Samedi 13 décembre 2025
De Wikipédia sur l'histoire des Loges maçonniques en Provence :
"A la fin de l'Ancien Régime, les membres des confréries sont surtout issus des classes populaires, parce que les aristocrates et les bourgeois les ont désertées. Ils sont entrés dans les loges maçonniques, qui se développent alors. La Mère Loge écossaise de Marseille est fondée en 1751 et de nombreuses loges naissent à partir de 1772. Cet attrait qu'éprouvent les élites sociales pour les loges maçonniques à la place des confréries semble, selon Maurice Agulhon, « un fait assez général, un fait quasi collectif, un phénomène social ». Il est aussi dû à un phénomène de francisation des élites. Le passage d'une forme de sociabilité, la confrérie, à l'autre, la loge maçonnique, se fait progressivement, de nombreux individus pratiquant un temps la double affiliation, sans rivalité. Une étude ultérieure de l'historienne Marie-Hélène Froeschlé-Chopard, consacrée aux territoires actuels de l'est du département du Var et du département des Alpes-Maritimes, voisins du champ d'investigation de Maurice Agulhon, met en évidence le même phénomène de reflux des classes aisées et de prépondérance des classes populaires dans les confréries à la fin du XVIIIe siècle.
En 1789, il existe des loges maçonniques dans une douzaine de villes et de bourgs de la Provence orientale. Leurs membres sont des professions libérales, des officiers, des magistrats, des rentiers. Dans les grandes villes, les plus anciennes d'entre elles commencent à attirer des commerçants et des artisans. Ces loges ne sont pas antiroyalistes ni anticatholiques, mais leurs membres discutent de philosophie et affirment leur attachement à la fraternité, la tolérance et le progrès"
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Quitte à être un peu caricatural, le portrait de la féodalité finissante est celui-ci : le peuple illettré est une force de travail condamnée à un semi-esclavage, la noblesse royale détient le pouvoir militaire et territorial et la cléricature papale détient le pouvoir religieux et moral.
L'intentionnalité globale et générale est le "salut des âmes" : pour ces âmes, ce monde-ci est douloureux et transitoire , mais permet de mériter la béatitude éternelle en se conformant aux règles édictées par la papauté et appliquées par la noblesse.
L'intellectualité n'y a quasiment aucune place en dehors des études dogmatiques nourries par une lecture biaisée de la Bible.
Ce monde terrestre-ci n'ayant aucune importance – seul le monde céleste en a -, il n'intéresse personne et tout s'y explique par la volonté créatrice du Dieu unique, maître absolu des deux mondes, céleste et terrestre.
Pourquoi s'intéresser à ce monde terrestre qui n'est, au fond, que le terrain de jeu créatif et miraculeux de la toute-puissance divine qui y fait ce qu'elle veut et qui y intervient comme elle veut par miracles interposés. Pourquoi, dès lors, vouloir se poser des questions, puisque toutes les réponses sont déjà données depuis toujours ?
Mais, à partir du 15ème siècle, ces réponses toutes faites commencent à ne plus satisfaire une minorité que nous appellerions aujourd'hui les intellectuels ... par exemple, des fils cadets de la petite noblesse et de la bourgeoisie commerçante qui vivent mal l'injustice du droit d'ainesse et qui n'ont rien d'autre à faire que de hanter les bibliothèques, de compter les étoiles ou d'observer la faune et la flore ... et de douter des réponses toutes faites que la papauté donne aux questions existentielles.
Au fait, si Dieu est tout-puissant, juste et parfait, pourquoi ce monde terrestre est-il gangrené de souffrances de toutes sortes ? Ce Dieu parfait serait-il aussi un Dieu sadique ?
Le doute est semé et la Renaissance peut germer et induire ce que l'on appellera la Modernité.
La Renaissance, germe initial de la Modernité engendra, pas à pas, l'humanisme (Montaigne, Rabelais, du Bellay, en France) au 16ème siècle, le rationalisme (Galilée, Descartes, Spinoza, Pascal, Newton, ...) au 17ème siècle, le criticisme ou "philosophisme" (Kant, Hume, Montesquieu, ... : l'Ausklärung allemande, l'Enlightenment britannique et les "Lumières" françaises) au 18ème siècle, le positivisme (Comte, Littré, Renan, Ernst Mach, Proudhon, ...) au 19ème siècle, et le nihilisme (Nietzsche, Heidegger, Kropotkine, Badiou, ...) au 20ème siècle ; et cette Modernité est en train de mourir sous nos yeux en ce début du 21ème siècle.
