lucidité.

Au niveau individuel, l'intelligence triomphe parfois de la bêtise.

L'idéologie induit la bêtise.

Quelqu'un qui est "idéologisé" est décérébré : "on" pense pour lui et "on" agit à travers lui. Il n'est plus qu'un ustensile.

 

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Nous vivons dans un monde d'assistés : assistés par l'Etat (allocations, aides, subsides, …), assistés par l'ordinateur (mettez votre ceinture, roulez moins près ou moins vite, fermez la porte de votre congélateur, …), …

Et n'allez pas croire que, parce que vous êtes libres, ou libéraux, ou libertaires, vous n'allez pas être harcelés par l'obligation d'être assistés.

Vous êtes dans l'obligation de vous faire assister. C'est pour votre bien !

 

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Les systèmes, à tous les niveaux, interagissent entre eux soit sous forme entropique (répulsion, dispersion, destruction, …) soit sous forme néguentropique (concentration, complexification, construction, …).

A chaque niveau, ces deux formes prennent des noms et des modalités différents.

 

Niveau

Entropique

Néguentropique

Hylé

Expansion

Gravitation

Protéus

Nucléaire répulsif

Nucléaire attractif

Atomes

Electromagnétisme répulsif

Electromagnétisme attractif

Molécules

Valence répulsive

Valence attractive

Cellules

Individuation

Intégration

Organismes

Concurrence

Coopération

Communautés

Haine

Amitié

 

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Vouloir réduire la Vie à des jeux chimiques entre molécules, vouloir réduire l'Esprit à des jeux électrochimiques entre neurones, revient à vouloir réduire la Nature à n'être qu'un meccano sans génie … et sans mécanicien.

Le réductionnisme mécaniciste et analytique passe à côte de l'essentiel : les propriétés émergentes qui sont le moteur de toute l'évolution cosmique.

 

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Comment qualifier ce "vouloir-vivre" (qu'Edgar Morin reprend à Schopenhauer) qui pousse la Vie et les vivants, autrement que d'intention.

Et pourquoi, alors, limiter la notion d'intention aux sels vivants ?

 

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Il ne faut pas confondre auto-organisation (Prigogine) et autopoïèse (Varela).

Sous la contrainte de tensions fortes qu'il est indispensable de dissiper, l'auto-organisation ordonnance un ensemble de systèmes affolés sans toucher à leur ipséité ; elle se contente de canaliser et d'utiliser l'énergie des tensions au travers des reliances structurées qu'elle met en place.

Egalement sous la contrainte de tensions fortes qu'il est indispensable de dissiper,  l'autopoïèse détruit partiellement l'ipséité des systèmes "en folie" pour construire un nouveau système, beaucoup plus complexe qui intègre les éléments des systèmes originels mais qui possède une kyrielle de nouvelles propriétés dites émergentes qui absorbent toute l'énergie des tensions initiales.

 

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Le sens de l'existence de chacun est de se mettre au service de la Vie qui se vit en nous et de l'Esprit qui se pense en nous.

Oui, l'existence humaine à un sens, pourvu que l'humain se mette au service de ce qui le dépasse et dont il est le servant.

En revanche, l'existence n'a aucun sens si l'humain ne se met au service que de lui-même : cet anthropocentrisme s'appelle l'humanisme.

 

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Chaque nouveau saut de complexité ouvre un nouveau spectre de possibles, inimaginables jusque là. Le complexification est inépuisable.

 

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L'idée centrale d'Edgar Morin affirme que tout contient son contraire et réciproquement, et que cela fonde le rapport dialogique. Cette idée, en l'état,  me paraît être un blocage métaphysique. Qu'il y ait des bipolarités dans le Réel, est une évidence, à commencer par celle qui oppose d'entropique et le néguentropique (le yin et le yang, etc …) dont toutes les autres découlent.

Mais je préfère l'idée d'une dialectique qui avance, que d'une dialogique qui reste sur place.

L'idée d'une flèche du temps donc d'un sens (dans les deux acceptions du mot) me paraît essentielle. Il y a évolution et non simplement contradiction.

 

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La biochimie a tué la biologie.

