Mardi 13 octobre 2026
Le Réel ne peut jamais être réduit à un assemblage mécanique, analytique, quantitatif et déterministe de "briques" (ou "choses" ou "objets") ayant une existence en soi et par soi.
Tout le scientisme réductionniste de la Modernité a été pourtant construit (entre renaissance et début du 20ème siècle) sur cette vision "Lego" du cosmos et ... a permis des avancées spectaculaires dans les technologies mécaniques.
Mais, suite aux révolutions relativistes et quantiques, cette vision "Lego" se meurt ou, plutôt, devient obsolète dans la plupart des cas non simplistes.
Un nouveau paradigme scientifique qui sera systémique et holistique, non additif et non assembliste, doit être construit, en parallèle avec le changement global de paradigme civilisationnel dont nous vivons les prémisses dans le chaos actuel.
En ce sens, voici quelques citations remarquables ...
De Blaise Pascal :
"Toute chose étant causée et causante, les plus éloignées étant liées insensiblement les unes aux autres, je tiens pour impossible de connaître les parties si je ne connais le Tout, comme je tiens pour impossible de connaître le Tout si je ne connais singulièrement les parties."
Encore faudrait-il que, hors de la perception analytique qu'en offre les sens humains, la différenciation entre le Tout et les "parties" puisse être pertinente et juste.
De l'Ecole de Copenhague (Bohr, Schrödinger, Eisenberg, Pauli, etc ...) :
"Nous ne connaissons pas le Réel en soi, nous connaissons notre relation avec le Réel."
Mais, ici, on oublie que l'humain est partie prenante et intégrante dudit Réel ... et qu'il y participe pleinement et qu'il le manifeste en tout ce qu'il fait et pense.
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Le grand chaos avant le grand virage de l'humanité.
Notre époque vit un immense chaos, non seulement socio-économico-politique, mais civilisationnel. La Modernité s'effondre et, avec elle, l'ère messianique (tant religieuse qu'idéologique). Alors : à quoi peut-on s'attendre ?
En guise de prologue : quelques citations ...
D'Anne Alombert :
"Avec l'IA, un capitalisme de la solitude se met en place, c'est-à-dire une économie de l'attachement qui capitalise sur ce qui constitue habituellement le ciment des liens humains. Les individus sont poussés à s'attacher à des robots conversationnels contrôlés par des entreprises privées pour les maintenir connectés et émotionnellement dépendants. Cela risque de nous désocialiser et de créer une prolétarisation de nos savoirs et de nos capacités sociales."
Rien de plus vrai que cette constatation ! Il faut tuer les réseaux sociaux et réserver l'algorithmie à des processus industriels.
Et dans le même sens, de Jacob Coxon :
"J’ai démissionné d’Anthropic aujourd’hui. J’ai passé les trois dernières années à faire de la recherche sur le pré-entraînement (la création des modèles) chez OpenAI et Anthropic. Aucune des deux entreprises n’agit de manière responsable. Elles foncent droit vers une super-intelligence capable de s’auto-améliorer et jouent à la roulette russe avec nos vies. Les gens qui construisent l'IA croient sincèrement qu'elle pourrait tous nous tuer d'ici à la fin de la décennie. Ce n'est pas un coup marketing."
Enfin une réaction saine venant du sérail contre le délire mégalomaniaque ambiant !!!
De Nicola Dallaporta :
"La question fondamentale, (...) pour les jeunes, est de leur rendre l'intérêt pour la vie qu'ils ont perdu, du fait que la vie qu'on leur offre est dépourvue de toute valeur réelle. Combien d'entre eux reçoivent une éducation qui mette en relief tout ce qu'il y a au-delà du pur domaine corporel : tous les aspects psychiques et surtout les aspects spirituels qui constituent le fondement immortel de l'être humain."
Le point de vue méthodologique.
L'histoire de l'humanité est une succession de cycles paradigmatiques socio-économiques d'environ 550 ans chacun, regroupés en cycles civilisationnels d'environ 1650 ans (l'évolution des systèmes complexes n'étant pas celle d'une horloge suisse, il est clair que ces durées sont des ordres de grandeur).
