Mardi 16 juin 2026
Dès qu'on parle d'une quelconque "égalité" entre les humains, tout l'argumentaire se développe sur les méfaits de l'inégalité.
Il faut bannir ces deux mots du vocabulaire. Rien n'est jamais égal à rien.
Il faut parler de "différences" et de "complémentarités".
Tous les humains sont différents, tant individuellement que collectivement : les hommes et les femmes sont physiologiquement et psychologiquement différents car "l'égalité des sexes" n'existe pas, mais ces mêmes humains peuvent et doivent rechercher les complémentarités entre ces différences sexuelles, comportementales, caractérielles, combattives, affectives, émotives, etc ... ; être constructif c'est chercher, vouloir et utiliser les complémentarités entre ces différences.
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Je Julien Laizé :
"1. Le Grand Architecte de l’Univers et les deux idoles du cléricalisme
Le Grand Architecte de l’Univers effraie le clergé parce qu’il retire Dieu des mains de ceux qui prétendent l’administrer. Aussi le calomnient-ils sans cesse. Tantôt ils le travestissent en figure luciférienne, comme si toute lumière qui ne passe pas par leur chancellerie devait venir de l’abîme ; tantôt ils le réduisent à un dieu de papier, vague, abstrait, impuissant, simple formule déiste abandonnée aux salons, aux constitutions et aux cérémonies vides. Mais cette double accusation révèle surtout leur terreur. Car le Grand Architecte de l’Univers n’est pas le dieu domestiqué du clergé. Il n’est pas le dieu affectif que l’on invoque pour attendrir les âmes, ni le dieu sensuel que l’on enveloppe de parfums, de larmes et de dévotions molles. Il n’est pas davantage le dieu culpabilisant, ce surveillant métaphysique dressé au-dessus de l’homme pour le rapetisser, le faire trembler, le tenir dans la dépendance et vendre ensuite, sous forme de pardon, la maladie même qu’on lui inocule. Le dieu clérical possède en effet deux visages, également redoutables. Le premier est le dieu de la peur : dieu de tribunal, de dette, de culpabilité, de surveillance et de menace. Il domine l’homme en lui rappelant sans cesse sa faute, sa petitesse, son indignité. Il le tient courbé sous le poids d’un péché que le clergé administre ensuite comme une monnaie sacrée.
Mais le second visage est plus subtil encore. C’est le dieu consolateur, le dieu tiède, enveloppant, sucré, presque maternel, que l’on présente aux âmes fatiguées afin qu’elles ne se révoltent jamais contre leur propre abaissement. Ce dieu ne foudroie pas ; il caresse. Il ne condamne pas ; il anesthésie. Il ne menace pas l’homme par l’enfer ; il l’endort dans une douceur sans exigence, dans une affectivité vague, dans une sentimentalité religieuse où tout devient amour, pardon, berceuse et sourire. Alors surgissent les formules molles, les slogans de sacristie, les mots qui ne pèsent plus rien : « l’amour vaincra », « Jésus revient », « Dieu t’aime comme tu es », et tant d’autres sucreries spirituelles distribuées comme des dragées à des âmes que l’on ne veut surtout pas réveiller. Car ce dieu-là ne délivre pas l’homme de sa peur. Il la détourne. Il l’habille de tendresse. Il lui donne une consolation au lieu d’une ascension, un baume au lieu d’une transfiguration, une étreinte au lieu d’une colonne vertébrale. Ainsi le cléricalisme possède deux armes contraires et complémentaires : la terreur et l’anesthésie. Par la première, il contraint. Par la seconde, il corrompt. Par la première, il fait ramper l’homme devant un tyran céleste. Par la seconde, il le couche dans les bras d’une idole affective qui lui murmure qu’il n’a pas besoin de se dépasser. Dans les deux cas, l’homme demeure mineur. Sous le dieu de la peur, il tremble. Sous le dieu de la consolation, il somnole. Sous le premier, il se croit coupable de vivre. Sous le second, il se croit dispensé de grandir. Le résultat est identique : l’âme ne s’élève pas. Elle reste captive, tantôt par la chaîne, tantôt par le coussin. Le Grand Architecte de l’Univers est le nom initiatique du divin libéré de cette double domination sacerdotale. Il ne parle pas par décret. Il ne gouverne pas par menace. Il ne règne pas par l’humiliation des consciences. Il ne demande pas à l’homme de ramper, mais de se construire. Il ne veut pas l’obéissance mécanique, mais l’élévation intérieure. Il ne fonde pas une police des âmes, mais une architecture de l’esprit. Voilà pourquoi le clergé le hait. Car devant le Grand Architecte, le prêtre cesse d’être propriétaire du sacré. Il n’est plus l’intermédiaire nécessaire, le douanier de l’invisible, le distributeur exclusif de la grâce, le gardien intéressé d’un ciel transformé en juridiction. L’homme, debout dans le Temple, retrouve alors ce que tout pouvoir religieux redoute le plus : un accès direct, grave, silencieux, souverain, à la lumière.