 

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Le sentiment du tragique est purement humain. Dans le Réel, rien n'est ni tragique, ni dramatique, ni comique, ni burlesque. La Vie n'est en rien ni tragique ni euphorique. Elle est ! Et elle va son chemin, selon ses lois, selon son intention, selon les circonstances et les configurations. Bref, le Réel ne connaît aucun sentiment. Il est urgent que l'humain l'imite. Les sentiments sont des luxes inutiles dont la réalité n'a ni le besoin, ni les moyens.

 

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Le 29/03/2020

 

De Michel Eyquem de Montaigne :

 

"Il se faut réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté, et principale retraite et solitude."

 

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De Blaise Pascal :

 

"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre."

 

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De Daniel Defoe :

 

"Dans cette solitude, je pouvais être plus heureux que je ne l'eusse été au sein de la société et de tous les plaisirs du monde."

 

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D'Aristote:

 

"Celui qui se suffit à lui-même est soit une bête, soit un dieu."

 

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D'Arthur Schopenhauer :

 

"La solitude offre à l'homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier est d'être avec soi-même, et le second, de n'être pas avec les autres."

 

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Le cerveau (siège de l'activité neuronale) et l'esprit (siège de la mémoire, de la volonté, de la sensibilité, de l'intelligence et de la conscience) ne sont pas identifiables l'un à l'autre. L'esprit est consubstantiel, coextensif et immanent à la totalité du corps. Le cerveau n'est qu'un gros centre logistique du système nerveux, mais il n'est pas le siège de l'esprit.

Chacun pense avec la totalité de son corps et pas seulement avec son cerveau.

Et l'esprit de chacun n'est qu'une manifestation de l'Esprit cosmique qui se pense au travers de tous les pensants.

 

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Tout processus complexe métabolise non pas deux pôles, mais quatre pôles (le pôle généalogique de sa mémoire passée et le pôle téléologique de son intention future sur son axe vertical, d'une part, le pôle écologique de sa relation au monde extérieur et le pôle axiologique de ses facultés intérieures sur son axe horizontal, d'autre part). Ce quadripôle associé avec l'activité métabolique qui en engendre toutes les émergences, forment le quinaire de toute réalité processuelle complexe.

 

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La conscience n'est que le processus métabolique de la confrontation entre la mémoire (le passé), la volonté (le futur), l'intelligence (l'intérieur) et la sensibilité (l'extérieur). La conscience est une pure activité.

 

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Les neurosciences étudient le cerveau et ne comprennent rien à l'esprit.

Les psycho-lubies (psychiatries, psychologies, psychanalyses, psychothérapies et autres psycho-trucs) fantasment sur l'esprit (Psyché, "âme") mais n'en connaissent rien.

Il est temps de s'occuper sérieusement de l'esprit (et de l'Esprit qui s'y pense) c'est-à-dire de la mémoire, de la volonté, de la sensibilité, de l'intelligence et de cette conscience qui les métabolise ensemble … non pas seulement au niveau individuel, mais au niveau cosmique.

Car la Matière, la Vie et l'Esprit sont des réalités globales, cosmiques et atemporelles, qui "se réalisent" et "s'accomplissent" dans des êtres locaux et temporaires.

Ces trois dimensions du Réel (matérialité, vitalité et spiritualité) sont présentes en tout ce qui existe, mais selon des niveaux d'activité très différents.

 

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Classiquement, on dit qu'il y a deux manières de penser le Réel. L'une par construction (logique, raisonnement, observation analytique, etc …). L'autre par résonance (intuition, analogie, anagogie, extase, image, etc …). Ces deux modes sont réputés n'être nullement contradictoires ; bien au contraire, ils se nourrissent mutuellement.

Plus profondément, il y a quatre manières de percevoir le Réel, toujours par résonance, mais en utilisant chacune des quatre facultés de l'esprit (mémoire, volonté, sensibilité et intelligence) qui résonnera avec la dimension correspondante du Réel, respectivement avec sa généalogie, avec sa téléologie, avec son écologie (dialectique entre le Tout et toutes ses parties) et avec son axiologie (lois et logiques cosmiques).

Cela donne quatre perceptions qu'il faudra métaboliser pour donner la connaissance globale que l'on peut avoir du Réel. Evidemment, cette connaissance globale n'est jamais définitive et est toujours évolutive.

