Mardi 16 décembre 2025
Les outils que l'on offre aux Apprentis, sont bien sûr plus que simples objets, mais ils sont aussi bien plus que des symboles statiques et muets, offerts aux méditations spirituelles du Franc-maçon débutant ; ils sont des êtres vivants qui ont leur monde à eux, bien vivant lui aussi, où il faut apprendre à entrer sur la pointe des pieds.
Ce monde traditionnel vivant est clos par une porte fermée dont la clé est le rite initiatique de la Réception d'un Apprenti-Maçon.
Ce monde immatériel ressemble un peu au Jardin du PaRDèS de la tradition kabbalistique juive où quatre rabbis fameux entrent et où le premier meurt, où le deuxième devient fou, où le troisième apostasie et d'où le quatrième, Rabbi Akiba, sort illuminé, radieux et serein.
Dans ce monde vivant de la Tradition et de la symbolique maçonnique, les outils sont des personnages vivants qui accompagnent l'initié dans son cheminement vers son propre accomplissement spirituel, vers sa propre plénitude, loin de toute "moraline" (au sens de Nietzsche) et de toute dogmatisation, mais avec soin, sérieux, méthode, ordre et harmonie.
L'idée de "chantier" est centrale. Le cheminement initiatique est un chantier. La Loge est un chantier. La Fraternité est un chantier. Et aucun chantier n'aura de fin car sitôt le croit-on terminé que déjà les premiers ajustements, les premières réparations, les premiers raffinages, les premières modifications s'imposent ... et ce, pour l'éternité. Ici, rien, jamais, ne s'achève.
L'initiation ne prédéfinit aucun but ; mais elle est une ferme intention : celle de cheminer dans son propre inconnu, dans son propre inconnaissable, dans sa propre inconnaissance. Car chacun qui se croit un être à part entière, n'est qu'une vaguelette changeante et évoluante, à la surface de l'océan du Réel-Divin. Aller vers sa propre connaissance, c'est très vite s'enfoncer dans les profondeurs salées de la réalité du Réel-Divin.
L'humain n'est qu'une manifestation anodine et périphérique de ce qui le dépasse et le contient infiniment.
Les symboles maçonniques ne sont pas des objets statiques exposés là au gré de vieux rituels. Ce sont des "puissances" spirituelles prêtes à livrer toute leur énergie à celui qui le mérite. Car l'initiation se mérite, non pas aux yeux des Frères, mais à ses propres yeux ou, plutôt, aux yeux de sa propre intériorité avec laquelle il est impossible de tricher vraiment.
Et ces symboles qui jonchent le parcours, ne deviennent actifs et productifs que mis en dialogue, au sein du rituel.
Un maillet, tout seul, ne signifie rien, ne révèle rien, ne sert que la profanité : frapper un objet ou défoncer un crâne. Mais, dans les mains d'un Vénérable Maître, uni et en dialogue avec une épée flamboyante (celle des Kéroubim en charge de la garde de l'entrée du jardin d'Eden), au-dessus du Volume de la Loi Sacrée surmonté d'un Compas et d'une équerre, alors, ce Maillet devient une des inconnues d'une fabuleuse et richissime équation herméneutique laissant deviner des horizons spirituels enflammés et magnifiques.
ais l'écriture et la résolution de ces équations de vie, demande méthode et habileté, travail et virtuosité.
C'est là que le présent livre montre sa nécessité et son originalité : il propose d'exercer ses talents herméneutiques afin de voir, dans les rituels et les symboles, des univers vivants et non plus des gestes, paroles et objets figés dans des rituélies raides et mortes.
Le processus initiatique est de la Vie à l'état pur !