La Renaissance et l'émergence de la Modernité qui l'accompagne expriment cette germination intellectuelle sur la charnière entre Féodalité et Modernité ; elles sont alimentées par la redécouverte, d'abord surtout en Italie (encore hantée du souvenir du grand empire romain), de la littérature et de la philosophie grecque, latine et hébraïque. Dès le 16ème siècle, la mode de l'art antique supplante, progressivement celle de l'art gothique qui, rappelons-le, était le "fond de commerce" des confréries maçonniques médiévales. Et celles-ci, porteuses de toute la symbolique chrétienne inspirée par la Bible hébraïque et le Témoignage chrétien (cessons ces appellations injurieuses et antijudaïques sous les noms de "Ancien Testament" et "Nouveau Testament" !) n'étaient pas prêtes à abandonner leur trésor herméneutique sous prétexte de mode antique ... et de guerres entre les branches celtiques et anglaises, germaniques, grecques et latines, au sein de la christianité.
La Renaissance fut un processus plutôt qu'un moment de l'histoire occidentale : une germination progressive. Il faut noter, par exemple, le mouvement des "Frères de la vie commune", une organisation laïque, vivant en communauté quasi-monacale, qui possédait des centaines de livres antiques et qui développa un réseau d'école dans les Pays-Bas et en Belgique. On comprend vite que ce genre de réseau ensemence rapidement la pensée des générations qu'il forme ... C'est un exemple parmi beaucoup d'autres.
Philosophiquement, contre la dogmatique scholastique dualiste, on voit renaître la pensée néoplatonicienne moniste de l'école de l'alexandrin Plotin. Des noms connus se rattachent à ce courant dont Marsile Ficin et Pic de la Mirandole qui fut aussi un des premiers à s'intéresser à la Kabbale juive et à toute l'herméneutique biblique, à la fois moniste et herméneutique, que la mystique juive développe à l'opposé des thèses vaticanes.
Grâce à Gutenberg, l'imprimerie favorise la diffusion et donc la lecture directe et personnelle de la Bible et fait naître des interprétations radicalement opposée à l'orthodoxie scholastique et vaticane. La Bible est traduite du latin de Jérôme en langues vernaculaires, avec des divergences non négligeables selon les lieux. Des symboliques et herméneutiques nouvelles du texte biblique germent et convergent avec le travail (parfois "sacrilège" des Compagnons-Maçons qui ne s'étaient pas privés de représenter , sur certains chapiteaux de colonnes, l'évêque sous la forme d'un âne mitré ...
De plus, on redécouvre les techniques de distillation des parfums qu'inventa Marie-le-Juive à Alexandrie au 4ème siècle avant l'ère vulgaire. Au-delà des savoirs empiriques ou imaginaires des "sorcières" médiévales, l'alchimie reprend force et vigueur. La matière se transforme et ses transformations apparaissent comme autant de révélations, pour qui les médite, des "secrets" divins inscrits dans le monde terrestre. En devenant de plus en plus philosophique, voire métaphysique, cet alchimisme se mua en herméneutisme. La matière et, plus généralement, le monde terrestre devint un révélateur du Divin à l'œuvre. Les éprouvettes et autres fioles, ampoules ou alambic se révélèrent des signes de la manifestation divine dans le moindre constituant, dans la moindre transformation de la matière qui, ainsi s'ennoblit mystiquement. Le plomb se transmute en or ... non pas physiquement, mais spirituellement.
Mais la catholicité ne reste pas les bras ballants. Après la peste noire, les avancées turques, les croisades conte les musulmans, après son laxisme moral, le Réforme catholique (en attendant les Réformes anglicane et protestantes qui viendront plus tard) réagit ... très durement.
Hors Augustin d'Hippone et Thomas d'Aquin, point de salut !
L'Eglise catholique renforce l'Inquisition – surtout en Espagne, à la demande d'Isabelle dite "la catholique" dans un Espagne menacée par les conquêtes musulmanes et l'importante communauté juive qui y vivait – et confie à l'ordre dominicain de combattre toutes les hérésies ... ce qui fait un "sacré" boulot.