La vérité n'existe jamais.

En revanche, il y a donc un univers-réel qui existe tel qu'il est et va, indépendamment de tout observateur. Il y a l'univers-image qui est l'ensemble des quatre perceptions qu'un observateur peut avoir de l'univers-réel. Et il y a l'univers-modèle qui en est la représentation globale, métabolisée par son esprit. Ces trois univers cohabitent, mais ne se superposent jamais ni totalement, ni parfaitement.

Et ce que l'on nomme "vérité", n'est que le constat d'une plus ou moins bonne cohérence entre eux. Cette "vérité", cette cohérence sont évolutives et alimentent ce que l'on nomme les "progrès de la connaissance".

 

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Toute religion est idéologie.

Toute idéologie est religion.

Toutes deux impliquent une croyance est un monde autre, soit "à-côté", soit "plus-tard". Toutes deux refusent le Réel tel qu'il existe et tel qu'il va. Toutes deux sont dans le déni de réalité. Toutes deux sont dans le fantasmes.

 

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La seule foi que l'on peut avoir, c'est celle en la cohérence immanente et impersonnelle du Réel, tant dans l'espace (les lois universelles - le Logos) que dans le temps (l'intention universelle - le Télos).

Libre à chacun, ensuite, de nommer ce couple Logos-Télos du nom qu'il souhaite. Dieu en est un … mais il en existe bien d'autres. Celui que je préfère est "Grand Architecte de l'Univers".

 

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La résonance entre un esprit singulier et l'Esprit cosmique, peut prendre de nombreuses formes (mémorielle, vocationnelle, émotionnelle ou logicielle) et se révéler de différentes intensités (de l'esthétique à l'extatique).

Il est désolant de constater que la modernité orgueilleuse, humaniste (donc anthropocentrée) et positiviste, ait persisté, pendant des siècles, à (re)nier ce canal essentiel de toute connaissance.

 

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Comme à chaque bifurcation paradigmatique, les humains font, aujourd'hui, face à deux scénarii possibles : l'effondrement ou l'émergence.

Se suicider ou se transformer.

Et le suicide est toujours plus facile que la transformation.

Toujours est-il que toute bifurcation paradigmatique induit une chaotisation de toutes les dimensions du monde (écologique, climatique, océanique, pollutoire, pandémique, monétaire, financière, commerciale, technologique, géopolitique, militaire, etc …).

Notre monde actuel est au beau milieu de cette zone chaotique.

 

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La progrès matériel et cognitif est indéniable. Le regrès spirituel et éthique l'est tout autant.

 

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Le monde du savoir et le monde du pouvoir sont très distants l'un de l'autre.

Les institutions de pouvoir (politique, économique, syndical, académique, …) se sont bien installées dans un déni de réalité, bien confortable (changer de paradigme est inconfortable) et démagogique (les masses n'ont aucune envie que leur monde change).

Qu'auraient-elles comme avantage à écouter les Cassandre ?

 

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Depuis si longtemps, l'humain pratique la sélection artificielle et l'amélioration des races, sur les graines, les arbres fruitiers et le bétail. Qui dit qu'il ne les pratiquent pas non plus, inconsciemment sans doute, sur sa propre espèce, favorisant ainsi les enfants doués de certaines caractéristiques plutôt que d'autres, sous prétexte d'éducation ? Ce serait logique et légitime, mais la question demeure : quelles sont les caractéristiques qu'il privilégie ?

 

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En inventant l'humanisme (l'autre nom de l'anthropocentrisme), Socrate a été le premier grand responsable de la coupure entre l'humain et le cosmos. C'est lui qui a fait de l'humain un enfant étranger et stupide, perdu  dans un univers qu'il ne sait plus être le sien.

Son disciple Platon n'a fait qu'amplifier les dégâts en inventant l'idéalisme qui place l'essentiel hors de la réalité cosmique.

Les cyniques leur emboiteront le pas. Et, beaucoup plus tard, Descartes et Kant.

Qu'ils soient tous maudits !

 

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Le mot qui a un sens, est formé de lettres qui n'en n'ont pas.

La phrase qui porte un message, est formée de mots qui n'en portent aucun.