Le Grand Architecte de l’Univers est donc anticlérical par essence, non parce qu’il nie le sacré, mais parce qu’il l’arrache à ceux qui l’ont confisqué. Il est l’antithèse du dieu de domination. Il est l’antithèse du dieu de peur. Il est l’antithèse du dieu sentimental dont on berce les peuples pour qu’ils dorment dans la servitude. Il est le principe vertical par lequel l’homme comprend que le divin ne se mendie pas à genoux devant une caste, mais se bâtit, pierre après pierre, dans la rectitude de l’âme, dans la lucidité de l’esprit, dans l’élévation patiente de l’être. Le clergé appelle cela Lucifer parce qu’il ne reconnaît la lumière que lorsqu’elle lui appartient. L’initié, lui, sait que toute vraie lumière commence là où finit la domination. Non pas un dieu sans puissance, mais un Dieu sans propriétaire. Non pas un dieu sentimental, mais un principe d’architecture. Non pas un dieu de peur, mais une exigence de verticalité. Non pas un dieu qui rassure l’homme dans son sommeil, mais une lumière qui l’oblige enfin à ouvrir les yeux.
Il ne s’agit donc pas ici de dresser le procès des prêtres. L’auteur de ces lignes ne les récuse pas, ne les méprise pas, ne nie pas qu’ils puissent être, pour leurs fidèles, des lumières, des guides, des consolateurs véritables, des serviteurs du salut et des artisans de jours meilleurs. Ce qui est dénoncé n’est pas le prêtre comme homme consacré, ni la médiation spirituelle lorsqu’elle élève, mais le cléricalisme lorsque le clergé se prend pour une fin au lieu de demeurer un seuil.
Là commence la corruption : lorsque le guide ne conduit plus vers la lumière, mais exige que l’on s’arrête devant lui ; lorsqu’il ne prépare plus l’âme à sa souveraineté intérieure, mais l’installe dans une servilité pieusement maquillée. La vision du divin proposée ici est une vision initiatique, haute, ardente, difficile. Elle n’abolit pas le jugement ; elle le rend plus intérieur, plus nu, plus impitoyable, car l’homme ne peut plus se cacher derrière l’obéissance extérieure, la peur du groupe, la parole du prêtre ou la consolation d’une absolution mécanique. Il doit répondre devant son axe, devant sa conscience, devant cette lumière qui voit en lui plus profondément que tout tribunal visible.
L’auteur sait parfaitement que très peu d’hommes peuvent soutenir une telle vision sans être aveuglés, de même que nul ne fixe le soleil sans y risquer sa vue. La plupart des hommes ont donc besoin de cadres, de rites, de religions, de maîtres, de formes protectrices. Mais ces formes ne sont légitimes que si elles demeurent des passages. Leur grandeur est de conduire l’homme vers une conscience plus droite, plus libre, plus responsable ; leur chute commence lorsqu’elles transforment l’abri en prison, l’obéissance en infantilisation, la religion en servitude sacrée.
Les hommes ont besoin de guides, mais malheur aux guides qui se prennent pour le but. Le guide est un seuil. Le clérical veut devenir une demeure. Le maître véritable ouvre la porte ; le prêtre dominateur s’assied devant elle et exige qu’on l’adore pour avoir seulement montré le passage.
2. Réduire le Grand Architecte de l’Univers à un dieu déiste de papier, à une pâle réplique du grand horloger voltairien, n’est pas une critique : c’est une cécité.
