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Lundi 22 décembre 2025

C'est cela vieillir : subir et accepter la mort, de plus en plus fréquente, de ceux qui ont parcouru ou édifié votre propre vie ...

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 L'Aufklärung allemande.

 En Allemagne, Immanuel Kant fut l'apogée "éclairante" et la charnière cruciale entre le rationalisme, d'une part, et la Naturphilosophie et le romantisme (où l'on trouvera pléthore de Francs-maçons de Lessing à Goethe, de Schelling à Fichte).

La pensée allemande de l'époque (au contraire les "Lumières" françaises) met un point d'honneur à refuser la soi-disant incompatibilité principielle entre une philosophie rationaliste et une spiritualité déiste. Lessing décrit la religion comme un indispensable chemin et tremplin vers une spiritualité lumineuse, débarrassée de toutes croyances et superstitions.

 La question posée par les trois mouvements philosophistes est celle-ci : pour-quoi et comment libérer l'Esprit humain (on retrouvera cette question dans les racines bibliques de la Franc-maçonnerie au chapitre de l'Exode) ? S'agit-il d'une rupture à la française, d'un compromis à l'anglaise ou d'un dépassement à l'allemande, où l'on discerne moult mouvements menés par des  religieux catholiques désireux de dépasser le cadre dogmatique médiéval – incarné par les Dominicains de l'Inquisition et surtout par les Jésuites - sans rien renier de leur Foi.

Mais il faut maintenant regarder l'œuvre de Kant avec plus de soin. En gros, Kant affirme que les humain sont dotés d'un "entendement", mais qu'ils ne savent pas s'en servir. Et il invente, en quelque sorte, une méthodologie de l'intellect, de la raison raisonnante. Il prône une libération de chaque humain au moyen de sa propre intelligence convenablement menée.

Mais très vite, cet entendement exclusivement cantonné dans l'objectivisme intellectuel est vivement critiquée, notamment par Schiller et Fichte. Au fond, les outrances kantiennes ramènent la philosophie allemande à Leibniz (moqué dans "Candide" par un Voltaire qui n'y avait rien compris) et font germer les Lessing, les Wolff, les Schelling, les Mendelsohn

 En résumé, l'Ausklärung allemande pousse la Franc-maçonnerie vers un spiritualisme mystique au-delà du romantisme.

 L'Enlightenment anglo-saxon.

 Dans le terreau préparé par John Locke (1632-1704) au siècle précédent ("Essai sur la Tolérance," puis "Lettre sur le Tolérance" et surtout "Essai sur l'entendement humain"), germent des noms prestigieux, malheureusement mal connus des érudits continentaux : David Hume, Adam Smith ou James Watt en Ecosse, George Berkeley en Irlande, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson et George Washington aux Etats-Unis.

D'eux naîtront, à la fois, l'utilitarisme, le libéralisme et le démocratisme (car en France, hors le Suisse Jean-Jacques Rousseau, les "Lumières" étaient des nobles ou des bourgeois favorables à un Royalisme tempéré).

 La base du philosophisme anglo-saxon, c'est l'écossais David Hume (1711-1776). Les mots-clés de sa pensée sont : empirisme, scepticisme, expérimentalisme, subjectivisme, relativisme. Cela fait beaucoup pour un seul homme dans un monde charpenté de dogmatismes, d'idéalismes, d'utopismes, d'absolutisme.

Pour Hume, la connaissance et la pensée humaines sont des processus qui se construisent, niveau par niveau, étage par étage. Rien n'est vrai et donné a priori ; tout est cheminement vers le plus haut, vers le plus vrai. L'existence est recherche ... et c'est celle-ci qui donne sens à celle-là. Son inspiration est nettement stoïcienne ... mais l'influence d'Isaac Newton est déterminante. Tout ce petit monde tourne autour de l'axe "Royal Society" de Londres qui est le moteur de l'Enlightenment , du moins en Angleterre.

