Samedi 20 décembre 2025
C'est l'empereur Théodose qui a imposé, comme "religion d'empire" en 380, le christianisme catholique (au sens grec de "universel") paulien (tel que voulu et instauré par Paul de Tarse, un Juif renégat, fonctionnaire d'empire et adopté par une famille romaine patricienne).
Voilà bien le tronc fondamental et central de la religion chrétienne, fondé sur un credo unique, appelé "Symbole de Nicée", et institué, en 325, par Constantin (empereur non chrétien), le grand-père de Théodose.
Cela se passe donc trois siècle après la mort du Jésus décrit dans Evangiles canoniques, tous les quatre écrits bien après sa mort (Marc vers +70 ; Matthieu vers +80 ; Luc après +90 et Jean rendu canonique après +100 ... mais nous y reviendrons.
Avant l'année 70, date de la destruction, par les armées romaines, de la ville de Jérusalem et du Temple de Salomon, et de la condamnation à l'exil de tous les Juifs vivant en terre d'Israël, le christianisme était multiple mais extrêmement marginal : aucune des archives juives de l'époque ne relate quoique ce soit à propos de Jésus qui est passé totalement inaperçu. C'était un pharisien (un dissident du sadducéisme orthodoxe lévitique du Temple dirigé par le Sanhédrin). Le pharisaïsme était une dissidence populaire du Judaïsme en butte avec l'élitisme sadducéen du Temple. Le Jésus décrit par les Evangiles synoptiques pauliniens, était un pharisien ayant tâté de l'essénisme (cfr. son baptême d'eau dans le Jourdain par ce dissident essénien que fut Jean-le-Baptiste) et fréquenté le zélotisme (cfr. l'épisode des marchand du Temple). Mais nulle trace de lui ni dans les archives romaines, ni dans les archives juives. La première mention historienne en est fait par l'historiographe romain juif tardif, Flavius Josèphe.
Il semble probable que le Jésus paulien soit l'amalgame de plusieurs personnage de l'époque tumultueuse de la domination romaine (dont un Simon le Magicien, grand faiseur de "miracles" édifiants).
Il y avait des communautés judéo-chrétiennes où seuls des Juifs étaient admis (le christianisme n'y étant considéré que comme une extension messianique du Judaïsme) ; c'était le cas de la communauté hiérosolymite de Jacques, frère de sang de Jésus, et de Myriam de Magdala (Marie-Madeleine) l'épouse probable de Jésus.
Mais il y avait aussi les communautés gnostiques d'Alexandrie où le christianisme naissant se mélangea avec le néoplatonisme plotinien et dont la langue était le grec : ce christianisme-là produisit la plupart des Evangiles appelés aujourd'hui "apocryphes" ... L'Evangile de Jean est un de ceux-là, mais remis à la sauce paulinienne.
Il y avait, un peu partout dans la parte orientale de l'empire romain, des communautés chrétiennes messianistes, mais étrangères à toute influence juive ; Paul de Tarse fut un des gros moteur de leurs développements..
En bref, le christianisme d'avant Constantin était une vaste mosaïque de communautés dont le seul dénominateur commun était la crucifixion de Jésus, par les Romains, pour motif de sédition.
Il faut prendre un peu de recul pour comprendre que le paradigme romain et la civilisation antique étaient en total déclin surtout au 4ème et 5ème siècle, et que l'empire romain, alors la puissance de référence pour tout le monde européen, était moribond, fondé sur un paradigme et une culture usée, à la recherche d'une nouvelle sève pour repartir dans un nouveau cycle (qui fut le civilisation messianiste composé des trois paradigmes successifs de la Christianité : le haut Moyen-âge monacal et carolingien ; la féodalité du bas Moyen-âge papal et royal ; et la Modernité idéologique et mécaniciste.
Le grand chaos de la fin de l'Antiquité (le culte de l'idéalité immortelle des dieux mythologiques) du fait de l'effondrement de l'empire romain, et du début de l'émergence de la Messianité (le culte du progrès humain vers son Salut religieux, d'abord, ou idéologique, ensuite) se place autour de l'an 400.
Et à chaque rupture de paradigme, l'arbre chrétien connait une scission importante en branches désormais définitivement distinctes.
Lors du passage de la chrétienté monacale à la féodalité papale, le monde chrétien se casse ne deux avec la franche orthodoxe voulant garder l'idée de communautés monastiques autonomes et la branche catholique papale voulant centraliser et uniformiser le christianisme alors encore très "multicolore".
