Regarder plus haut que soi ...
Article écrit pour et publié par le magazine "Être Plus"
Pour quoi (en deux mots) vivons-nous ? Est-ce, comme l'immense majorité le croit, pour satisfaire nos pulsions nombriliques, aussi "nobles", cruelles ou égocentrées soient-elles, ou est-ce pour servir un projet qui nous dépasse.
Contrairement à ce que son orgueil le pousse à croire, l'humain n'est ni le centre, ni le sommet, ni de but du Réel. Comme tout ce qui existe, il n'est qu'un ustensile inventé par ce Réel pour servir son propre accomplissement et grimper toute l'échelle de la complexité : de la prématière à la matière, de la matière à la vie, de la vie à la pensée, etc ...
Ce dernier passage d'échelle est la mission humaine, ici, sur notre Terre, perdue au milieu de l'Univers où des millions d'autres planètes sont animées du même projet : faire émerger l'Esprit à partir de la Vie au travers de la pensée et de la conscience de cette pensée.
L'humain est prisonnier d'une bipolarité : il a une intériorité intime plongée dans une extériorité parfois hostile. Il passe sa vie à dissiper les tensions entre ces deux pôles existentiels. Et selon les époques, tel pôle devient plus puissant que l'autre, et transforme radicalement nos mode de vie. A notre époque, l'intériorité veut, à tout prix, s'imposer à l'extériorité, d'où les égocentrismes, les individualismes, les violences, les haines, les ostracismes, les incessantes recherches de bouc émissaire porteur de tous les péchés du monde, ... mais d'où, aussi, les sentiments de solitude et d'abandon pouvant mener &aux psychoses et au suicide.
Tant que l'on reste prisonnier de cette bipolarité qui, si l'on veut bien y réfléchir, apparaitra en fait très artificielle et superficielle (mon extériorité s'intériorise en me nourrissant, par exemple, et mon intériorité s'extériorise en agissant, par exemple).
L'intérieur et l'extérieur, contrairement à ce que pensaient Augustin d'Hippone et Descartes, ne sont pas des mondes de natures différentes (le corps et l'âme). Ils ne sont que deux expressions complémentaires et intriquées du même Réel qui s'y exprime, qui s'y manifeste, qui s'y accomplit : ce platane et cette mésange sont autant moi que je suis eux.
L'abolition de la dichotomie entre l'intériorité et l'extériorité, aussi artificielles l'une que l'autre, dépasse la bipolarité apparente des existences par la voie de la communion (du latin cum munire : "construire ensemble").
Cette abolition ne se fait ni d'un claquement de doigt, ni par miracle ; elle appelle un cheminement que l'on appelle, selon les cas et les méthodes, initiatique ou mystique.
Il ne s'agit pas de croyances, de bondieuseries, de salamalecs religieux au sens classique. Il s'agit de descendre au plus profond de soi pour y trouver le beaucoup plus haut que soi, pour y trouver l'Unité absolue et intemporel du Réel-Divin dont tout ce qui existe fait intégralement partie, y compris toutes les tensions bipolaires qui font que ce Réel évolue sans cesse et s'accomplit de l'intérieur.
Répétons-le, il ne s'agit pas de croyances (c’est-à-dire de réponses dogmatiques toutes faites que l'on sort du chapeau comme un chapelet). Il s'agit de Foi c'est-à-dire de confiance (cum fidere : "se fier avec") en l'Unité absolue et intemporelle de tout ce qui existe, de tout ce qui advient, de tout ce qui devient.
La tradition kabbalistique résumait cette Foi en une phrase toute simple en apparence, mais qui demande des années de travail intérieur pour être réellement vécue :
"Tout vient de l'Un et retourne à l'Un."