Ainsi le cycle antique (de -1250 à 400) connut le cycle chaldaïque, puis le cycle hellénique puis le cycle romain et le cycle civilisationnel messianique (de 400 à 2050) connut lui, successivement, le cycle de la Christianité (haut Moyen-Âge, de 400 à 950), le cycle de la Féodalité (bas Moyen-Âge, de 950 à 1500) et de le cycle de la Modernité (le messianisme idéologique, humaniste et scientiste, de 1500 à 2050) qui se termine sous nos yeux.
Ainsi, notre époque connaît, à la fois la fin d'un paradigme et la fin d'une civilisation.
Le passage d'un cycle à un autre (qu'ils soient paradigmatiques ou civilisationnels) couvre une période d'un demi siècle, environ, complètement chaotique puisque "l'ordre" antérieur s'effondre et "l'ordre" postérieur est seulement balbutiant, indéterminé et en émergence.
Un paradigme humain repose sur les réponses données à cinq problématiques fondamentales :
- sa Conservativité qui concerne la quantité et la qualité des Ressources (humaines et naturelles) accessibles ;
- son Intentionnalité qui concerne sa vision globale du Progrès souhaitable ;
- son Activité qui concerne les modalités de son Organisation technique ;
- sa Logicité qui concerne sa conception morale de l'Ordre social ;
- sa Constructivité qui concerne ses Outils socio-économiques.
Illustrons cette grille de lecture en analysant les diverses dimensions de cette Modernité qui est née à la Renaissance et qui s'effondre sous nos yeux. Voici :
- Conservativité (les Ressources) :
- exploitation explosive des ressources naturelles considérées comme quasi infinies,
- développement des savoirs de tous ordres dans le cadre d'une vision mécaniciste (analytique, assembliste et réductionniste) des lois de la physique,
- croissance pléthorique du nombre d'humains sur Terre, accumulation des ressources financières et patrimoniales ... autant que faire se peut.
- Intentionnalité (le Progrès) :
- maximisation de l'aisance financière et explosion de la consommation,
- jouissance corporelle des produits matériels consommables,
- développement exponentiel des loisirs comme nécessité absolue.
- Activité (l'Organisation) :
- tout repose sur l'Etat (qu'il soit autoritaire, démocratique ou bureaucratique),
- organisation optimale du temps entre travail et loisirs,
- nombrilisme obsessionnel.
- Logicité (l'Ordre social) :
- prédominance énorme du législatif et du contractuel,
- fonctionnarisation et bureaucratisation générale fondées sur l'importance accordée au respect des procédures,
- décomposition des communautés durables en groupes de rencontres occasionnelles (voire fortuites) et superficielles.
- Constructivité (les Outils) :
- industrialisation forcenée grâce à l'usage de technologies mécaniques,
- productivité, performance, rentabilité, compétence, répétitivité, cadence, ...
- urbanisation du fait de la centralisation des centres de décisions et des institutions.
Le point de vue prospectiviste.
Le nouveau paradigme qui commence à se dessiner semble promouvoir les dimensions suivantes :
1. Conservativité (Ressources) : fin de toutes les abondances et état généralisé de pénurie avec pour conséquence : un paradigme de la Frugalité (tant consommatoire que démographique),
2. Intentionnalité (Progrès) : fin de l'hédonisme consommatoire et dépassement des plaisirs et du bonheur au profit de la Joie procurée par l'accomplissement de soi et de l'autour de soi,
3. Activité (Organisation) : fin des Etats-Nations et de la mondialisation (disparition de l'ONU et de ses pseudopodes, ainsi que du droit international) ; le monde est en voie de Continentalisation c'est-à-dire qu'il sera la juxtaposition de huit continents culturels autonomes (Euroland – le plus en retard dans sa construction -, Américanoland, Latinoland, Afroland, Islamiland, Russoland, Indoland et Sinoland) ayant entre eux des relations de séparation, de complémentarité ou de conflit,
4. Logicité (Ordre) : Algorithmisation (y compris la robotisation) de toutes les fonctions (extractives, agricoles, industrielles, commerciales, financières, médicales, éducationnelles, informationnelles, ... ; inutilité de l'accumulation de savoirs et de connaissances (tout peut être numérisé et consulté selon tous les besoins) ; disparition du travail sauf celui de la recherche spirituelle, scientifique et technologique (un algorithme procède par compilation, et non par invention ou intuition) ,
5. Constructivité (Outils) : Optimisation rapide, sinon immédiate, du règlement de tous les conflits, de toutes les réparations de nuisance, de toutes les sécurités individuelles et collectives ; régulation drastique de la relation entre les humains et la Nature qui reste la grande "pourvoyeuse" de ressources de base ; recherche permanente, en tout, de l'efficacité optimale de tous les systèmes sur base des critères utilisés par les créateurs et concepteurs d'algorithmes (les modalités de choix de ces critères restent la seule dimension "politique" du monde qui vient),
En guise d'épilogue : le sens à venir de la vie humaine ...
