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Racines et avenir de la Franc-Maçonnerie

Publié le

Ecrit en 2005

La Franc-Maçonnerie moderne est née au 18ème siècle de la rencontre improbable d'un vieux naturalisme celtique véhiculé par les traditions orales des corporations de bâtisseurs anglo-saxons et du fort courant naturaliste exprimé d'abord comme issue à la guerre de religion anglaise (Newton, Desaguliers et la Royal Society de Londres) et, ensuite, plus particulièrement par la "naturphilosophie" du romantisme allemand (Schiller, Goethe, Lessing, Novalis, Frédéric II étaient tous Francs-Maçons).[1]

 

Le Rit Écossais Ancien Accepté est l'héritier le plus direct de ces naturalismes fondateurs qui, tous deux, s'opposent ontologiquement au dualisme idéaliste chrétien.

Il est évidemment normal d'y retrouver aussi l'influence des autres grands courants naturalistes comme l'Alchimie ou la Rose-Croix mais, surtout, la Kabbale juive.

 

Comme toute tradition spiritualisante, la Franc-Maçonnerie a été confrontée, dès la fin du XVIIIème siècle a un dilemme existentiel.

La méthode initiatique qu'elle véhicule pouvait avoir deux applications s'excluant mutuellement.

 

Soit elle s'appliquait à transformer l'homme et la sociosphère vers un humanisme anthropocentré, ce qu'elle fit en France sous l'influence néfaste des "Lumières" (Voltaire et les encyclopédistes furent majoritairement des Maçons). Cette voie est la "voie substituée" empruntée par l'irrégularité maçonnique qui, de déviance en déviance, en est devenue un instrument d'influence et de pouvoir dans toutes les dimensions de la sociosphère : politique, sociale, culturelle et économique. Mais elle est aussi la voie de la régularité anglo-saxonne plus inquiète de formalisme et de philanthropie que de spiritualité authentiquement initiatique.

 

Soit elle s'appliquait à transcender l'homme vers la noosphère par une spiritualité cosmocentrée dans laquelle le rôle de l'homme est d'être acteur du monde sans en être ni le centre, ni le sommet, ni le but. Cette voie est la voie régulière dans sa version latino-germanique représentée par de Pasqually, Saint-Martin, Goethe, Lessing, de Maistre, Guénon, etc …

 

En nos temps de révolution noétique[2] et de changement radical de paradigme qui révèle l'impasse incontournable des visions du monde anthropocentrées et humanistes, la Franc-Maçonnerie spirituelle et naturaliste, porteuse d'une vision du monde cosmocentrée (R.:E.:A.:A.:), voire théocentrée (R.:E.:R.:), pourrait être le chemin idéal pour le dépassement de l'homme par l'homme, et pour l'élévation de l'humanité à la hauteur de sa vocation : devenir le facteur d'émergence de la Conscience, de la Pensée et de l'Esprit dans la Nature.

 

Si elle ne prend pas ce virage avec courage et volonté, la Franc-Maçonnerie est condamnée à devenir un fossile plus ou moins vivant, enfermé dans une sociosphère pourrissante au service d'une humanité ayant raté son destin.

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[1] Voir à ce sujet l'avis convergent de Pierre Hadot, in : "Le voile d'Isis".

[2] Dépassement de l'économie industrielle, spéculative et capitaliste, vers une économie de l'information, de la connaissance et de l'intelligence

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