Autocéphalie contre dogmatisme centralisateur.
La prochaine bifurcation paradigmatique eut lieu, comme toujours; environ 550 ans plus tard (400, 950, 1500, 2050). Elle voit la contestation radicale de l'autorité suprême et infaillible du Pape de Rome. D'abord vers 1529, sous les espèce des réformes germaniques des Luther, Calvin et bien d'autres, point de séparation du catholicisme d'avec les différents protestantismes qui, chacun, essaima à son tour en sous-branches de communautés de croyances, de pratiques et de gouvernances très différentes.
Ensuite, sous les espèces de la rupture de l'anglicanisme (au prétexte de souci de divorce et remariage royal) vers 1534.
Toutes ces branches chrétiennes ont chacune (même la branche catholique hyper centralisatrice qui a connu des dissidences notamment avec Monseigneur Lefèbvre et bien d'autres) ont engendré des sous-branches et des rameaux dans une arborescence fractale commune à tous les processus complexes.
Mais aujourd'hui, les messianismes, qu'ils soient religieux ou idéologiques, sont moribond et l'arbre chrétien commence à mourir par désaffection, par momification, par manques de vocation, etc ... Nous approchons de 2050 qui est le moment d'une rupture civilisationnelle majeure marquée, notamment par la mort de tous les messianismes, qu'ils soient religieux ou idéologiques. Qui, aujourd'hui, peut encore sérieusement croire au Paradis du p'tit Jésus après la mort, ou aux "lendemains qui chantent" de Karl Marx ...
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La Franc-maçonnerie est un arbre dont la graine initiale a finalement peu à voir avec le somptueux arbre de la christianité.
Cette graine s'appelle "Construire le Sacré" et "Géométrie". Elle vient de loin : de Grèce, d'Egypte, de Perse, peut-être d'Inde même. Elle est tombée au bon moment (durant le haut Moyen âge de la Christianité), tout près des racines chrétiennes alors en plein essor monacal et en plein déploiement des chantiers des monastères. Elle a germé et grandit le long de ce tronc-là, sève à sève, pendant deux cycles paradigmatiques : de 400 à 1500 environ.
Pendant le premier de ces deux paradigmes, la Maçonnerie se forme peu à peu, sous la conduite des moines pour le construction des monastères, d'abord, et des église romanes, ensuite. Elle devient corporation. Elle se ferme peu à peu et n'accepte plus dans ses rangs, que des artisans-artistes capables de réaliser des prouesses de pierre. Elle se ritualise aussi, très légèrement, adoptant des signes de reconnaissance et des précautions de secret de métier quant aux tours de mains et techniques durement élaborées et transmises.
Mais les choses changent avec le passage de la christianité monacale du haut moyen-âge au christianisme papal et clérical de la féodalité au bas-moyen-âge, qui est aussi le passage de l'architecture romane à l'architecture gothique et l'époque de la scission entre catholicisme et orthodoxie. La Maçonnerie corporative devient une Franc-maçonnerie confraternelle, appelant une "franchise" pour contrecarrer les impératifs féodaux et avoir la possibilité pour ses membres dûment assermentés de "franchir" les frontières entre fiefs afin de passer d'un chantier à un autre.
Elle se ritualise alors plus profondément, faisant du métier, des outils et de la Géométrie, des secrets symboliques et spirituels porteurs de sens et de valeurs, certes dans l'ombre ou l'aura, comme on voudra, du christianisme ambiant, mais revendiquant une authenticité et une véracité intrinsèques, transmissibles seulement par initiation.
La Renaissance fera éclater le catholicisme qui perd radicalement sa catholicité (universalité) avec l'émergence de l'anglicanisme et des protestantismes. La Franc-maçonnerie choisit son camp : elle se met au service du Sacré et de la construction des édifices du Sacré, peu importe la confession. Et apparait alors ce "devoir" des Francs-maçons "d'obéir aux lois et de pratiquer le religion du pays où ils peuvent œuvrer librement".
Et cela change tout. L'initiation maçonnique s'affranchit de toute tutelle religieuse et devient une réalité spirituelle par elle-même et pour elle-même ... avec ses propres branches selon les régions d'Europe où elle s'épanouit, essentiellement : l'Ecosse, l'Angleterre, l'Allemagne et la France ...