Quel est le sens de l'humain ? A quoi sert-il ? Quelle est sa vocation sur Terre, dans l'Univers, dans le Cosmos ? Qu'est-ce qui peut lui donner sens et valeur ?
Au service de quoi l'humain est-il ?
Longtemps, les humains se sont inventés des concepts : la Cité, l'Empire, les dieux, Dieu, l'Eglise … ; peu importait leur crédibilité intrinsèque pourvu qu'ils fussent rassembleurs et susceptibles de fonder des lois.
Avec la Renaissance européenne et l'avènement de l'humanisme, l'humain se mit au centre de sa propre histoire et, un à un, sapa les concepts sur lesquels la vie commune s'était élaborée durant des millénaires.
L'humain devint mesure de toute chose. L'humain, de relatif qu'il était à ce qui le dépassait, devint son propre absolu … Il se sanctifia. Il se sacralisa. La déclaration des Droits de l'Homme de 1948 en fut l'apothéose.
Mais qu'est-ce qu'un individu parmi l'Humanité ? Et qu'est-ce que l'Humanité sur Terre (l'écologie en a bigrement démontré la fragilité et le dérisoire) ? Et qu'est-ce que la Terre dans le système solaire ? Et qu'est-ce que le Soleil dans la Voie Lactée ? Et qu'est-ce que la Galaxie dans son Amas et cet Amas dans le Cosmos ?
Rien ! Insignifiance !
De l'insignifiance montée en absolu ! Il fallait l'oser. Et l'o a appelé cela la "philosophie des Lumières" … et aujourd'hui, pour reprendre le sous-titre d'un excellent livre de mon ami Michel Maffesoli, : "Les Lumières sont éteintes".
La conclusion est simple : alors ?
D'un côté, les anciennes recettes sont éculées, usées jusqu'à la moëlle et la corde qui a pendu tant de réfractaires : des anciennes religions triomphantes, il ne reste que quelques bigots et quelques reliques, et des anciens empires, il ne reste que des nostalgies malsaines (voir Poutine, Xi-Jinping, Erdogan, al-Baghdadi, Trump, Orban, …).
De l'autre côté, l'humain ne peut pas être son propre "dieu" ; il est trop faible, trop ignorant, trop fragile, trop stupide, trop infantile pour cela.
Alors ?
D'un côté, les mythes.
De l'autre, l'Humain.
Des deux côtés : l'impasse. Alors ?
Donc ni mythocentrisme, ni anthropocentrisme ; que reste-t-il ? le cosmocentrisme !
Je crois profondément qu'il existe deux grandes voies mystiques : celle du Salut (dualiste car le Salut est dans un autre monde) et celle de l'Accomplissement (moniste car il s'agit de l’accomplissement du Réel auquel appartient totalement le monde naturel qui est le seul et qui est le nôtre).
La voie du Salut dans un autre monde, née sans doute dans la religion égyptienne ancienne, est profondément celle du christianisme paulinien (reprise par une part du rabbinisme tardif, malgré la Torah qui, comme le lévitisme et le sadducéisme, ne croit ni en l'immortalité de l'âme personnelle, ni en un autre monde, ni au Jugement, ni au Salut - qu'y aurait-il donc à sauver ?), mais elle est aussi celle de l'islamisme et, en Franc-maçonnerie, celle du Rit (sic) Ecossais Rectifié (rite christique par essence, héritier de la Stricte Observance Templière - les mots parlent d'eux-mêmes).