De même, la cellule vivante est constituée de molécules chimiques qui ne sont pas vivantes.

C'est cela que l'on appelle des "propriétés émergentes".

 

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L'analycisme revient, en fait, à prendre un beau et long poème et à n'y voir qu'un ensemble de lettres que l'on peut classer, compter, inventorier, statistiser. On passe alors complètement à côté de l'harmonie et du sens global du poème qui, pourtant, seuls importent.

 

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Le 30/03/2020

 

Toute connaissance est résonance entre le connaissant et le Réel.

Il y a quatre types de résonance :

  • La résonance mnésique (factuelle) : tout ce qui s'est passé.
  • La résonance pratique (factuelle) : tout ce qui se passe.
  • La résonance théorique (conjecturelle) : comment tout se passe.
  • La résonance génésique (conjecturelle) : pour quoi tout se passe.

Enfin, la connaissance synthétique est la métabolisation de ces quatre résonances.

 

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De Jacqueline Lichtenstein à propos de "l'âge classique" :

 

"Faut-il s'étonner qu'un siècle qui s'en remet aux femmes pour trancher des questions de philosophie et de littérature n'ait pas beaucoup aimé Platon ? [...] Pour ceux qu'on nomme les 'gens d'esprit' [...] il n'y a pas d'antinomie entre la droite raison et le bon goût, l'idée vraie et la pensée délicate. [...] Cette raison devenue mondaine n'est pas la raison exigeante du rationnel, mais la raison élégante du raisonnable [...] Et les formes de cette civilité nouvelle se sont élaborées, on le sait, dans ce qu'on appelait alors le 'commerce des femmes' [...] dans les salons et les ruelles où les dames régnaient en 'maîtres' de la langue et en arbitres incontestés du goût."

 

La distinction fondamentale qui est faite ici, se pose entre rationalité et logicité. La rationalité exige que tout ce qui existe ou arrive, ait une bonne raison d'exister ou d'arriver. C'est la notion de "raison suffisante" de Leibniz. Mais cette raison n'est pas nécessairement logique, au sens aristotélicien du terme. Cette logique aristotélicienne avec ses axiomes d'identité, de non contradiction et du tiers-exclu, et avec sa pratique du syllogisme, n'est qu'une des logiques possibles. Le logicien indien Nagarjuna a d'ailleurs fondé une autre logique sur le tétralemme : vrai, faux, ni vrai ni faux, vrai et faux ; cette logique ne respecte ni l'axiome de non contradiction, ni celui du tiers-exclu.

Donc la rationalité logique n'est qu'une forme de rationalité mais est loin d'épuiser la notion de rationalité.

D'ailleurs, Blaise Pascal avait clairement établi la distinction entre "esprit de géométrie" (la rationalité logique) et "esprit de finesse" (la rationalité élégante).

Cette rationalité élégante pointe vers une rationalité holistique (globale) non réductible à des raisonnements analytiques logiques. Elle pointe vers une cohérence d'ensemble que l'on peut exprimer par des notions comme harmonie, esthétique, équilibre, justesse, équité, …

La "raison élégante du raisonnable" est une expression qui pointe vers cette idée de la cohérence (élégance) compréhensible (raisonnable) d'un ensemble quelconque qu'il soit une œuvre d'art ou une société humaine. Par exemple, elle prend particulièrement sens dans une composition musicale, même si celle-ci s'éloigne des règles strictes (logiques) de l'harmonie tonale telle que l'a voulue Jean-Sébastien Bach. Les œuvres magnifiques d'un Debussy, d'un Berlioz ou d'un Fauré sont des démonstrations vivantes de cette "raison élégante et raisonnable", malgré qu'elles soient loin de respecter la "raison logique" du clavecin bien tempéré.

 

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La pyramide à base carrée est un bon symbole synthétique de mon modèle processuel.

D'abord, les quatre pointes du bas symbolisent les quatre pôles (généalogique et téléologique face l'un à l'autre selon la première diagonale, et écologique et axiologique, face l'un à l'autre selon l'autre diagonale) ; ensuite, l'apex symbolise la métabolisation des tensions dues aux quatre pôles de la base.