Car le Grand Architecte n’est pas l’ingénieur lointain d’un mécanisme qu’il aurait abandonné à ses rouages ; il est le Principe vivant qui soutient l’être à chaque instant, l’Intention qui traverse la matière, la Volonté qui oriente le chaos vers la forme. L’univers n’est pas une horloge close : il est un chantier sacré, et l’homme n’y est pas spectateur mais ouvrier, appelé à participer à une construction dont la finalité le dépasse et pourtant l’englobe. Si le Nom est rarement prononcé, ce n’est pas par gêne mais par crainte sacrée : ce qui est trop haut pour être enfermé dans un concept ne peut être invoqué sans risque d’idolâtrie. Se taire devient alors une fidélité ; travailler devient une prière ; bâtir devient une théologie en acte. Le Grand Architecte n’est pas une abstraction philosophique : il est cette Présence qui insuffle tout, qui dirige sans contraindre, qui appelle sans s’imposer, et qui confie à ses ouvriers la dignité terrible de coopérer à sa gloire ; non par des mots, mais par la rectitude de la pierre qu’ils taillent.
On ne travaille pas à la gloire d’un dieu de papier. Si le Grand Architecte n’était qu’un horloger inactif, l’expression serait absurde. Or nous œuvrons pour sa plus grande gloire : cela signifie que l’Œuvre est vivante, que le plan se déploie, que la construction continue.
Le Principe ne change pas ; mais son Temple croît.
Et célébrer sa gloire, c’est reconnaître la magnificence de ce plan et la dignité d’y travailler.
Cette Présence n’est pas fabriquée par le rituel ; elle y devient lisible. Le temple, par son ordonnance, et le tapis de loge, tel un vitrail initiatique, ne créent pas la lumière du Grand Architecte : ils en révèlent la structure. Ce qui était invisible devient plan, ce qui était diffus devient orientation. La lumière ne change pas ; c’est le regard qui est initié à la recevoir.
3. Le « relativisme » que l’Église a condamné chez la franc-maçonnerie n’était nullement celui, mou et nihiliste, du « tout se vaut » contemporain, mais une transgression autrement plus grave à ses yeux : le refus de continuer à tuer au nom de Dieu.
Dans une Europe encore traumatisée par la Saint-Barthélemy ; massacre si abject que le continent entier en fut saisi d’horreur, tandis que Grégoire XIII faisait chanter un Te Deum et frapper une médaille commémorative, dans un monde ravagé par la guerre de Trente Ans où des millions d’âmes furent broyées jusqu’à ce que l’Empereur et les princes, catholiques comme protestants, implorent la paix, aussitôt condamnée par Innocent X au nom de la pureté doctrinale, la simple suspension de la violence confessionnelle apparaissait déjà comme une apostasie. Lorsque, au XVIIIᵉ siècle encore, Alphonse de Liguori, grand Saint et Docteur de l’Eglise ; enseignait qu’inviter un protestant à sa table relevait du péché mortel, on mesure l’abîme : le scandale n’était pas la négation de la vérité, mais l’acceptation de l’autre comme homme avant d’être hérétique. Ce que la franc-maçonnerie a fait, ce n’est pas aplatir les religions dans une tolérance indifférenciée, mais retrancher du champ initiatique ce qui engendrait mécaniquement le sang ; le dogme armé, la certitude théologique devenue glaive ; en s’élevant vers un Principe supérieur, le Grand Architecte de l’Univers, non pour dissoudre le sacré, mais pour l’arracher à la fureur homicide. Le « relativisme » d’alors fut un geste tragique et lucide : non la négation de la Vérité, mais le refus qu’elle continue à se proclamer dans les cris, les ruines et la chair suppliciée de l’Europe chrétienne.
Le drame de l’Église est peut-être là : continuer de condamner sous un même mot une réalité dont la signification a radicalement changé, sans jamais reconnaître que ce qu’elle reprochait hier correspond précisément à ce qu’elle déplore aujourd’hui dans sa propre histoire. En dénonçant le « relativisme » de la franc-maçonnerie, elle vise désormais une indifférenciation nihiliste moderne ; mais elle oublie que le relativisme qu’elle combattait alors n’était souvent que le refus de la violence sacrale, à une époque où la vérité se prouvait encore par l’exclusion, la contrainte et le sang. Ainsi l’institution se trouve prisonnière de ses propres catégories : elle condamne ce qui, historiquement, a permis de mettre fin à ce qu’elle reconnaît désormais comme des fautes tragiques, sans jamais assumer que l’évolution du sens exige aussi une évolution du jugement. Ce n’est pas la vérité qui est en cause, mais l’incapacité à penser sa responsabilité dans le temps."