Au fond, tout ce mouvement se raccroche à cette métaphore philosophique et épistémologique qui différencie le "paysage du territoire" et la "carte du territoire" ; autrement dit : la "réalité surhumaine" et sa "représentation humaine" (avec les déformations et occultations des regards, des langages, des descriptions, des expérimentations, etc ...).

 En résumé, l'Enlightenment anglo-saxon pousse la Franc-maçonnerie vers un libéralisme éthique au-delà de l'utilitarisme.

 Les Lumières françaises.

 Pour le dire de manière aussi claire qu'iconoclaste, les Lumières françaises sont incarnées d'abord et au-dessus de tous les autres par Montesquieu (d'ailleurs formé en Angleterre). Voltaire est un fumiste, un cuistre bourgeois jaloux des privilèges de la Noblesse. Et le Suisse Jean-Jacques Rousseau est la père du gauchisme dans un siècle et un monde qui ne furent pas le sien et où il n'a rien à voir.

Restent les encyclopédistes : Diderot, d'Alembert, d'Holbach, et bien d'autres qui, tous, étaient animés d'une haine radicale contre les religions, en général, et le catholicisme en particulier.

Les "Lumières" françaises furent les chantres d'un matérialisme, d'un athéisme, d'un anticléricalisme outranciers qui les rendirent inaudibles – voire ridicules et monomaniaques -  ailleurs qu'en France.

Il s'agissait d'une machine de guerre destinée à détruire toute forme de spiritualité et de Foi, fussent-elles initiatiques et symboliques. A l'approche de la révolution de 1789 et de la montée de la Terreur, la majorité des Loges françaises choisirent d'ailleurs soit la clandestinité, soit et surtout l'exil. On en reparlera ...

 L'idée phare de Montesquieu, importée d'Angleterre, fut celle de la séparation des pouvoirs qui est la négation pure et simple du hiérarchisme pyramidal incarné du côté politique, par Louis XIV en France, et par le Pape .

L'autre idée phare de cette époque fut le recensement, dans "l'Encyclopédie" de tous les savoir humains de l'époque en comprenant bien que cette immense entreprise, pilotée par Denis Diderot et Jean Le Rond d'Alembert, avait, pour premier but, d'exposer et de magnifier le génie humain dûment et incontestablement répertorié, face à cette croyance ancienne en la toute-puissance divine.

 En résumé, les Lumières françaises pousse la Franc-maçonnerie vers un laïcisme politique au-delà du matérialisme .

 En bref ...

 Ce ternaire tant philosophiste que maçonnique, bien enrichi de très grands noms, sera le terrain de développements assez divergents, au fil des 18ème et 19ème siècles, d'une Franc-maçonnerie anglo-saxonne plutôt philanthropique, d'une Franc-maçonnerie germanique plutôt mystique et d'une Franc-maçonnerie française plutôt déspiritualisée.

Colonialismes, alliances et mésalliances royales et princières, guerres ou ukases jouant, chacun de ces trois pôles eut ses zones d'influence très enchevêtrées avec des tensions parfois rudes et des rapprochements parfois durables.

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 D'où vient donc le gauchisme ? D'où viennent ces absurdités contre-naturelles que sont l'égalitarisme, le démocratisme ?

De deux choses l'une : ou bien les humains sont égaux dans leur capacité à être tous différents, à rechercher toutes les complémentarités, à être autonome et à prendre leur vie en mains dans le respect de la Vie et de l'Esprit, et alors, l'anarchisme est la seule voie acceptable.

Ou bien, ce qui est manifestement le cas dans la réalité humaine, seule une minorité en est capable et l'aristocratisme (au sens étymologique) est seul acceptable.

Le libéralisme est une astucieuse combinaison des deux.

Ou bien tu sais ce qu'il y a à faire pour ton bien et celui des autres, ou bien tu ne le sais pas, et tu obéis.

Tout le reste n'est que gauchisme (socialisme, marxisme, maoïsme, trotskisme, communisme, etc ...), c'est-à-dire négation pure et simple de la réalité humaine !

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