 

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Aristote, Spinoza, Leibniz et Hegel sont les seuls philosophes occidentaux à avoir penser un système complet et cohérent à propos du Réel.

Celui d'Aristote est encyclopédique. Celui de Spinoza est panenthéiste. Celui de Leibniz est monadologique . Et celui de Hegel est processualiste.

 

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La partie sert le tout, et non l'inverse.

 

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De mon ami Eric J. :

 

"(…) le ressentiment des esclaves (…) provoquera pas mal de tensions. Ceux qui n’ont jamais fait le lien entre leur confort et l’exploitation de la Terre, (…) pousseront des cris de douleur avant de se révolter. Ils tondront les politiques comme les hommes ont tondu les femmes à la libération pour se racheter de leur veulerie."

 

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Scepticisme …

"Nous ne connaissons le tout de rien, ce qui revient à ne rien connaître du tout.

Puisqu'on ne peut rien connaître sans connaître le tout et que le tout est inconnaissable, on ne peut rien connaître du tout."

Cet argument de Gorgias à Wittgenstein en passant par Pascal, ne tient pas.

Connaître ne signifie nullement tout connaître de tout et du Tout. Connaître, c'est comprendre la logique processuelle qui engendre tout et le Tout.

 

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Les masses ne sont en rien, jamais, des moteurs pour l'humanité. Les masses (sociopolitiques), comme toutes les masses (physiques), ne sont que d'énormes résistances au changement et au mouvement, des stocks d'inertie.

En donnant le pouvoir aux masses, la démocratie se condamne à la stagnation et à la médiocrité.

 

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Michel Onfray devient vraiment pénible !

Il n'a rien compris à la continentalisation en cours et conspue l'Union européenne pour des raisons incompréhensibles, qu'il ne comprend pas lui-même (à moins qu'il ne soit devenu nationaliste, lepéniste et "patriote" revanchard - un pléonasme).

Il n'a rien compris à l'eudémonisme qu'il confond avec son "hédonisme" vulgaire et stérile.

Il n'a rien compris aux traditions spirituelles qu'il confond avec le dogmatisme exotérique du catholicisme et de l'islamisme.

Il n'a rien compris ni au judaïsme, ni à la Bible hébraïque dont il ignore tout et qu'il enrégimente dans un judéo-christianisme qui n'existe pas (il n'y a pas plus antithétique au catholicisme que les judaïsmes).

Il n'a rien compris au libéralisme (ni au travail de Macron qu'il insulte vulgairement) qu'il confond (comme beaucoup, il est vrai) avec le financiarisme.

Il s'invente un "petit peuple" qui n'existe pas , une lutte des classes marxisante qui est pure affabulation, et une adulation des masses imbéciles qui frise le populisme le plus vil.

Il n'a rien compris à Nietzsche qu'il confond avec ses propres lubies antichrétiennes.

Il n'a rien compris à la philosophie qu'il confond avec le droit qu'il s'accorde, de vomir ses invectives inétayées à hue et à dia.

Il n'a rien compris à la sagesse qu'il confond allègrement avec des vociférations ignorantes "tous azimuts", toujours entées dans la haine de son catholicisme racinaire et dans son gauchisme vague et indécis.

Il ne pense pas car il ne fait que ressasser ses ressentiments ; il devrait, à ce sujet, enfin lire Nietzsche convenablement.

 

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Je n'ai pas lu le livre de Didier Raoult. Mais ce que je crois comprendre, c'est que, d'un côté, il y a un expert dont la nomenklatura et l'establishment médicastres (dont je me méfie comme de la peste) ne veut pas et, de l'autre, la promotion d'hydroxychloroquine qui semble avoir fait ses premières victimes en France (mais je ne sais pas si c'est du fait de la molécule ou du fait d'une mauvaise posologie).

N'étant ni médecin, ni chimiste, ni pharmacologue, j'avoue n'avoir ni avis, ni état d'âme.

