Mardi 07 avril 2026
De Garret Hardin en 1968 (1915-2013) :
"Ce qui peut être souhaitable pour chacun à l'échelle individuelle peut déboucher sur des désastres collectifs. Il existe de nombreuses configurations où l'action optimale de chaque individu - de son propre point de vue - conduit à une situation regrettable pour tout le monde.
Des bergers partagent un champ sur lequel vient paître leur troupeau. Au fil des années, chaque berger ajoute du bétail sur le pâturage. Arrive un moment où la surutilisation des ressources abîme le champ. Les bergers - pourtant conscients du danger qui les guette - continuent à faire grossir leurs troupeaux. Bientôt, le pâturage n'est plus utilisable. Les bergers ne peuvent plus exercer leur métier ; tous sont ruinés.
Pris individuellement, aucun des bergers n'a agi irrationnellement. Pourquoi ? Car si un berger avait décidé de limiter la taille de son troupeau, il aurait subi les conséquences de sa décision (rendement réduit), sans en tirer de bénéfice, puisque les autres bergers, eux, auraient continué à détériorer le champ. Il aurait subi l'intégralité du coût de sa décision, alors que le gain correspondant (l'espace libéré sur le champ) aurait été partagé entre tous les bergers. Il est possible que chacun - à l'échelle individuelle - agisse rationnellement, et que cela débouche néanmoins - à l'échelle collective - sur une catastrophe.
Nous faisons sans doute face à une situation analogue dans le domaine des convictions idéologiques. Les croyances erronées, mais populaires, sont comme le pâturage : il est souhaitable pour chacun d'y adhérer pour se faire bien voir par les autres, mais, à terme, tout le monde y perd."
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De Ralph Waldo Emerson (1803-1882) :
"Rire souvent et sans restriction ; s’attirer le respect des gens intelligents et l’affection des enfants ; tirer profit des critiques de bonne foi et supporter les trahisons des amis supposés ; apprécier la beauté ; voir chez les autres ce qu’ils ont de meilleur ; laisser derrière soi quelque chose de bon, un enfant en bonne santé, un coin de jardin ou une société en progrès ; savoir qu’un être au moins respire mieux parce que vous êtes passé en ce monde ; voilà ce que j’appelle "réussir sa vie"."
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Inspiré par le Cantiques des Cantique ...
La vie animale.
La vie végétale est statique. Elle ne connaît pas le mouvement. Elle se nourrit de ce que le terreau, qui est sous elle, lui offre. Elle n'a pas d'autre choix. En devenant animale, la Vie a inventé la mobilité. Sa pitance n'est plus ce n'est que ce qu'il y a là, lorsqu'il y a encore quelque chose. La nourriture, c'est ce qu'elle va chercher. La vie animale a inventé le mouvement. Dans l'espace et dans le temps. La vie est devenue mobile. C'est un extraordinaire progrès. Les choses bougent. Un végétal pousse. Un animal se déplace. Il va là où il veut. Il va là où il cherche. Il va là où il peut trouver quelque chose pour lui.
La végétalité ne connaît que le temps qui passe. L'animalité connaît aussi l'espace, le déplacement. La vie devient plus riche. La vie s'offre de nouveaux mondes, de nouvelles dimensions. Elle ne fait plus que pousser, elle se déplace.
Le cours de la création - disons plutôt - le cours de l'émergence de la vie et des différentes formes animales, a voulu que les nageants et les volants voient le jour, selon le livre de la Genèse, avant les animaux terrestres. Donc, autrement dit, la profondeur et la hauteur auraient été exploitées et colonisées par la Vie avant même la largeur et la longueur. Les animaux courants qui eux vivent dans cette largeur et dans cette longueur ne seraient venus qu’après. Et l'humain en fait partie. Et l'humain n'a pas pu se contenter de ces dimensions-là. Il a voulu conquérir les autres dimensions. Il a inventé des techniques pour pouvoir aussi être dans les hauteurs avec les volants et dans les profondeurs avec les nageants.
Il y a là un mystère. Pourquoi commencer l'œuvre créative tout de suite sur les 3 dimensions ? Alors qu'il eût été logique de nos commencer que par 2 dimensions juste après l'unique dimension végétale. Pourquoi donc la vie a-t- elle voulu tout de suite conquérir la totalité de l'espace : longueur, largeur, hauteur et profondeur.
La vie pluricellulaire.
Le vie pluricellulaire (comme celle de tout petit enfant qui se fabrique dans le ventre de sa mère) s'est développée d'abord dans l'eau. De là, elle s'est mise à ramper sur terre. Ensuite elle a formé des animaux courants. Et après avoir inventé les nageants et les courants, elle fit les volants.
