Dimanche 14 décembre 2025
Dans la logique médiévale, le christianisme catholique repose sur deux pouvoirs : le pouvoir politique royal et le pouvoir religieux papal. Et tout roi est fait tel "par la grâce de Dieu" donc par la bénédiction vaticane.
L'ordre social est ainsi la conjonction d'une obéissance religieuse et d'une soumission politique. Toute hérésie, au sens le plus large du terme, est un ébranlement de l'ordre social et doit être sévèrement condamné et puni de la façon la plus radicale, comme par la hache ou le bûcher.
Cette logique répressive, tant politique que religieuse, relève de la justice royale, d'une part, et de l'Inquisition (essentiellement confiée à l'ordre des dominicains, créé par Dominique de Guzman décédé en 1221), d'autre part. Ainsi furent réprimés durement les hussites, les cathares, les albigeois, les marranes, les morisques, les sorciers et sorcières, et, plus généralement, tous les schismatiques agissant tant à titre personnel qu'à titre communautaire.
Le bras inquisitorial condamne et le bras séculier exécute : la vertu ecclésiale ne se salit pas les mains avec les basses œuvres, bien sûr.
Inutile d'insister sur ce point bien connu : l'Inquisition monta en première ligne dans les combats terribles pour la répression des Réformes protestantes, tant calvinistes que luthériennes ou autres ... notamment en Provence.
Mais la Renaissance et la Modernité naissante ne voient pas les choses de cet œil-là : la montée de l'exigence de liberté individuelle, de liberté de croyance, de liberté de pensée, met à mal le pacte médiéval entre les Rois et les Papes, et donc la suprématie absolue d'un christianisme catholique souverain régulant la vie sociétale et personnelle dans ses moindres détails.
Des mouvements collectifs et des comportements individuels, considérés comme "hérétiques", ne cesseront plus de se développer et de se déployer tant sur les blessures encore béantes des "hérésies" de naguère que sur les aspirations intellectuelles et spirituelles à regarder et à comprendre le monde tout en dehors des dogmes catholiques jugés, de plus en plus, comme archaïques et incompatibles avec la réalité du Réel tel qu'il est observé et expérimenté par le regard préscientifique naissant.
On pense, bien sûr, au martyre sur le bûcher de Giordano Bruno et au procès de Galilée condamnant celui-ci à renier ses théories malgré son "et pourtant elle tourne" !
Un peut partout, des cherchants espèrent trouver des havres de paix où l'Inquisition ne viendra pas mettre son nez. Ce sera le cas, notamment, des Loges maçonniques réputées être des lieux de haut christianisme : ne sont-elles pas les pépinières de ces artisans et artistes capables de traduire la Foi chrétienne dans la pierre des édifices religieux ?
Certes. Mais ces Loges se doivent, pour exercer leur métier, de rester "au-dessus de la mêlée" et, comme l'indiquent les règlements en vigueur à savoir : "de respecter la loi et de pratiquer la religions du pays où il peuvent travailler librement".
Or, le déclin de la mode gothique et la montée du style renaissant, marque le déclin des Loges dont beaucoup ferment, faute de "combattants". Ces Loges, au-dessus des religions, pratiquant une Foi et des rites initiatiques qui leur sont propres, sont demandeuses de nouveaux membres, non plus opératifs, mais spéculatifs, apte à la Géométrie et au-dessus des religions et de leurs guerres.
Il me paraît donc essentiel de souligner la concomitance entre les guerres de religions entre le catholicisme, l'anglicanisme et les protestantismes (notamment celtique en Écosse et Irlande) et l'arrivée, dans les Loges, de non-opératifs en quête d'un lieu de "paix spirituelle" où mener à bien leur propre accomplissement spirituel (et en y important des éléments d'hermétisme, de kabbalisme, d'alchimisme, de spiritisme, d'égyptianisme, de talmudisme, etc ...). "Fuir ces guerres profanes pour trouver la paix spirituelle" aurait pu être leur slogan. C'est là l'origine d'une spiritualité purement maçonnique au-dessus des religions, et scellée par la création du grade de Maître ...
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De Bruno Colmant :
"C’est un éléphant dans la pièce que nous feignons de ne pas voir. Nous tentons de rationaliser, de minimiser, de nous rassurer avec des concepts creux comme « l’humain augmenté ». Mais la réalité est beaucoup plus brutale et elle ne s’encombre pas de politesses : le tsunami de l’intelligence artificielle a déjà touché nos côtes, et il s’apprête à dévaster le marché de l’emploi tel que nous le connaissons.
Ce qui se joue sous nos yeux est une rupture anthropologique majeure. Pour la première fois de l’histoire, la machine ne remplace pas le muscle, elle remplace le cerveau. Dans une économie de services comme la nôtre, où la valeur ajoutée repose sur le traitement de l’information, l’IA ne se contente pas d’assister : elle sature l’espace, multipliant par mille les capacités cognitives à un coût marginal nul.
Le drame qui se noue est d’une ironie cruelle. Contrairement aux révolutions industrielles précédentes qui broyaient les corps des ouvriers non qualifiés, celle-ci s’attaque à l’aristocratie du savoir. Aux États-Unis et dans les grands groupes technologiques, les premières victimes ne sont pas les exécutants, mais les premiers de la classe. De jeunes surdiplômés, trilingues, formés dans les meilleures universités, se retrouvent soudainement obsolètes. Ils sont les nouveaux Charlie Chaplin des Temps Modernes, non plus happés par des engrenages d’acier, mais dissous par des lignes de code.
La vague sera planétaire, instantanée et impitoyable.
Face à ce choc, l’Europe risque de commettre une erreur fatale. Nos États-providence, dans un réflexe pavlovien, tenteront d’amortir le choc par une surprotection du travail et de la régulation. C’est une chimère. Ce bouclier social ne fera qu’accélérer notre décrochage : nous risquons de financer l’inactivité sociale pendant que les gains de productivité seront siphonnés par les géants technologiques étrangers qui détiennent les algorithmes.
Loin d’être une fatalité, ce choc technologique est une formidable invitation à l’élévation. Si la machine excelle dans le calcul, l’humain garde le monopole du sens et de la créativité. Notre réponse doit être audacieuse : cultivons une érudition vorace, aiguisons notre curiosité insatiable et faisons de l’adaptabilité notre seconde nature. Il ne s’agit plus de tenter de rivaliser avec l’algorithme, mais de le dépasser en développant ce qu’il ne pourra jamais simuler : l’intelligence émotionnelle, la nuance critique et la complexité culturelle.
Le tsunami est là, certes, mais ne nous contentons pas d’essayer de survivre. C’est l’occasion historique de redonner ses lettres de noblesse à l’intelligence humaine. Plutôt que de craindre la submersion, apprenons à dompter la vague pour naviguer vers de nouveaux horizons que la machine ne saura jamais imaginer."
Rien à ajouter ! l'algorithmie absorbera tout le banal (compilation, classement, imitation, combinaison, ...) et il ne restera que le génie et la virtuosité complexe pour l'intelligence humaine.
Le monde qui vient n'aura plus aucune place ni pour les crétins, ni pour les fainéants.
Virtuosité personnelle (des mains ou des neurones) ou mort sociale !