En revanche, ce qui m'intéresse c'est de constater que face au désarroi et à l'incapacité des masses à assumer tant l'incertitude que l'inconnu, tout qui apporte une lueur d'espoir (étayée ou pas) est accueilli comme le messie. Adolf Hitler en est la preuve historique - mais je ne pense évidemment pas que Didier Raoult puise avoir quoique ce soit de commun avec cette crapule de moustachu antisémite. Je dis seulement que la panique des masses est un tremplin formidable pour tous les apprentis messies qu'ils soient des hommes de bien (comme Didier Raoult) ou des hommes de mal (comme Adolf Hitler).

 

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Les notions de subconscient et d'inconscient sont de purs fantasmes freudiens.

Il y a ce qui est conscient et il y a ce qui ne l'est pas, c'est-à-dire ce qui n'existe pas du tout pour l'esprit.

La conscience est un processus, pas une "chose". La conscience est le processus de la confrontation et de la métabolisation des quatre résonances de base. Cette confrontation a lieu ou pas. Il n'y a rien d'autre.

Il est temps d'éliminer Freud, ses thuriféraires et ses héritiers. Les théories freudiennes sont de pures élucubrations.

 

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Le 31/03/2020

 

La vérité n'est que la mesure du rapport d'adéquation entre la chose qui existe avec ce que l'on en dit ou, plus précisément, avec la représentation que l'on en donne dans un langage choisi.

Le rapport est donc ternaire : la chose, la langage choisi et la représentation.

L'adéquation de cette représentation  dépendra autant de la perception de la chose que de la qualité du langage choisi.

 

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De Thierry Moulonguet dans la "Revue des deux mondes" au sujet de "l'exil d'Hélène" d'Albert Camus :

 

"Que nous disait Albert Camus dans sa prescience extraordinaire du monde qui venait, après le désastre de deux guerres mondiales ?

 

D’abord que « Nous avons exilé la beauté », que « Notre Europe lancée à la conquête de la totalité est fille de la démesure », que « nous avons conquis, déplacé les bornes, maîtrisé le ciel et la terre. Notre raison a fait le vide. Enfin seuls, nous achevons notre empire sur un désert ».

 

Ensuite, que nous avons oublié le message clé de la philosophie grecque : il y a des limites et on ne peut pas impunément les franchir. Les crises sanitaire et climatique actuelles, l’entassement des réfugiés aux frontières montrent à satiété que les limites ont été foulées aux pieds. Enfin, et c’est peut-être l’essentiel du message de L’Exil d’Hélène, qu’il y a un futur, que la vie est plus large : «

 

Mais cette époque est la nôtre et nous ne pouvons pas vivre en nous haïssant. Elle n’est tombée si bas que par l’excès de ses vertus autant que la grandeur de ses défauts. L’ignorance reconnue, le refus du fanatisme, les bornes du monde et de l’homme, le visage aimé, la beauté enfin, voici le camp où nous rejoindrons les Grecs ». Alors, voilà, nous avons notre camp de base. Engageons-nous dans l’ascension."

 

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Héritier d'Héraclite, le stoïcisme - la philosophie du Portique - de Zénon de Cittium ou de Chrysippe est la seule école grecque qui ai pressenti avec profondeur et amplitude, le panenthéisme moniste, vitaliste et constructiviste qui se dresse aujourd'hui à l'horizon de la pensée ; son héritage a passé, plus ou moins, par Spinoza, Leibniz, Hegel, Nietzsche, Teilhard de Chardin et Whitehead.

Il fondera la spiritualité du 3ème millénaire avec le taoïsme qui lui ressemble comme un frère.

 

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Hegel disait que toute philosophie est panthéiste dès lors qu'elle reconnaît que l'esprit, la pensée et la raison d'exister de tout ce qui existe, sont dans le monde, dès lors que le Logos est immanent et coextensif au Ôlon.

 

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Le stoïcisme - comme l'épicurisme matérialiste qui prolonge l'atomisme abdéritain, ou le scepticisme criticiste qui perpétue le sophisme rhétorique - apparaît dans l'histoire de la pensée pour mettre de l'ordre et restructurer systématiquement le foisonnement philosophique dépenaillé de la période antérieure, celle  de l'idéalisme dualiste de Platon et de l'encyclopédisme rationaliste d'Aristote.

Le stoïcisme présentera, pour la première fois, un système cosmosophique complet et cohérent.

 

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La Nature, l'Esprit et l'Histoire obéissent au même Logos.