Ainsi que le décrit le livre de la Genèse, le monde foisonne de quatre grandes espèces animales. Et le cantique des Cantiques ne se lasse pas de comparer souvent l'Amante à la gent courante (gazelle, chèvre, ...) et volante (colombe, ...). Mais pourquoi donc le développement-là de ce miracle qu'est la vie cellulaire, s'est-il développé selon cette logique qui semble a priori difficile. Qu'elle naisse dans les eaux, élément par définition nourricier et porteur, on peut le comprendre. Mais la suite est moins compréhensible. Pourquoi partir à l'assaut de la Terre, pourquoi partir à l'assaut de l'air ? Se laisser porter par l'eau paraît logique, paraît facile, paraît être un point de départ idéal, certes. Mais ensuite ? Pourquoi la vie a-t-elle voulu conquérir des espaces qui lui étaient bien moins favorables, bien plus difficiles. Bien plus dangereux aussi. On devine, derrière ce trajet de la Vie, comme une volonté qu'elle a de conquérir les espaces. Tous les espaces. De vouloir envahir tout ce qui est envahissable, quel qu'en soit la difficulté. Et l'homme ne fait rien de plus que continuer cet élan, que continuer cette envie. D'aller au-delà de lui-même, d'aller au-delà de ce qu'il croit possible, d'aller vers ce qui est encore à conquérir, encore à vaincre.
L'Amante, fille de la Nature ...
L’Amante est une fille de la Nature. Elle vient des vignes. Elle n'a que peu à voir avec les filles des villes qui, elles, ne connaissent que les rues, que les ruelles, que les murs. Elle est née dans la liberté de la Vie. Et ce point fondamental pour comprendre le Cantique des Cantiques. Elle gambade librement. Dans les deux dimensions. Mais elle connaît et elle admire les animaux qui, eux, sont dans les profondeurs des mares ou dans les hauteurs des cieux Elle admire le vol des colombes. Mais elle regarde les faons gambader. Elle connaît toutes les dimensions de l'espace. Mais elle est heureuse, les deux pieds sur la terre.
Les faons et les colombes.
Deux symboles animaliers reviennent régulièrement. D'une part, les faons.
D'autre part, les colombes.
Les faons symbolisent les seins. Le texte parle bien de deux faons jumeaux d'une même gazelle. Deux faons pelotonnés l'un contre l'autre, qui ne forment finalement qu'une seule et unique paire jumelée de magnifiques nouveau-nés encore tout ébaubis d'être tombé dans ce monde, totalement inconnu, totalement fabuleux. Imaginons ces petits faons enroulés sur eux-mêmes avec leur petite truffe qui pointent, on a bien là une image magnifique de ce qu'est une poitrine féminine épanouie. Il y a bien sûr deux faons. Et ces deux faon symbolisent l'intimité, l'intimité de la femme : une belle intimité réservée à aux Amants. On comprend bien l'image magnifique de ces seins, symbolisés par les faons dont la douceur, dont la chaleur, dont la timidité expriment magnifiquement la pudeur que chaque femme cache dans son intimité, dans sa poitrine, dans ses seins qui sont des trésors.
L'autre symbole ? C'est la colombe. Elle symbolise le regard. Qui porte au loin. Nous ne sommes plus dans l'intimité. Nous sommes dans l'extériorité, nous sommes dans le contact de l'Amante avec le monde. Son regard s'envole loin. Aussi loin que son rêve. Aussi loin que son imagination peut aller ... Un regard qui rêve de l'avenir de son couple. De l'avenir de sa vie amoureuse, de l'avenir de sa relation avec le bien-aimé.
Et d'autres symboles ...
Mais on trouve de-ci de-là, dans le Cantique des Cantiques, d'autres symboles animaliers comme par exemple le renard, ce vilain petit renard qui vient grappiller les grappes de raisins alors qu'elles ne sont pas encore tout à fait mûres. Le renard est rusé, intelligent. Il joue. Il joue à voler Tant par faim, que par jeu.
Le Cantique contient aussi d'autres allusions à l'animalité. Parfois mystérieuse. Elle dit ceci : "Je vous adjure, filles de Jérusalem, par les Biches et par les gazelles des campagnes. N'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'il le désire". Elle les adjure par les biches et les gazelles. Ce sont des animaux farouches. Ce sont des animaux qui ont vite peur. Et l'on dirait que l'Amante sait que l'amour est fragile, qu'il ne faut pas l'effarouche, qu'il ne faut pas lui faire peur, qu'il faut le respecter doucement, très exactement comme il faut le faire avec les biches et les gazelles.
Une autre illusion animalière dit ceci : "Ta chevelure comme un troupeau de chèvres ondule du Galaad. Tes dents ? Comme un troupeau de brebis remonté du bain, sont toutes appariées et aucune d'elle n'est seule". On comprend bien la blancheur des dents. On comprend bien leurs troupeaux. On comprend bien le fait qu'il ne puisse pas en manquer une seule et qu'elles doivent donc être appariée. Donc l'image du troupeau de brebis a parfaitement son Sens. En revanche, il est plus difficile d'imaginer la chevelure de la bien-aimée comme un troupeau de chèvres dévalant du Mont Galaad. Mais en y regardant de plus près, on comprend qu'il y a là une image remarquable.