La voie de l'Accomplissement, elle, est celle des spiritualités asiates (hindouisme et taoïsme, en tête) et, en Franc-maçonnerie, celle du Rite Ecossais Ancien Accepté (fort inspiré par les transmutations alchimiques du vil en noble) et du Rite Français ou Moderne (très parallèle, philosophiquement et historiquement, avec le REAA).
La voie du Salut passe par le refus du monde naturel et par les idées de rédemption et de messianité salvatrice.
La voie de l'Accomplissement passe par l'assomption radicale du monde naturel (le Réel qui est Tout-Un) et les idées de cheminement initiatique et spirituel, tout intérieur, visant à l'union entre la personne (l'âme personnelle en tant que ce qui anime - anima - l'existence) et le Réel dans sa globalité et dans sa réalité (le Réel est animé, de l'intérieur, par le Divin immanent qui est l'Âme cosmique et qui donne sens et valeur la totalité de ce qui existe).
Ces deux voies (celle du Salut et celle de l’Accomplissement) sont totalement incompatibles entre elles (comme le dualisme et le monisme).
Mon adhésion à la voie de la spiritualité de l'Accomplissement est totale et radicale ; je l'appelle la Cosmosophie (moniste, spiritualiste, panenthéiste, immanentiste, évolutionniste, réaliste (anti-idéaliste donc), héraclitéenne, spinoziste, nietzschéenne, bergsonienne, etc ...).
Tout ce qui existe a vocation intime et profonde, intrinsèque et naturelle, innée et universelle, de contribuer à l'accomplissement du Réel au travers de l'accomplissement de soi et de l'autour de soi.
Faire du bien, c'est favoriser cet accomplissement et cela procure de la "joie" ; faire du mal, c'est le contrecarrer, voire l'empêcher, et cela induit de la "souffrance".
La contribution à l'accomplissement peut être fortuit (reçu, subi) ou construit.
La force de construction de l'accomplissement s'appelle le vertu.
La force de destruction de l'accomplissement s'appelle le vice.
La plupart des humains attendent, espèrent, désirent ou rêvent que leur accomplissement sera fortuit, sans effort de leur part, par la magie des idéologies politiques ou des religions théistes ; ils sont alors installés dans la servitude volontaire. Ils jouent sur la pitié, la charité, la commisération ; ils ne méritent que mépris. Ces humains-là ne sont que des parasites du Réel.
Les autres, ceux qui on compris que la "joie" et la "souffrance" sont des constructions mentales volontaires, pratiquent soit la "vertu" de bonté et construisent de la "joie", soit le "vice" de méchanceté et construisent de la "souffrance" (la jouissance destructive des frustrés, des jaloux, des envieux, des sadiques, des toxiques, des bourreaux, …).
L'éthique, alors, consiste à ne pratiquer exclusivement que la vertu de bonté pour contribuer à l'accomplissement du Réel au travers de l'accomplissement de soi et de l'autour de soi.
Au fond, l'humanité est tripartite : il y a une grande majorité de parasites, il y a la secte des toxiques (les malfaisants) et il y a l'aristocratie des constructeurs.
Ces trois catégories, quoique bien profondes, ne sont pas totalement étanches et il peut arriver d'y voir des transfuges, momentanés souvent, par coup du sort ou par erreur, généralement.
Pour le dire d'une seule phrase : il faut remette l'humain au service de l'évolution et de l'accomplissement du Cosmos, du Réel, du Un-Divin-Tout (la philosophie appelle cela le panenthéisme) ; ce Réel qui nous engendre et dont nous sommes touts une émergence et une manifestation singulière et particulière, est l'océan dont tout ce qui existe – l'humain compris – n'est qu'une vaguelette infime et éphémère.
Cela et cela seul, peut redonner sens et valeur à l'existence humaine : accomplir le Réel en soi (s'épanouir soi-même vers le haut) et autour de soi (c'est cela et cela seulement "aimer" son prochain) et contribuer ainsi au bel Accomplissement du Réel pris comme un Tout-Un vivant qui, en tout, évolue vers sa propre plénitude.