Dans la Nature, ce Logos induit les lois universelles de la physique.

Dans l'Esprit, il impose les règles de la pensée juste.

Dans l'Histoire, il commande les maximes du comportement correct.

Ce Logos universel repose tout entier sur la lutte entre l'ordre par l'uniformité (entropique) et l'ordre par la complexité (néguentropique) , et sur le processus d'émergence qui en dissipe les tensions.

La triade cosmosophique est : uniformité, complexité, émergence.

 

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Tout ce qui existe et se passe en nous, existe et se passe dans le Tout puisque chaque partie n'est qu'un reflet, qu'une expression, qu'une manifestation du Tout.

Si je vis, c'est que la Vie se vit à travers moi.

Si je pense, c'est que l'Esprit se pense à travers moi.

Ce "je" n'est qu'une "personne" c'est-à-dire un masque artificiel et superficiel , local et temporaire, derrière lequel la Vie et l'Esprit jouent leur rôle.

 

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Le Réel est une unité organique en Devenir : voilà la grande vérité découverte par le stoïcisme qui l'a héritée de Chaldée (qui est aussi le point d'origine de l'aventure mosaïque et biblique).

 

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"Tout ce qui existe dans le monde, a une finalité extrinsèque", prétend le stoïcisme.

Il faut approfondir : tout ce qui existe dans le monde, participe d'une intention globale et unique que chaque étant devrait s'approprier et faire sienne, à sa mode, selon ses capacités, afin qu'elle devienne sa vocation personnelle.

Cette vocation, déjà devinée par Aristote sans le nom d'Entéléchie, deviendra le Conatus chez Spinoza ou le Destin (Fatum) chez Nietzsche.

 

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N'est beau ou bien ou vrai ou sacré que ce qui accomplit la vocation.

Tout le reste n'est que distraction, donc gaspillage de vie.

 

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De Christian Godin :

 

"Dieu est la fois le monde et l'ordre du monde,

son déploiement et son principe,

sa substance et sa structure."

 

Tout est dit. Tel est le "credo" panenthéiste.

 

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Au contraire de l'épicurisme et du scepticisme qui sont de vastes entreprises de désacralisation de tout, donc de nihilisme, le stoïcisme est une mystique du Tout-Un vivant, une mystique de la Vie et de l'Esprit.

 

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Il me semble qu'il y a forte similitude entre le Roua'h biblique, le Pneuma stoïcien et le Qi taoïste : tous trois désignent le "souffle" universel qui énergise toutes les évolutions et qu'il faut apprendre à capter et à canaliser.

Cette énergie n'est pas celle que connaît la thermodynamique ; il s'agit d'une énergie mentale qui opère dans l'immatériel et qui alimente les désirs et les volontés, les courages et les passions.

 

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Pour Marc-Aurèle, le bien est l'union avec le Tout, le mal, la séparation d'avec lui.

 

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Une action n'est bonne que si elle contribue à accomplir la vocation intime de celui qui agit.

Une vocation personnelle n'est bonne que si elle contribue à accomplir l'intention cosmique, unique et permanente, qui est de sublimer la Matière, la Vie et l'Esprit.

 

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Sublimer : "Idéaliser (…) en (…) purifiant de tout élément matériel ou imparfait, impur ou étranger" -  Emprunté au latin sublimare : "élever, exalter, glorifier".

Sublime : "Ce qu'il y a de plus élevé dans l'ordre moral, esthétique, intellectuel" - Emprunté au latin sublimis : "Suspendu en l'air, qui est en l'air ; haut, élevé, placé en haut". Accroché à la limite …

 

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Les seules "patries" qui puissent avoir un sens, sont immatérielles : une langue, une culture, une histoire, une mémoire …

 

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C'est Héraclite qui inventa l'expression en panta : le "Un-Tout". Elle fut reprise par Plotin.

 

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L'hénade est un terme philosophique dérivé du grec ancien. Opposée à la monade fermée et complexe, l'hénade évoque l'unité comme principe d'une succession.

 

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L'émanation n'est pas une détotalisation. Elle complexifie l'Un sans en perdre l'unité.

 

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Il est amusant de noter que, chez Plotin, l'idée d'émanation s'exprime aussi par le mot "procession" qui renvoie à process et à processus

 

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Salut. Libération. Accomplissement.

Il n'y a rien à sauver.

Il y a tout à libérer.

Il y a tout à accomplir.

 

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L'Inde traditionnelle salue et vénère la prolifération et la complexité des enchevêtrements.

Le Japon traditionnel salue et vénère, tout au contraire, le désencombrement et la simplicité des minimalismes.

La Chine traditionnelle penche, selon qu'elle soit, respectivement, confucianiste ou taoïste, plus proche de la première ou du second.

 

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Qu'on arrête donc de me bassiner avec la littérature.

Romans, théâtres, poésies (sauf lorsqu'elle est sacrée et mystique … ce qui est bien rare et relève d'un tout autre genre), autobiographies, contes, fables, … me gavent, jusqu'à la nausée, me dégoûtent de l'humain, trop humain. Qu'est-ce qu'on peut s'en fiche des impatiences de Swann, des colères des Karamazov, des batailles de d'Artagnan, des plongée de Némo, des mièvreries de Scudéry, des urticaires de Sévigné, des délires de Jean-Sol Partre, des enquêtes d'Hercule Poirot, des affres d'Anna Karénine ou d'Emma Bovary, de Lucien Leuwen ou de Jacquou le Croquant, des folies de Don Quichotte et des turpitudes de Sancho Pansa …

Tout cela est ennuyeux à mourir ; on passe des heures à lire des insipidités stériles, infécondes, inutiles. La littérature est un gaspillage de temps (pas autant que la télévision ou le cinéma, je le concède). Bref j'en ai par-dessus la tête des pseudosciences de non-scientifiques, des pseudo-philosophies de non-philosophes, des pseudo-psychomachies de psycho-débiles, … et surtout, des milliards de pages de lamentations directes ou indirectes, d'auto-analyses, d'auto-flagellations, d'auto-encensements, de masturbations plus ou moins salaces, d'autocélébrations, de pleurnicheries ou de flagorneries en tous genres … de ces milliers d'écrivaillons qui se complaisent sur leur nombril, sur leur ego, sur leur œdipe, sur leur viol, sur leurs bobos du corps ou de l'âme ou du cœur, sur leurs attouchements d'adolescents catholiques, sur leur sexe lamentable ou sur leur bouton rouge au bout du nez.

Une fois pour toute, l'humain est sans le moindre intérêt !

Il n'y a que deux choses qui méritent d'être écrites et publiées : du vrai pensé (des essais qui produisent de la connaissance nouvelle) et du vrai vécu (de l'historiographie qui révèle de la mémoire retrouvée).

Du Réel ! Rien que du Réel ! Débarrassez-nous de la fiction, de toutes les fictions.

 

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Les parties (les émergences) doivent servir le Tout (la Source ultime).

Le Tout précède toutes ses parties (ses émanations).

Le Tout a toujours prééminence sur une quelconque de ses parties.

Mais pour servir le Tout, chaque partie doit s'accomplir en s'individuant.

Un Tout sans émanations émergentes, ne serait qu'uniformité vide et stérile.

Il doit donc y avoir une dialectique d'accomplissement réciproque entre Tout et parties : à la fois intégration et individuation, à la fois uniformité et complexité, à la fois entropie et néguentropie.

 

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Il n'y a rien dans le Coran. Il n'y a rien dans l'Islam. Ce que les "penseurs" musulmans ont écrit, ils l'ont pillé chez les Persans, chez les Juifs, chez les Grecs, chez les Indiens. D'Arabie, il n'est jamais rien venu : or l'inculture, la haine, la violence et le ressentiment. Ce désert est définitivement stérile et condamné à la seule razzia (financière depuis que le pétrole est à la mode).

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A LIRE CE MOIS, MON ARTICLE DE SYNTHÈSE SUR LE RÉEL : "Complexité et évolution" 

Le cosmos s'est construit par strates successives de complexité, mais en mettant en œuvre toujours le même processus d'émergence : prolifération, interaction, association, fusionnement, fractalisation …

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NOUVEAU (depuis ce 9/2/2020): Le Tome 21 "De l'Etre au Devenir" est en ligne (323 pages à télécharger gratuitement).